Entrevues de crise, série balcons: NOBRO

Bon ok, on ne va pas se mentir. Cette entrevue fait partie de la «série balcons», mais au bout du compte, ici, on est plus «en haut de l’escalier de la cave». En pleine fin du monde, on a le droit de changer les règlements. Sarah et Lisandre du quatuor NOBRO, habitent à un coin de rue de chez moi. Je suis allée leur parler il y a deux semaines, alors qu’elles n’étaient pas encore sûres que leur EP Sick Hustle allait pouvoir sortir. Finalement il est sorti aujourd’hui, pis écouter ça, c’est pas mal la meilleure façon de commencer ta fin de semaine.

Sarah et Lisandre de NOBRO/Photo: Élise Jetté

Alors que tout le monde me donne rendez-vous sur un trottoir et que je me casse le cou à chercher le bon balcon, Sarah et Lisandre m’ont dit de «chercher la porte bleue dans la ruelle». Si j’avais pas été en confiance parce que je les trouve TROP COOL, probablement que j’aurais «été malade» le jour de l’entrevue. 

La porte bleue/Photo: Élise Jetté

Quand la porte s’ouvre, c’est comme un rêve, les filles sont en bas de l’escalier entre un entrepôt d’instruments et une zone de construction où elles sont en train de fabriquer un «divan pour chat» à la chanteuse de NOBRO, Kathryn McCaughey, pour sa fête. 

Sarah, Lisandre et le divan pour chat en construction/Photo: Élise Jetté

Les filles sont contentes d’avoir de la «visite à deux mètres» parce que, comme elles sont allées en vacances au Mexique, elles sont dans une «vraie» quarantaine. «Toi, t’es dans les médias, Élise, penses-tu qu’il nous en reste pour longtemps à être confinés, toute la gang?», qu’elles me demandent d’emblée. «Écoutez, les filles, ma théorie, c’est qu’en termes de vie sociale, on va passer de l’hiver à l’hiver. L’été et les deux saisons tampons, ça va pas vraiment exister cette année.» «OH SHIT, hiver à hiver, ça vient de me hit. C’est fort comme image, ça, dit Sarah un peu hyperventilée. J’avais des dates aux Îles cet été.» «T’as tout le temps des dates aux Îles», dit Lisandre. «T’as raison, mais je deviens sensible après deux bières», rétorque Sarah.

Le confinement nous mettant tous au défi de devenir meilleur dans quelque chose, je confie aux filles que j’essaye de devenir bonne à la guitare ces jours-ci, donc Sarah me montre comment remplacer un accord barré qui me donne du fil à retordre. Si c’est pas ça la solidarité covidienne, je sais pas ce que c’est.

Ceci est zoomé. J’étais à deux mètres pour vrai.

Durant l’entrevue, j’ai fait 8 fois des petits moves de bras pour rallumer la lumière qui s’allume grâce à un détecteur de mouvements. C’était une expérience que j’avais jamais vécue en entrevue avant.

La lumière/Photo: Élise Jetté

Élise: J’imagine que le confinement contrecarre vos plans?

Lisandre: À 100 %.

Sarah: Notre single qu’on sort en clip s’appelle Don’t Die, donc tu peux imaginer que les gens vont penser qu’on surfe sur la crise.

Lisandre: Les gens vont voir le titre et ils vont porter un jugement, s’ils ne nous connaissent pas trop. 

Sarah: On a plein de dates qui ont pris le bord. On devait aller aux States et on ne pourra pas y aller, évidemment. Ce qui nous console, c’est que tout le monde est dans le même bateau de marde.

Lisandre: On espère que quand ça va reprendre, il va y avoir une bonne dose de solidarité, mais on dirait que tout ce qui sort en ce moment passe dans le beurre.

Élise: Écoute, j’ai l’impression que même Louis-Jean Cormier se fait ignorer par son public en ce moment! Imagine… Ça serait quoi les bonnes raisons pour les gens d’écouter votre EP en ce moment? 

Lisandre: Notre EP est accrocheur et agressif. Autant les gens qui aiment le côté agressif vont dire «c’est pop en même temps, donc ça fait du bien», autant les gens qui sont moins habitués vont trouver ça accessible.

Sarah: On a gardé notre côté punk et c’est ça la force de ce band-là. Du punk qui tend la main aux novices.

Élise: Une fois que c’est sorti dans le monde, c’est quoi le prochain rêve de NOBRO?

Lisandre: On veut partir sur nos tournées prévues, mais reportées. Avant que ça s’arrête, on sentait le momentum. On sait que les gens en veulent, de notre musique.

