Santa Teresa 2018 jour 3 : Lil’ émeute

Le réveil n’a pas été facile dimanche. Ma fin de soirée au HB, durant laquelle j’ai dansé sans lendemain, a laissé des traces sur mon corps raqué, mais également sur mon humeur de fille pas parlable. Chapeau à Hubert Lenoir qui, après trois jours de fête, acceptait encore de prendre des selfies, et ce, à chaque coin de rue. En même temps, il fallait s’y attendre : son groupe The Seasons est partout ces jours-ci!

L’odeur du Rap Québ/Photo:Laurence Godcharles

Contrairement à l’artiste de l’heure qui demeure courtois avec tous ses admirateurs, je suis plutôt du type «cris**r moi patience aujourd’hui». Parce que même si le festival se déroule dans le Nord, il est impossible de demeurer incognito. Les festivaliers de Santa Teresa sont assurément les mêmes que l’on retrouve dans les milles et un autres festivals de la province. Selon ma théorie, faire la fête avec ses amis une soirée, c’est le fun. Pendant deux soirs, ça nous rapproche, mais pendant trois, ça nous éloigne.

Afin d’éviter les gens que j’aime, je décide donc d’assister aux performances présentées sur la scène extérieure. Un choix qui est somme toute difficile, puisque le line-up de la soirée, toutes salles confondues, est, à mon avis, le plus convaincant. Entre 14h et 1h, Dead Obies, Loud, Klô Pelgag, Lydia Képinski, FouKi, Hubert Lenoir, Mon Doux Saigneur et High Klassified performeront notamment sur scène. Il y aura aussi Lil Uzi Vert, mais hormis les programmateurs, peu de personnes croient en sa venue.

Dead Obies à Santa Teresa/Photo:Laurence Godcharles

Le premier spectacle auquel j’assiste est celui de Dead Obies (post-Fugueuse). J’ai réellement hâte de voir ce que le band a décidé de faire avec les verses de Yes Mccan parti réaliser un clip à Miami. Toutefois, je réalise rapidement que depuis la fin de mon cégep en 2013, j’ai carrément décroché. J’étais donc mal placée pour comparer. Ainsi, je laisse les mini-moi (qui décrocheront probablement elles aussi lors de l’obtention de leur DEC) répondre à mes interrogations. Dead Obies est certainement un rite de passage entre la post-puberté et l’âge mûr.

La crowd, assez imposante, regroupe, à mon sens, trop d’enfants.

Trois petits gars vivant leur premier buzz/Photo:Laurence Godcharles

Si vous avez amené votre kid avec vous au show de Dead Obies dimanche, ne vous lui en voulez pas trop s’il n’a pas de bons résultats à l’école cette semaine. Paraît que le pot n’a pas nécessairement d’effets positifs chez les élèves du primaire.

Au final, Dead O (post-Fugueuse) donne un bon spectacle, surtout bien rodé. Il ne reste plus qu’à savoir qui sera The Next Pussycat Dolls Dead Obies. Je donne au groupe le défi de faire un feat avec Damien sur l’une de ses futures chansons.

Lary, trop occupé à vendre des coats

Après Dead Obies, Ghostemane prend d’assaut la scène extérieure et la réchauffe pour Loud qui poursuivra la soirée.

Je décide d’aller manger chez Subway, puisque, selon les rumeurs, les pains comprennent les mêmes anti-vomis que ceux de chez McDo. Devant mon état, il me faudra absolument plus que deux Motrin!

Arrivée à destination, je n’ai pas d’autres choix que de faire demi-tour. Sainte-Thérèse fait certainement les meilleurs combinés de viandes froides au Québec, parce que toute la ville fait la file pour en obtenir.

Subway Eat Fresh/Photo:Laurence Godcharles

En même temps, les gens attendaient-ils pour des verres de slush à la Pabst? On ne le saura jamais!

Loud commence sa prestation pile-poil à l’heure. Après quelques chansons, la foule demeure assez frette. Quand il demande aux gens présents de chanter avec lui, c’est silence radio, ce qui me fait d’ailleurs beaucoup rire. «Vous avez encore de l’énergie ou quoi?» Même le gars qui pèse sur la space bar remarque le frette ambiant demandant aux gens d’applaudir, tel un animateur de foule à bout.

Les malaises se poursuivent, lorsque la toune On My Life embarque. Pour la première fois, et l’une des dernières, les festivaliers manifestent leur présence et scandent «Lary! Lary! Lary!» pour qu’il accompagne Loud sur scène. Face à son absence, les gens sont en maudit. Probablement qu’il était trop occupé à vendre des manteaux OFFICIEL.

Je croise, finalement, Mathieu Aubre, tel l’ange (petit) Gabriel descendu du ciel. C’est lui qui reprend le flambeau de la soirée, lui qui est plus habitué que moi à travailler en mode lendemain de veille.

