Chier comme il faut avec Philippe Brach

On pensait vraiment se rendre au Club Soda, hier, pour le show chié de Philippe Brach, visant à closer sa tournée. Mais, pendant qu’on marchait tranquillement parce que ça sentait le bon shish-taouk à côté du Boustan Sainte-Catherine, des amis nous ont permis d’éviter quelques pas: «Le show a déjà chié. Le doorman nous a dit que Brach avait pas payé ce qu’il fallait. C’est pas au Club Soda, finalement. C’est aux Foufs.» On n’est pas du genre à se laisser intimider par les allures un-peu-moins-corpos de cette salle. On a donc marché jusqu’aux Foufs. Pour le reste de la soirée, même Luc Langevin l’illusionniste n’aurait pas pu savoir ce qui nous attendait.

Une fois aux Foufs, on réalise que les pancartes qui annoncent le show ont été faites dans le cadre d’un cours d’arts plastiques de troisième année.

Photo: Élise Jetté

Dans la salle de spectacle, c’est la lumière de trois heures du matin qui sert normalement à vider la place qui, là, nous éclaire. Ça donne à peu près envie de faire cette face-là:

Selfie: Élise Jetté

«Désolé que ça se soit passé, lance Philippe Brach en montant sur scène en camisole. On pensait pas que ça allait chier à ce point-là. J’étais chez mon tatoueur quand j’ai eu l’appel, renchérit-il en exhibant ses tribaux de biceps. Mais même si c’est pas le Club Soda, c’est pas quatre murs qui font un spectacle. C’est les gens entre les quarte murs», philosophe-t-il avant de se déboucher une bière qui provient de son frigo-speaker.

Photo: Élise Jetté

Il s’enflamme rapidement contre «la gang de cheap du Club Soda»: «J’avais un costume à 15000 euros dans ma loge», assure-t-il, quémandant un couvre-chef et quelques items vestimentaires à ses spectateurs bien partants pour l’habiller. En face des Foufs, c’est le 281, les gars se dénudent sur scène. Ici on fait le contraire. C’est comme ça que la roue tourne.

Le chapeau qu’il conserve durant presque tout le show lui donne l’air d’un bonhomme LEGO. On a vraiment l’impression qu’on pourrait emboîter plusieurs Philippe pieds à tête et tête à pieds.

Photo: Élise Jetté

Rendue au tiers de la toune Alice, celle-ci devient Mes blues passent pu dans’ porte de Gerry. Et ça redevient Alice. Et ça redevient Gerry. Ça se finit par le solo d’un saxophoniste qui se fait faire environ cette face-là par tous les musiciens du band qui le bousculent en quittant un à un la scène:

Photo: Élise Jetté

«Vraiment désolé. Shit hit the fan», dit Brach en remontant sur scène pour la chanson Rebound. Plutôt que l’Ensemble KÔ, qui chante en chœur sur cette pièce sur l’album, la chorale de la foule se fait aller. C’est comme des chanteurs professionnels, mais saouls.  

Après Bonne journée, Brach exige un changement de costume. «C’est un show évolutif», explique-t-il. «Merci de revendre les disques d’or», envoie-t-il également au «boss de sa maison de disques» qui fait une vente de garage dans le fond de la salle.

La salle se remplit de boucane et, comme si la soirée n’était pas déjà assez parfaite de même, Philippe Fehmiu apparaît pour lancer des t-shirts et calmer les esprits. «L’important, c’est qu’on est ensemble», dit-il pour ramener la sérénité avec fond de J’ai l’blues de vous, Marie Carmen, 1995.

Photo: Élise Jetté

À la demande générale de Fehmiu et de Cité Rock Détente, Brach chante sa fausse toune qui était un leurre, mais pas tout le temps, mais oui, mais non, mais elle jouait quand même à la radio, mais c’était une joke, mais pas pour tout le monde tout le temps: Troupeaux. Le bassiste est fâché et sacre son camp. «Je m’en calisse. J’en mets pas, de basse, dans mon moniteur», envoie Brach.

Quelqu’un dans la salle demande la pièce Ravin. Brach dit «ouin ben c’est plate, je m’en rappelle pas de celle-là.» Le gars qui avait fait sa demande spéciale dit «ouin, ben moi je la connais.» Il monte donc sur scène, demande un pic et s’exécute.

Photo: Élise Jetté

Brach fait T’aurais pas pu nous prendre à deux pendant que la foule scande «porte mon bébé». Il s’offre un autre changement de costume et de guitariste. Plusieurs guitares, dont une douze cordes, apparaissent avec des gens pour en jouer. Mais il n’y a jamais trop de guitares sur Ressac sur ta peau. Le seul bémol demeurera les sons sourds-basse-échos-impression-d’avoir-des-caches-oreilles à quelques reprises durant la toune.

Photo: Élise Jetté

Brach se fait ensuite crisser dehors violemment par le bouncer et c’est Violett Pi qui le remplace, le temps d’une interprétation sentie de Crystel. «J’ai pas pris de la mezcal pour rien», lance Violett.

Tu voulais des enfants est interprétée par Dartagnan et Manon Massé.

Non, par Raphaël et Juliette de secondaire en spectacle.

Photo: Élise Jetté
Photo: Élise Jetté
Capture d’écran

Brach revient muni d’une chevelure platine pour C’est tout oublié en version bien rock.

Photo: Élise Jetté

Un grand gars qui a été fatigant durant tout le show atteint son apogée en faisant du body surfing sur des gens qui ont juste envie de le laisser tomber.

Photo: Élise Jetté

D’amour, de booze, de pot pis de topes et Gaston terminent l’affaire avant que Brach remercie encore le Club Soda pour son (non) accueil.

Photo: Élise Jetté

«Vous voulez un rappel? Ben c’est pas moi qui vais vous le donner. Je suis déjà parti à la retraite», annonce Philippe avant de prendre la poudre d’escampette et de nous laisser avec un DJ set de ses tounes version «Bienvenue à Enfant-Ville», mais plus dansantes.

Gros lundi.

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