Antoine Corriveau : un show unique, des chips uniques

«Coudonc, as-tu un générateur d’idées spéciales pour tes entrevues, ou c’est toujours juste des choses qui sont dans ta tête?» C’est ce qu’Antoine Corriveau a demandé en premier quand je lui ai dit que chaque question de l’entrevue en cours serait associée à une question en lien avec les chips.

Antoine Corriveau/Photo: Élise Jetté

Il faut dire que, lors du GAMIQ 2017, Antoine avait fait part de son désir de déguster avec nous, prochainement, les chips au BLT qu’on avait grignotées durant le gala. On a exaucé son souhait.

1- Ton concert-évènement à l’Usine C est décrit de façon très poétique dans le communiqué de presse. On comprend rien. C’est quoi?

Antoine: Je trouve ça l’fun qu’on comprenne rien.

Élise: C’est-tu parce que y’a pas de spectacle?

Antoine: Oui, tout le monde est sur scène et rien ne se passe (rire). En fait, l’idée de base était de présenter une fois sur scène le disque tel qu’il a été arrangé. C’est-à-dire assez d’effectifs pour recréer la chose. On a 26 musiciens sur scène. On a écrit 25 sur l’affiche. C’est une erreur.

Élise: La personne oubliée ne sait pas que c’est lui/elle qui a été oublié.e?

Antoine: Non! Même moi je sais pas c’est qui! Peut-être la personne dont le nom commence par z… Mais dans le fond, c’est que faire un disque sur scène, tel quel, c’est plate. Ben Pink Floyd le fait, mais tu comprends ce que je veux dire… Akim Gagnon a développé un concept avec ses clips. Il est venu plaquer une image sur le disque au complet. Moi, c’est parce que je suis crissement investi, mais j’arrive quasiment à croire que les six autres chansons (qui n’ont pas de clip) existent dans un univers parallèle avec ces personnages-là.

Élise: Tu vas-tu me dire que t’es dans une secte ou que tu vois des gens qui n’existent pas?

Antoine: C’est pas une secte, c’est une communauté, t’adorerais ça… (rire) En fait, les filles (Mounia Zahzam, Jade-Măriuka Robitaille et Fanny Bloom) jouent des personnages vraiment forts. Elles sont venues répondre à des choses que j’avais imaginées. Je suis allé chercher Alexia Bürger, Rosie Contant, Geoffrey Levine, des gens du théâtre et de la danse, pour monter l’univers que j’avais en tête. Les filles restent sur scène tout le long du spectacle donc elles ont un langage corporel qui dit des choses. L’idée de travailler avec des gens d’autres milieux, c’est que mes chansons réussissent à prendre toutes sortes de dimensions: on utilise le langage de la langue, de la musique, le fucking langage de frontman qui se croit (ça c’est moi).

Élise: C’est sûr qu’après tu ne voudras plus faire de shows conventionnels…?

Antoine: Je vais probablement me créer un précédent. Ça pourrait arriver à nouveau, oui. De toute façon, pour ta grand-mère, je vais faire un album heureux la prochaine fois, ça ferait un beau show.

Élise: Tu pourrais engager Serge Postigo. Y’a fait Mary Poppins.

Antoine: Bonne idée! Spectacle de l’année à l’ADISQ!

Question-chip 1: Décris-moi la chip que tu manges depuis tantôt, la BLT.

La chip a toujours une saveur: le ketchup, le BBQ (cette saveur), sel et vinaigre (on s’entend que ça devrait juste s’appeler vinaigre). Là, j’ai l’impression que cette chip mélange toutes les disciplines: mayo, tomate, laitue, pain, bacon. C’est comme mon show! Parlant de bacon, y’a pas assez de restos qui cuisinent le bacon de la bonne façon… Faudrait qu’on parle plus de ça! Y’a un sweet spot à connaître quand tu fais du bacon. Je comprends pas ça. Moi je le maîtrise. Il faut le retirer du feu avant qu’il soit cuit.

Antoine Corriveau/Photo: Élise Jetté

2- Ton show est très DIY. Ça a été quoi les plus grands défis créatifs?

