Red Bull Music Academy Weekender : les femmes à l’honneur

Alors que l’on parle de plus en plus de la place des femmes en musique, et que la situation est encore plus préoccupante en musique électronique que dans plusieurs autres genres, la Red Bull Music Academy fait presque cavalier seule. L’institution, qui revenait à Montréal la fin de semaine dernière dans le cadre d’un festival «Weekender», présentait en effet un bel échantillon de djs internationaux, mais avec, à l’affiche, une étonnante majorité de personnes s’identifiant comme femme.

En quatre soirs, le festival offrait au public montréalais l’occasion de voir 14 «djettes», 10 djs et 1 dj trans. C’est presque une première dans le milieu québécois, qui aura d’ailleurs fait l’objet de nombreuses critiques cet été. À Montréal, seul le festival Slut Island offre une meilleure diversité de genre dans sa programmation, mais il s’agit de sa mission première. Qu’un festival d’envergure internationale comme la RBMA tente l’expérience de cette façon ne peut qu’envoyer un message particulièrement fort et durable. Soulignons d’ailleurs au passage que la seule soirée à avoir présenté une majorité de djs masculins est celle présentée en collaboration avec le collectif Moonshine.

Les soirées ont également permis à plusieurs femmes de s’illustrer. Bien occupé comme à mon habitude, je n’ai finalement eu le temps de voir qu’un seul des événements programmés, mais j’ai quand même fait un assez bon choix en allant assister au spectacle de Rhye et Charlotte Day Wilson présenté dimanche soir au National. La Torontoise, une ancienne de la RBMA, présentait son 1er show à Montréal depuis son passage sold out au Centre Phi plus tôt cet été. C’est donc un doublé pour la chanteuse R&B, puisque son line-up avec Rhye aura également su remplir la salle.

La magnifique Charlotte Day-Wilson / Crédits : Karel Chladek

La magnifique Charlotte Day Wilson / Crédits : Karel Chladek

Et c’est avec respect que le public l’a traitée, au point où elle s’exclamera entre deux chansons que c’est la foule la plus silencieuse qu’elle a vue en carrière. Mais la réaction est méritée: les réinterprétations un peu jazzées des hits de son CDW EP sont excellentes, de même que son cover de In Your Eyes de BadBadNotGood et les quelques nouvelles chansons qu’elle nous présente avec son trio. La performance du batteur est excellente, de même que la polyvalence de Charlotte, qui joue de la basse, du synthé, de la guitare et même du saxophone en plus de chanter.

L'ensemble de Rhye / Crédits : Karel Chladek

L’ensemble de Rhye / Crédits : Karel Chladek

Le show de Rhye, par la suite, sera un peu plus décevant, à mon avis. Les Américains, qui se sont présentés à Montréal en formation complète, réussissent à charmer les fans de longue date, sans toutefois trop venir me chercher. Présentant pas mal de nouveau contenu que l’auditoire n’a toujours pas pu découvrir, le duo réalise surtout des beats assez lents et sensuels, mais portant assez peu à la danse. L’ajout d’un trio de cordes par-dessus le reste ne viendra que concrétiser mon opinion: c’est bien beau, mais il manque un petit quelque chose de festif pour me garder accroché. Je quitterai finalement un peu avant la fin, convaincu que la première partie a de loin dépasser l’artiste en tête d’affiche de cette dernière soirée de festival.

Espérons donc que cet esprit saura se répéter: offrir des places de choix aux femmes sur des programmations de festival en 2017 est devenu un impératif. Et si une multinationale comme Red Bull peut se le permettre et remplir ses salles quand même avec des noms particulièrement underground dans bien des cas, gageons que les festivals québécois pourraient le faire aussi.

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