Entrevues de crise, série balcons: Lucill avec deux «l»

«Wow! Un humain! Yay!», me suis-je exclamée à la vue de Raphaël Bussières, haut perché sur son balcon. Entre deux couinements et sautillements surexcités, j’ai gravi quelques marches de façon à m’installer à quelques mètres, sécurité oblige, de l’auteur-compositeur-interprète qu’on connaît comme Lucill – et qui est accessoirement mon presque voisin et un être humain champignonné que j’affectionne beaucoup.

Émilie: Le dernier repas que tu as mangé aujourd’hui?

Lucill: J’ai mangé du pâté chinois végé. 

É: Wooooooooooow! Moi de répondre, profondément jalouse. Le pâté de la Chine, sous toutes formes, est mon repas favori. Puis vous êtes bien, au pire si vous avez faim, vous avez des bleuets qui poussent juste là!

Bleuets postapocalyptiques aussi connus sous le nom de «raisins»/Photo: Émilie Pelletier Grenier

É: Ton état d’esprit en ce moment?

L: Euh. Zen.

É: Ah ouin?!? Zen…Ouin. Et le timing pour tes projets en ce moment, c’est tu bon?

L: Ça change des trucs, mais en même temps ça enlève la pression, fait qu’on dirait que je suis comme plus libre de sortir des trucs un peu quand je veux.

É: T’es moins dans l’urgence?

L: Moins dans l’urgence ouais. Puis, là, je me sens tout seul, puis je pense que je vais sortir ça dans c’te mood-là. Mais je reste ouvert à collaborer avec des gens.

É: La première affaire que tu vas faire quand la vie va redevenir normale?

L: Je pense que je vais me booker un show.

É: Est-ce que toi aussi tu fais un peu semblant de lire plein de trucs, quand tout ce que tu fais c’est du Netflix?

L: Ah ouais! Ben je ne fais pas semblant. Je ne suis pas un lecteur, à part l’actualité. J’ai des passes, mais en ce moment, je suis vraiment: musique, Netflix et films. […] L’actualité est comme devenue une routine. C’est les points de presse entre midi puis une heure. Après ça, je ferme la radio, puis je commence ma journée. Je me couche tard. Je me lève tard. Je relate en maudit mon Lulu. Je me prends à peu près deux heures et demie d’actualité dans ma journée, puis après ça je ferme toute.

É: Est-ce que tu es pour ou contre les live Instagram?

L: Au début, j’étais pour. Mais là je suis contre!

É: C’t’épouvantable! O.k. Mea maxima culpa. J’ai manqué de rigueur journalistique, encore une fois, en émettant une opinion, mais bon sang de poil de barbiche! Lâchez-nous avec vos directs Instagram!

É: Dans ton répertoire à toi, ce serait quoi la toune qui serait la plus réconfortante en ce moment?

L: Eh boy! Ben c’est comme… ben c’est sur le nouvel album. La toune Mais tu n’existais pas. Mais elle est pas sortie encore.

Lulu qui joue au fin finaud en nous parlant d’une toune qui n’existe pas encore tout à fait/Photo: Émilie Pelletier Grenier

É: Elle n’existe pas encore, mais a posteriori, elle va nous offrir du réconfort pour une situation qu’on a vécue dans le passé. Bon. Et l’album de quelqu’un d’autre?

L: Je pense que c’est Late For The Sky, de Jackson Browne. Ironie du sort, on apprend ce matin que Jackson Browne est atteint de la COVID-19.

La coïncidence nous donne froid dans le dos.

É: Si tu pouvais être dans une salle de spectacle (pour faire un show), ça serait laquelle et pourquoi?

L: Je pense que ça serait le Ritz PDB. J’ai fait des shows pas mal là-bas. Le rapport quantité et qualité sonore est vraiment bon. En tout cas, ça serait clairement pas Le Fairmount. Pire salle. Ça sonne comme le cul. 

É: Le dernier show de musique que tu as vu avant, avant que le Québec soit fermé? 

L: C’est le show de Duu pis Larynx, à l’Esco. C’était vraiment la soirée où [l’interdiction des rassemblements de 250 personnes et plus a été passée]. Puis c’était limite pour que j’y aille pas, mais j’ai décidé d’aller les encourager.

É: Moi j’étais malade, puis je me suis dit, esti, je peux pas aller dans un endroit où je vais tousser sur le monde en ce moment! Puis, ton snack de quarantaine préf, c’est quoi ?

L: Eille, moi je mange bien depuis que je suis en quarantaine! On se fait des sales bouffes, avec ma blonde. Tout est bon. On a le temps. On cuisine. On mange tard. […] C’est con, mais en ce moment, ça fait vraiment du bien à la planète ce qui se passe. Moi j’ai hâte de voir le résultat écologique. J’ai hâte de voir des chiffres pour qu’on catche. Je pense pas qu’on catche. Mais ça prouve juste qu’on est capable. J’ai vu la Grande Ourse avant-hier! Ici à Montréal. Je la vois jamais. Je la voyais parfaitement. Y avait des étoiles. C’était comme un ciel de Grand Nord. Ben oui! Ça a rapport.

C’est sur ce message d’espoir que nous laisse Lucill. Qu’à quelque chose malheur est bon. Qu’avec la pandémie reviennent parfois les étoiles. Et que la sortie de crise rimera peut-être avec sortie du prochain album de Lucill. Parce que… ça s’en vient! Et plus vite qu’on pense.

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