C’est un projet tentaculaire. Ça s’étend en dehors de la salle. Il y a des limites à l’ambition, mais ce sont des idées tellement précises, développées avec Alexia. Il y a plusieurs choses qu’on s’oblige à faire nous-mêmes tellement c’est précis dans nos têtes et qu’on veut que ce soit comme on l’a imaginé. Quand je travaille sur un projet, je suis de tous les départements. C’est difficile pour moi de ne pas être dans la loop.

Question-chip 2: Si t’avais à créer une chip, ça serait quel genre de chip?

J’aime beaucoup le fromage, mais ça existe déjà. Peut-être une chip au saucisson. Me semble, t’aurais une chip au saucisson et une autre aux olives et tu aurais celle au fromage à côté: un trio. Tu pourrais acheter les trois en même temps pour un 5 à 7 réussi.

3- Le spectacle et l’album tournent autour des accidents, des catastrophes humaines. C’est quoi ton rapport aux accidents?

J’ai utilisé beaucoup l’imagerie aérienne dans les clips. C’était plus large que ça sur l’album. Le principe de l’accident, de l’écrasement, c’est une façon extrêmement simple d’illustrer la brisure, la blessure. Moi, j’étais intéressé par la fascination qu’on a pour ces évènements-là: deux voitures qui se rentrent dedans, autant qu’un avion détourné. Toutes ces morts sont initiées par l’humain. Ce sont des catastrophes qui ne sont pas naturelles. Pour que ça ait du sens et pour que j’aie la légitimité de me prononcer là-dessus, fallait que ça devienne des blessures sentimentales. Il y a plusieurs facteurs qui entrent en ligne de compte: les blessures des autres, le désir de sauver les autres, la hiérarchisation des blessures des gens, la comparaison entre les blessures, et surtout, le fait que les blessures, les catastrophes éclipsent tout le reste, tout le temps. Quelque chose se perd dans une blessure: le territoire pré-blessure. Il est altéré, mais il reste là. Il devient indissociable de la blessure. Je pense que j’entretiens avec ça une relation ambigüe. Je m’intéresse à comment on pourrait en être conscient sans que ça prenne toute la place.

Question-chip 3: La chip accident selon toi, c’est quoi?

La chip à la pizza. Je comprends pas ça. Mais la plus ennuyante de l’univers: la chip nature. Tu vas dans une soirée et une personne s’en va acheter des chips et elle revient avec des chips nature. Tu te demandes: pourquoi t’as fait ça? Les gens se classent en deux catégories: les gens qui aiment les chips nature et les autres.

Antoine Corriveau/Photo: Élise Jetté

4- Tu auras 26 musiciens sur scène avec toi. Comment t’as composé ton orchestre?

Il y a beaucoup de gens de l’album, mais certains n’étaient pas dispos et quelques-uns ont été ajoutés. On a monté l’orchestre sur mesure. Ça a été enrichi à certains endroits par des gens que j’aime et à qui je voulais faire vivre ça, par exemple, Pietro Amato, au cor français.

Élise: Ton prochain album, ça pourrait être une affaire de 30 musiciens? C’est ben à mode ces temps-ci!

Antoine: Quand tu sens que plusieurs personnes rament dans le même sens, le lieu devient chargé. Cette envie de groupe, je l’ai! Nicolas Grou, qui a réalisé mon album, est super minutieux pour que les choses fonctionnent de cette façon-là quand on enregistre. Y’a quelque chose d’intimidant et de surréaliste quand je vois une de mes chansons avancer comme ça. Je me sens extrêmement chanceux d’avoir de grands talents autour de mes petites chansons.

Question-chip 4: C’est quoi la chip qui décrit le mieux ton orchestre?

Ça serait des Ruffles assaisonnées. Meilleures chips. Meilleur orchestre. Dans les tops de beaucoup de personnes, d’ailleurs.

Le spectacle-événement d’Antoine Corriveau se déroule ce soir à l’Usine C, mais c’est sold out, t’avais juste à arrêter de procrastiner.

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