Entrevues de crise, série balcons: Mon Doux Saigneur

C’est sur un balcon arrière adjacent à sa cuisine qu’Emerik St-Cyr Labbé, alias Mon Doux Saigneur m’invite pour une jasette extérieur. Derrière les barreaux de sa fenêtre, on voit encore les ustensiles de cuisson qui ont permis de faire un beau brunch de 15h30. Y’a pas d’heure pour déjeuner. Aujourd’hui, Mon Doux Saigneur nous présente le clip de la chanson Aller, qui figure sur son plus récent album Horizon.

Mon Doux Saigneur/Photo: Élise Jetté

Aller, ça parle d’aller bien et d’aller mal. De n’être pas sûr de l’émotion qui prend le dessus sur l’autre.

Élise: Quel est ton état d’esprit en ce moment?

Emerik: J’ai tendance à avoir le FOMO d’habitude, je suis toujours dans les shows et les bars. Ça a forcé mon muscle créatif, de ne pas pouvoir sortir. Ça l’a restarté. Ça fait du bien au corps et à l’âme. Quand j’appelle mes amis, on peut sentir qu’on a beaucoup à se dire, mais rien en même temps. Ça se décrit pas vraiment. Je le vois un peu comme un jeu de contrôle. Faut s’entraider pour rester grounder. Je cuisine. Je prends des petites marches. J’essaie de bouger, je suis bien en dedans, mais je me sens mieux quand je vais dehors. Je brunche à toutes les heures.

É: J’ai toujours dit que c’était mieux de déjeuner plus tard parce qu’on peut y ajouter de l’alcool sans que ce soit mal vu! 

MDS: T’as raison!

É: C’est quoi tes trucs repas?

MDS: Je pense beaucoup en quantité. J’aime que la bouffe dure deux jours. Je fais des paellas, de la sauce à spag, des pâtés chinois. J’ai fait livrer de la pizz, je fais jamais ça dans la vie, faire livrer de la pizz.

É: Ton album venait à peine de sortir. Le confinement a contrecarré des plans?

MDS: On y va un mois à la fois. Il faut garder espoir. J’avale les pilules des annulations une à une. Tout est de plus en plus en improbable, mais c’est une batterie qui se recharge vite, faire de la musique. Ça fait des explosions après. Quand ça va exploser, ça va exploser.

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É: Être tout seule, ça te rend créatif ou ça t’empêche de créer?

MDS: C’est fragile et c’est pas tous les jours que je me sens dans l’état d’esprit pour ça. Il faut que je sois attentif au moment ou ça va se passer. Je travaille fort à la faire sortir, la créativité. J’ai pas tendance à forcer l’art, mais là je le fais un peu plus. L’hiver se passe sur papier et l’été est plus dans l’action. J’essaie de changer les saisons mentalement. Rester actif avec le crayon, même s’il fait beau dehors.

É: C’est quoi ta plus grande folie depuis le confinement?

MDS: La journée qu’on a su que c’était le dernier show (celui de Duu à L’Esco), on a viré complètement fous, parce qu’on savait que c’était la fin. J’avais pris un petit peu de mush et j’avais des frissons de vérité.

É: Tu t’améliores dans quoi depuis le début du confinement?

MDS: Je coupe les oignons égaux, je botche moins mon épicerie.

É: Si tu pouvais faire un show sur n’importe qu’elle scène, ça serait laquelle?

MDS: Un show surprise au Quai.

É: C’est qui la première personne que tu vas serrer dans tes bras après le confinement?

MDS: Mes amis et ma famille. Ça me fait penser. J’ai déjà fait une Vipassana (10 jours de silence complet) et après j’étais euphorique. C’est fou de communiquer, de témoigner de la compassion aux autres après avoir passé autant de temps séparés. Tout revient, mais en plus fort. Quand je parle sur FaceTime avec mes amis, je réalise à quel point c’est précieux, l’amitié, même si on n’a rien à se dire des fois. Quand la vie va à vitesse grand V, on prend pas toujours le temps de se demander comment on va.

É: C’est quoi ta toune qui fit avec le confinement?

MDS: Patience. Aller pour la vibe sinon! Tout ce qui est tropical et qui te donne le goût de sortir des maracas.

É: toi, tu écoutes quoi pour te sentir mieux durant le confinement? 

MDS: J’ai écouté un vinyle d’Elliot Smith, Either/Or. C’est pas joyeux, mais ça me rappelle ce qui m’a donné envie de jouer de la guitare. C’est introspectif et il y a des grosses vibes là-dedans que je ne trouve pas en écoutant The Band ou Johnny Cash. La musique qui couvre le côté sombre de la vie, ça fait du bien. Ça ne me donne pas envie de pleurer, ça me fait sortir l’ennui ou la peine.

É: C’est quoi la première chose que tu vas faire en sortant du confinement?

MDS: Boire de la bière dans les parcs et faire des road trip à la bonne heure de la journée, quand il n’y a personne sur les routes. Jai fait une petite ride a Dorval pour du matériel et ça a valu la peine.

É: Si Dorval t’a suffi, j’imagine pas ce que tu vas pouvoir faire avec un trip en Gaspésie.

MDS: Imagine!

É: Donne-nous donc un peu d’espoir avec une vidéo.

1 comment on “Entrevues de crise, série balcons: Mon Doux Saigneur

  1. […] des shows et des tournées sur des scènes extérieures de mai à septembre, mais qu’on ne peut voir qu’à distance de balcon depuis mars. Le nous, ce sont aussi les festivaliers, mais surtout ceux qui nous amènent au cœur de la fête: […]

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