FME 2020, jour 1: un orage éternel qui est sûrement de notre faute

En partant pour le Festival de la musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME), il ne nous a pas fallu plus d’une heure et quart de route pour commencer à recevoir les conséquences karmiques de nos mauvais choix de vie. Même si Élise avait troqué sa vieille ferraille automobile pour le véhicule paternel de qualité, on a fait exploser le pneu avant gauche dans un nid de poule sur la 15 nord. Si vous trouvez qu’on n’est pas chanceux, vous n’avez encore rien vu.

Par Julien Roche et Élise Jetté

Un karma qui laisse à désirer/Photo: Julien Roche

Une fois la roue de secours installée, le véhicule décide qu’il ne démarre plus. Nos choix de vie étaient pires que vous pensiez. Avec l’aide chaleureuse de Paul de CAA Québec, on reprend la route jusqu’au Point S en chantant leur chanson-slogan qui nous aide à oublier le stress.

La résilience/Photo: Élise Jetté

Une fois sur place, on commence d’ores et déjà à travailler sur nos compétences transversales en choisissant le bon pneu pour attaquer le Parc de la Vérendrye.

Compétences transversale: choisir un pneu/Photo: Élise Jetté

Les mésaventures nous mettent en retard d’une heure 45, ce qui fait en sorte qu’on se stationne tout croche pour quinze minutes une fois à Rouyn. Il n’en fallait pas plus pour qu’on se fasse coller un ticket de parking devant notre hôtel. Au moment où l’on se dirige vers nos premiers shows de la fin de semaine, le soleil laisse la place à une pluie de type «petites gouttes crachées au gré du vent». Comme quoi le nuage noir au dessus de nos têtes depuis le matin finit par libérer son fiel.

Julien constate qu’il mouille également à la diagonale au driving range du club de golf le Noranda, où Gus Englehorn combat un coriace cocktail météo pour se préserver d’un froid qui pénètre les os. Sa drummeuse, que Dieu la garde, frissonne sous un trenchcoat et bat les tambours pour sauver ses extrémités, implorant la foule du regard de la délivrer de son calvaire. Englehorn, natif d’Alaska et transplanté à Montréal, charmant dans son français cassé, déploie un chant déjanté sur des riffs qui évoquent les belles années du rock indie, façon Modest Mouse ou Wolf Parade. Malgré les conditions, c’est une intro magnifique et l’hypothermie qui guette n’atteint en rien l’immense plaisir qu’on a à voir un premier show en plus de 6 mois.

Gus Englehorn/Photo: Julien Roche

De son côté, Élise se rend au spectacle de NOBRO qui se déroule sous une pluie battante de catégorie «compétition». Voici les cinq raisons pour lesquelles c’était le moment le plus rock du week-end:

1- La chanteuse Kathryn McCaughey se dédie une toune à elle-même. Self-empowerment à son meilleur.

2- La guitariste Karolane Carbonneau chante en poussant un cri assez strident pour réveiller le monstre du lac Osisko.

3- Quand Lisandre Bourdages s’exécute sur les bongos, on oublie que c’est un instrument de hippies à vocation de musique latine.

4- Cette dernière ainsi que Sarah Dion s’échangent les instruments au fil des pièces comme si elles étaient nées avec l’ensemble des talents musicaux que le ciel pouvait donner.

5- Elles poussent un toune sur la cocaïne devant un groupe d’enfants installés au premier rang.

En voulant se lever pour danser à quelques reprises, Élise reçoit ses premières réprimandes. Si elle veut se lever, elle doit mettre son masque. Mais si elle met son masque, elle ne peut pas boire sa cannette de pinot grigio. La situation nous amène à devoir choisir entre la fièvre du rock et le désir de se mettre chaud. C’est pas le genre de décision qu’on est habitués de prendre.

NOBRO/ Photo: Élise Jetté
NOBRO/Photo: Élise Jetté

La route a été parsemée d’embuches, donc c’est à 19h qu’on choisit de manière savante notre premier repas de la journée. Le côté conservateur d’Élise en ce premier soir de festival la pousse à choisir une poutine sans flafla. Un choix que lui reproche sévèrement Julien qui a fait preuve de toute l’audace d’un inconscient en choisissant la poutine au curry, comme s’il n’allait pas regretter cette décision après sa sixième cannette de gin fizz dans deux heures. DÉ-BU-TANT.

