Choses Sauvages: danser seul dans la pièce à une époque qui n’existe pas

Choses Sauvages

Choses Sauvages

Audiogram

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J’étais au lancement abitibien de Choses Sauvages durant le FME, puis au lancement montréalais jeudi dernier. Et comme ces deux événements m’ont solidement transportée aux confins de l’univers du groove, je n’ai jamais été en mesure d’écrire une critique de spectacle… je dansais comme Liza Minnelli un soir de première en 1972. Le dancefloor m’appartenait. J’ai donc écouté à tête reposée, l’album de Choses Sauvages.

On pourra me reprocher un manque flagrant de cohérence si je dis que ce premier album complet du groupe est construit sur un filon continu et intelligent, mais qu’on peut autant vivre la fièvre de la danse que de déshabiller en l’écoutant. Mais c’est la vérité.

Les premières notes du Palais des erreurs nous permettent de découvrir la voix de gorge tantôt sensuelle, tantôt saccadée de Félix Bélisle. Quand je dis «voix de gorge», pensez au gars de la pub des yogourts en tubes, mais une version jolie.

Musicalement, on est dans un entre-deux-rythmes. On nous prépare. Et on pourra mettre la guitare électrique sur un piédestal tant qu’on voudra… un solo de flûte traversière au milieu d’un groove disco-rock ça va jamais arrêter de m’impressionner.

Quand La valse des trottoirs commence, on est habités: «on veut la danser, la valse des trottoirs, qu’on nous amène Nico Archambault pour qu’il guide nos pas.»

Avec langueur, on rencontre ensuite Ariane, «pauvre Ariane», pour être plus précise. On fait sa connaissance dans un beat électro qu’on entendrait dans un bar de sous-sol éclairé uniquement avec des néons bleus. La scène se passe en 1986. Je vous donne les informations. À vous de créer la scène.

«Si je ferme les yeux, c’est pour mieux te voir», nous chante-t-on après sur Superstitions, plongeant avec brio la poésie dans les airs disco d’une époque indéfinie.

Nuages appuie un peu plus que les autres pièces sur un chant très «français» qui  nous convainc d’emblée que Choses Sauvages obtient haut la main la carte de l’exportation possible dans les Zeuropes.

Choses Sauvages au lancement de Montréal/Photo: Élise Jetté

Choses Sauvages nous tient encore pendant un temps dans ces limbes où les styles et les gestes sont flous. Le temps n’existe pas et on est rassurés de ne pas avoir à conjuguer, car on ne saurait pas si on est dans le présent, le passé ou le conditionnel.

Poussière, un peu avant la fin, est ma pièce favorite, mariant les allures discos qu’on entend depuis le début à un refrain accrocheur et groovy avant de terminer par un instrumental qui passe à deux doigts d’être la chanson-thème d’un soap américain épouvantable des années 90. Rien n’est plus intéressant que de frôler ce qui est mauvais en faisant du bon.

On trouve un rythme frénétique sur Hualien, une chanson que j’enchaînerais personnellement avec Alexandrie Alexandra de Claude François.

Puis on termine avec l’épée de Damoclès sur la tête. Une épée à laquelle on ne croit pas, mais, c’est pour les bonnes raisons: rien ne tombera, cette fois du moins, sur la tête des hommes/choses sauvages. La carte de visite nous permet de rentrer. Rentrer par la grande porte. Pis y’a un buffet de réveillon l’autre bord de la porte.

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