Sarah: On a fait des grosses tournées et beaucoup de bands IMMENSES qu’on ne peut pas nommer voulaient nous avoir en première partie de grosses tournées cet été. On était tellement sur notre X qu’on avait du mal à organiser notre horaire (les deux filles sont aussi dans le trio Les Shirley avec Raphaëlle Chouinard), c’était un beau problème.

Lisandre: 2020, c’était hot avant que ça commence à chier. Que la pandémie dure 2 jours ou 3 ans, vous me réveillerez quand ça sera fini. Wake me up me up when the covid crisis end, comme on dit.

Élise: Ça serait quoi la toune de votre EP qui aiderait les gens à moins capoter en ce moment?

Lisandre: Marianna! C’est un feel good song. On a enregistré une version country qu’on a tapée chacune dans nos salons. Je sais pas si on va être en mesure de faire un montage pour sortir ça à un moment donné. aussi, il y a des gens qui disent qu’ils s’entraînent sur cette toune.

Sarah: Elle est pas longue. Ils s’entraînent pas longtemps.

Élise: L’important, c’est pas la durée, c’est l’intensité! (RIRES) Qu’est-ce que vous, vous écoutez en ce moment pour vous sentir bien?

Lisandre: Mon Doux Saigneur, son nouvel album Horizon. Sinon, Shania Twain, ça nous touche beaucoup ces temps-ci.

Sarah: Quand on est un peu en boisson et qu’on est émotives, ça nous fait faire du petit move de danse. On a commencé un cours de danse sociale en ligne. On écoute aussi TOUT de Skegss et Sheer Mag, le dernier album, A Distant Call.

Élise: Vous mangez quoi en quarantaine?

Lisandre: On mange full bien, on se fait des tacos très bons une salade de thon incroyable. Je me rappelle pas avoir autant mangé souvent à la maison. En tournée on mange de la marde. On habite dans le bloc de ma sœur et elle nous fait de la bonne bouffe aussi. Ma mère nous a amené quatre sacs de Costco.

Sarah: On se fait du grill quand on manque pas de gaz sur le BBQ. 

Élise: Si vous pouviez faire un show dans n’importe quelle salle en ce moment, ce serait où?

Lisandre: Pas mal n’importe quelle. Je m’en calisse ben.

Élise: Bon point!

Sarah: Un petit Esco ben rempli.

Lisandre: Y’a une petite salle illégale dans Saint-Henri. Tu peux fumer en dedans. C’est trash. Un post-quarantaine là-bas, les gens vireraient sua’ tête!

Élise: C’est quoi le dernier show que vous avez vu avant de ne plus pouvoir en voir?

Sarah: Gab Bouchard! Son lancement! On t’a vue!

Élise: Oui! Est-ce que c’était assez bon pour être le dernier show avant la fin du monde?

Lisandre: Oui! C’était satisfaisant! Ben ça dépend combien de temps ça dure, la pandémie! 

(RIRES) 

Sarah: C’était full jam-packed!

Élise: C’est sûr que le virus s’est passé là!

Lisandre:  C’était ça l’épicentre.

Élise: C’est qui la personne que vous avez le plus hâte de serrer dans vos bras quand ça va être fini?

Sarah et Lisandre: Raph! (La troisième Shirley) 

Sarah: Elle vient nous porter du gâteau au fromage et on réinvente le monde sur FaceTime. On s’imagine qu’on va faire des shows bientôt.

Élise: Écoute, je comprends ça. Moi j’appelle ça la «portion de déni acceptable». C’est le petit bout de déni que tu t’autorises pour pas virer fou. Ça fait mal à personne.

Lisandre: Ha oui! Ça marche, on a vécu ça un peu durant nos derniers jours au Mexique, quand tout le monde capotait pour qu’on revienne en avance alors qu’on était aux glissades d’eau.

Élise: Le Mexique, c’est ressourçant, avant la fin du monde. Vous avez eu le sens du timing. Les autres filles de NOBRO, elles vont bien? Ça roule?

Lisandre: Oui, Karo (Karolane Carbonneau) a fait sa quarantaine de retour d’Europe. Elle tournait là-bas avec Jessy Benjamin. Kath, c’est  notre petite mère. Elle nous apporte toujours plein d’affaires. 

Élise: Allez-vous pouvoir nous enregistrer une petite vidéo d’espoir?

Sarah: Oui, pis on va t’envoyer une photo du divan à chat fini, aussi.

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