La suite par Mathieu Aubre

Et le lendemain de veille commence à être fort sur un moyen temps à ce moment-là. Mettons que le peu de cellules qui me restaient encore après le show de Todd Terje la veille n’étaient pas ben ben contentes après moi… Après avoir croisé Laurence, je me mets un peu à errer sans but sur le site du festival pour finalement atterrir devant le bus Red Bull pour le début du show de Ragers. Les quatre gars présentent en effet leur 72e show de la fin de semaine sans pourtant sembler écœurés (ce qui est un exploit en soit). Le public ne semble visiblement pas tanné non plus puisqu’il continuera de grandir constamment tout au long de la prestation qui, si elle est un peu décousue par moments, semble plus au goût des fans de hip-hop que Oh Wonder, dont la présence sur la grosse scène entre tous ces trappeurs reste encore un mystère. On a au moins l’occasion d’entendre quelques-unes des nouvelles pièces de la troupe, sur fond de High Klassified qui s’installe pour son set en ayant l’air de se crisser royalement de ce qui se passe à deux pieds devant lui.

Prochain show sur ma liste : celui de Mon Doux Saigneur, que j’avais pas revu en show depuis la finale des Francouvertes. C’est bien, parce que c’est rendu rodé comme set. Mais sans jokes, le quatuor a vraiment pris une trèes grosse coche dans les deux dernières années, offrant un bon 45 minutes rempli de solo, de jams, de blues pis de pedalstell, mais aussi de mosh, si on en croit Emerik. Toujours une bonne décision avant d’aller jouer dans une salle avec ben du monde chaud pis du feedback à volonté.

À ce moment de la soirée, je me sens un peu comme Jon Snow au début de la sixième saison de Game of Thrones, c’est à dire mort en-dedans, et c’est (Sandy) Alex G qui réussira à devenir ma Melisandre. (Spoiler alert btw!) Je m’étais fait dire par un paquet de monde qu’il donnait des shows assez mauvais durant la journée et j’appréhendais un peu le résultat, mais mon amour pour son album Rocket a fait sa job et m’a forcé à me rendre au Montechristo. Sage décision, parce que ses chansons slow et guillerettes auront chez moi un impact équivalent aux livres Bouillon de poulet pour l’âme pour une cinquantenaire de région, c’est-à-dire beaucoup de bien. Les musiciens sont excellents, passant de l’americana au noise sans transition, et Alex Giannascoli se fait payer des shots de whisky entre chaque toune, bien qu’il ait déjà l’air excessivement affecté dès son entrée sur scène. Je ne sais pas si ça a bien fini par contre, puisque les premières rumeurs de l’émeute parviennent à mes oreilles par voie de textos.

Ouin, ça l’air que le petit gun vert était pas pressé de monter sur scène et que ça commençait à brasser pas mal dehors. Et quoi de mieux pour éviter la violence et vivre l’amour que de skipper toute une ligne d’une centaine de personnes attendant impatiemment devant le Cha-cha pour aller voir Hubert Lenoir grâce à sa passe média, hein!?! Pas grand-chose pour vrai, parole de dude qui le fait régulièrement. Reste que je suis quand même pris à l’arrière de la salle, ce qui m’offre une vue sans précédent sur les gens qui sont montés sur les machines à sous et les cul de gens qui sont montés sur des tables. On m’avait dit que la musique d’Hubert était ben sexy en show, mais je m’attendais pas à ça non plus tsé… Reste qu’au niveau musical, le show est vraiment sensationnel, le band enchaînant les hits dansants presque sans longueurs pendant que le charismatique leader de la formation fait du bodysurfing en chest tout en faisant des fuck you à tout va. Une vraie rockstar! Le set passe vite et se conclut sur des impros jazz et un mash-up de I Will Always Love You et Good Ridance (Time of Your Life) juste assez ortho pour être nice. Je vis un des beaux shows de la fin de semaine pendant que d’autres vivent plutôt la destruction et la déchéance.

Lorsque je sors du Cha-cha, Ste-Thérèse est rendue aussi ravagée que mon foie à la fin de la saison des festivals! Y’a à peu près 50 policiers dans la rue, des gens qui courent partout, des tables brisées, des poubelles renversées, une quantité astronomique de bières du Couche-Tard consommées et même des commerçant qui balaient de la vitre dans les rues. On m’apprend par la suite que c’est en réaction à l’annulation de Lil Uzi Vert, et non pas au passage de deux tornades ayant causé l’annulation du festival. J’en profite donc pour sacrer mon camp au plus vite, question de conserver quelques souvenirs des beaux messages d’espoir d’Hubert Lenoir en tête avant d’aller faire un dodo plus que bénéfique.

Bon été de festivals tout le monde : le bal est maintenant officiellement lancé!

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