[ENTREVUE] Jay Scøtt : Du rap plein la frange

Actif depuis près d’une décennie dans les confins du rapjeu local, le emcee et producer Jay Scøtt a tout récemment revisité son passé emo pour y puiser l’énergie de son tout nouveau projet EM0G0D. On s’est faufilé entre deux containers rouillés d’une ruelle montréalaise lors du tournage de son plus récent vidéoclip Maintenant ou Jamais pour en savoir davantage sur ce nouvel EP et ses origines. Journalisme d’enquête, quand tu nous tiens.

Jay Scott tout sourire et flanqué d’un fier canin sur le set du vidéoclip Maintenant ou Jamais/ Photo: Alexandre Demers

N’est pas rappeur qui veut! Même s’il a fait ses premiers pas de manière moyennement assumée sur Réseau Urbain (RIP) à la toute fin des années 2000, le rappeur originaire de Terrebonne n’a forgé son style efficacement dérisoire inspiré par la dégaine de personnages du web québécois comme Johnny Crying que dans les deux dernières années. En plus de façonner plus sérieusement son pen game et d’affuter ses talents de beatmaker sur quelques projets solos divers, notamment sur l’album god paru l’an dernier, le emcee a également pu faire sa marque sur l’album collectif Les Drogues Fortes chantent Noël (2017).

C’est cependant grâce à sa fructueuse collaboration avec Smitty Bacalley, un autre rappeur de la Rive-Nord, qu’il s’est principalement fait remarquer. Après la parution d’un premier album conjoint nommé Stockholm (2017), le duo s’est taillé une place de choix aux Francouvertes 2018 (sans oublier de mentionner une saisissante performance impliquant une spectaculaire chute de champion sur scène). Quelques semaines plus tard, les deux artistes faisaient paraître Un Chevreuil, un EP aux efficaces touches contemporaines qui leur a notamment permis de performer sur la scène des Francofolies. Le rêve – une performance rémunérée!

Après tout ce chemin, Jay Scøtt est présentement (encore) de retour avec un nouvel EP de cinq pièces glorieusement titré EM0G0D, un nouveau projet solo inspiré de cette phase de son adolescence où il chantait du My Chemical Romance avec l’émotion vive d’un ado aux skinny jeans noirs qui apprend la fermeture des magasins D-Tox.

«Je viens de cette époque-là. Les Vans Warped Tour un peu emo des années 2000, les groupes comme Alexisonfire, Underoath, Coheed and Cambria, etc. J’avais un band pis on faisait des covers de ces groupes-là. Je suis retombé dans tout ça dernièrement, pis t’sais, les harmonies vocales emo, y a quand même quelque chose de ben le fun là-dedans. C’est à partir de ça que je suis allé plonger dans un univers un peu plus triste pour ce nouveau projet-là.»

Maintenant ou jamais

Étant constamment habité par un flot continuel d’idées, Jay s’est permis d’explorer et de concrétiser la suite de son marathon musical. Cette fois-ci, il a davantage plongé dans les samples et les 808s pour créer cette vibe un peu plus profonde. «Pas le temps de niaiser», comme dirait l’autre. «La seconde où on a terminé Un Chevreuil, j’ai fait ces cinq beats de mon côté. Tout s’est fait vraiment rapidement. J’ai pas essayé de surpenser mes affaires. J’me suis laissé inspirer pis c’est ce que ça a donné. En même temps, si tu travailles trop sur tes trucs, tu vas finir par ne plus les aimer. Je pense que c’est le premier projet que je ne me tanne pas trop d’entendre.»

Reconnu pour son style un peu «sourire en coin», le rappeur désormais straight outta Mascouche s’est permis dans ce nouvel exercice d’explorer des zones un peu plus sérieuses malgré tout. Il le voit, en quelque sorte, comme un statement en soi. «Ce EP, je le présenterais comme étant tiré d’une réalité vécue par beaucoup de gens. Y a beaucoup de monde que leur job c’est de la crisse de marde, mais ils sont pris là-dedans et ils ont pas le choix d’avancer malgré le fait que tous les autres les dépassent tout le temps. Justement, sur GTFOOMF, les trucs que je mentionne, c’est vraiment des choses qui arrivent. Pour quelqu’un dont la vie ne se passe pas comme il le souhaiterait, c’est facile de tomber dans l’amertume.»

«C’est mon truc le plus sérieux, mais il reste quand même toujours cette fameuse zone de flou qui fait qu’on n’est jamais trop certain si je déconne ou si je suis totalement sérieux dans ma démarche. C’est un ton que j’aime entretenir», précise-t-il, avant de souligner que tous ses projets les plus récents lui font sentir qu’il a désormais sa place à la table des adultes du rapgame. «Je pense qu’on me prend maintenant quand même au sérieux. Avant, je me sentais toujours un peu outsider, mais t’sais, j’ai l’impression d’avoir un pied dans la porte. C’est important que les gens puissent relate aussi. Quand c’est juste des niaiseries, c’est drôle, mais faut aussi que les gens puissent connecter.»

À l’image du premier titre sur EM0G0D, Maintenant ou Jamais, la pièce qui a été retenue pour le vidéoclip réalisé par LNSK, Jay Scott n’est pas là pour (trop) perdre son temps. Cette urgence de créer est motivée par un paquet de facteurs, notamment le désir intrinsèque de mettre des idées au monde malgré le fait qu’on peut se faire surpasser par des jeunes emcees qui ont parfois juste deux beats sur Soundcloud. «Dans cette chanson-là, je répète C’est mon année/Tous les autres gars on les a vu abandonner, pis ça, c’est vrai. C’est facile de se décourager quand on voit quelqu’un que ça fait 20 minutes qu’il est dans le circuit et ses affaires décollent. J’me suis inspiré des autres pour écrire les lyrics. Faut juste pas lâcher. Y en a que leur passion c’est le parachute, l’escalade, moi c’est la création. Le fait de me retrouver dans la zone et oublier l’heure. Je retrouve ça nulle part ailleurs.»

EM0G0D

Étant DIY de nature depuis le premier jour, notre rappeur au cœur tendre s’est permis de créer une pochette à l’image de son projet. En posant le regard sur celle-ci, on ne peut que constater la ressemblance avec celles de la formation française de musique électronique Justice. Sérieusement, what’s up avec ça? «Je magasinais les croix sur Google Images, pis la croix en 3D, c’est quelque chose qui m’intéressait depuis un bout. Je savais que c’était comme celle de Justice, mais je l’ai modifiée un peu, je me suis dessiné à l’intérieur, mais t’sais, le groupe m’a pas appelé… encore…»

En terminant, notre entretien à saveur EMO ne serait pas complet sans demander à notre principal intéressé de nous présenter son top 5 de tounes emo «full sentimentale» (bonjour Alain Souchon) qui ont bercé son adolescence et fait couler son guyliner. Partageons un peu.

«I’m not Okay (I Promise) de My Chemical Romance

For Miles de Thrice

In Regards to Myself de Underoath

Accidents d’Alexisonfire.

C’est pas exactement un top 5… mais ça va être ça…»

MÉDITONS TOUS LÀ-DESSUS!

EM0G0D, le nouveau EP de Jay Scott, est maintenant trouvable sur tous les internets, mais surtout sur bandcamp (et éventuellement sur Soundcloud).

Et selon nos sources, d’autres vidéoclips s’en viennent très bientôt pour ce projet. Restez en stand-by, les jeunes!

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