Le premier repas de la journée/Photo: Julien Roche

Transit vers Les Shirley, adjacentes à la plage Kiwanis, qui se produisent devant un parterre entrecoupé d’enclos-bulles. Nouvelle réalité, nouvelles difficultés pour ce genre de band d’énergie qui carbure au voltage d’une foule compacte. «Comment on se sent dans vos petits carrés», demande la chanteuse Raphaëlle qui est visiblement fascinée par le concept. Distanciés, mais hardis, parés d’imperméables et de parapluies, les braves spectateurs doivent néanmoins baisser pavillon devant une furieuse averse qui met fin au show et empêche les subséquents Deuxluxes de jouer. «On va prendre une petite pause à l’intérieur, mais vous, je ne vois pas vraiment où vous pouvez aller», annonce Raphaëlle avant de quitter la scène. La zone réservée aux médias, en arrière, est le seul espace légèrement couvert. On se fera rapidement lancer les enfants par dessus une clôture au moment de l’orage. On se serait crus dans un remake de Titanic où l’orchestre cesse toutefois de jouer avant la fin. On croisera la députée locale Émilise Lessard-Therrien, flanquée d’amis et de son dernier-né, se dirigeant vers le show des Deuxluxes qu’ils ne savent pas encore annulé. Leurs mines déconfites au retour symbolisent bien le petit drame de cette première soirée du FME, soirée qui se déroule essentiellement sous le signe de l’intempérie. 

Les Shirley/Photo: Élise Jetté
Les enclos pour le show des Shirley/Photo: Julien Roche
Les Shirley/Photo: Élise Jetté
Les Shirley/Photo: Élise Jetté

On se dirige ensuite vers l’Agora des Arts pour le spectacle de Jesse Mac Cormack. «Vous êtes biens sur vos chaises», demande-t-il, amusé, alors qu’on a vraiment envie de répondre qu’on n’est pas triste d’être assis… on n’a plus vingt ans.

Il nous fait une nouvelle pièce en disant «elle a juste un work title donc je ne vous le dirai pas». L’énergie de son groupe est à un niveau impressionnant après six mois de hiatus. On perd le drummeur pendant une minute au milieu du show et la rumeur veut qu’il soit parti pisser. Les shows en temps de COVID sont vraiment rendus spéciaux…

Jesse Mac Cormack/Photo: Élise Jetté

Il conclut son spectacle en abordant le privilège de faire des shows en ce moment. Une émotion nous traverse alors qu’on pense à notre propre privilège de pouvoir être témoins desdits shows.

Corridor/Photo: Élise Jetté

C’est les souliers pleins d’eau, la petite narine morvant tendrement, que Julien entre au Petit Théâtre du Vieux Noranda. Corridor au programme, deux fois dans la soirée: c’est ici sa place. C’est un dur apprentissage d’exprimer cet amour, bien vissé à une chaise, surtout pour ce band qu’il aime avec une rare intensité. La prestation de 20h est tatillonne; les gars shakent la rouille de leurs guitares en jouant Junior puis Goldie trois fois trop vite, remarquant au passage que la configuration de la salle rappelle la rigidité du théâtre. 

Rebelote à 22 h pour une deuxième prestation identique, plus rodée cette fois, avec une foule plus large et dynamique. Déjà, les boys sont revenus à leur excellence typique. C’est sans gêne qu’on avoue avoir usé de charme et d’un peu de duperie pour que Julien puisse revenir une deuxième fois à ce show… (Note de Julien: Si par malheur ma carrière de journaliste musical se termine par cette faute, ç’aura été pour une cause juste et noble). «Merci au FME d’avoir donné des cigarettes à notre soundman», nous dit Jonathan Personne. «Fais-moi un enfant», lance quelqu’un dans la foule (peut-on vraiment appeler ça une foule dorénavant?). «Ben là, tantôt», répond Samuel Gougoux. Mentionnons au passage le travail de l’artiste projectionniste, baignant la scène de couleurs psychotropes comme s’il voulait fournir un décor en harmonie avec l’état mental des festivaliers.

Corridor/Photo: Élise Jetté

Au début du rappel, il est question de malaria et de vaccin contre la malaria. Clairement, on essaie de détourner notre attention de la COVID et du vaccin contre la COVID.

Corridor/Photo: Élise Jetté

On finit la soirée au Show de Fuudge, mais à cette heure-là, notre capacité d’attention est rendue à un minimum. On se rappelle juste des toilettes et d’une fille qui dit «Moi j’ai déjàa eu une date dans un shpw de Fuudge.» Audacieux.

Le Cabaret/Photo: Élise Jetté

1 comment on “FME 2020, jour 1: un orage éternel qui est sûrement de notre faute

  1. FME 2020, jour 2 & 3: | Feu à volonté 7 septembre 2020 at 23:06

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