Martin Lizotte et les limites de l’ubiquité

Martin Lizotte

Ubiquité

Duprince

*** 1/2

 

Après un premier album acclamé par la critique et une certaine redécouverte de la nouvelle musique classique par le public québécois, Martin Lizotte se retrouvait devant un certain défi et de grandes attentes en lançant son deuxième opus, intitulé Ubiquité. Mission accomplie? Oui et non.

L’album marque, en partie par l’arrivée de cordes, maintenant plus présentes dans l’univers de Lizotte. Exécutées par Mathieu Dézy, qui réalise également l’album, elles viennent soutenir à merveille le jeu souvent sobre du pianiste. Loin de se faire dans la simplicité, cet accord parvient surtout à mettre en évidence les nombreuses dissonances volontaires dans les compositions, chose que j’apprécie particulièrement.

Sans se détourner d’un certain néoclassicisme français qui peut parfois rappeler Erik Satie ou Francis Poulenc, Martin Lizotte conserve toutefois une totale liberté et use de moyens auxquels ses prédécesseurs n’avaient pas accès, pour nous transmettre son art. C’est ainsi qu’il s’amuse beaucoup avec divers effets sonores, ne reculant pas devant l’usage de reverb pour aérer encore plus son jeu, comme sur Interlune par exemple.

Ceci dit, Lizotte ne révolutionne rien. On sent parfois une certaine retenue, un certain académisme inavoué, comme chez ses compatriotes Jean-Michel Blais ou d’autres poulains de Moderna Records. Non, ce n’est pas le travail d’un Nils Frahm, bad boy du néo-classique qui réinvente constamment le genre à coup d’intrusions contemporaines et électroniques, que vous allez entendre sur Ubiquité. Mais ça reste tout de même du maudit beau piano avec une sensibilité indéniable (Vertigo) et un doigté talentueux et subtil (À la dérive). Quelques pointes de jazz, surtout en ce qui a trait aux cordes, viennent tout de même offrir un peu de variété et de surprise, conclurai-je pour nuancer un peu. Pensez notamment à la pièce-titre de l’album, qui en reste réellement la plus inventive.

Au final, ce qui avait tant marqué dans Pianolitudes était la surprise que l’album avait causée à sa sortie, jumelée au talent du musicien. En le réécoutant, encore aujourd’hui, on parvient à y trouver de nouvelles subtilités et un jeu assez près de la perfection. Sans pour autant être moins bon, ce nouvel album semble un peu plus évident. On a droit à ce que l’on s’attend justement à recevoir de Lizotte, mais sans trop d’évolution ou de redéfinition. Est-ce nécessairement mal? Non. Mais le tout rendra probablement l’album moins mémorable que son prédécesseur.

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