Stevenson et la solitude sous toutes ses coutures

Stevenson

Sadboyz

Indépendant

*** ½

 stevenson 580

Stevenson, à part être le nom de famille de certains anglophones, c’est aussi la dernière proposition musicale sur les lèvres de tous depuis la sortie de l’album Sadboyz. Ceux qui circulent sur le réseau montréalais depuis un bon moment nous offrent une galette qui pourra peut-être recoller certains pots cassés auprès du public francophone.

Si le nom est dans la sphère publique depuis peu, on parle de certains vétérans de la scène musicale montréalaise. Stevenson est la quatrième présentation musicale du guitariste en chef Vincent Ford, que l’on a également vu jadis avec Nanimal, qui roule sa bosse avec Golden Python et qui fait des festivals européens avec Gulfer, les hérauts du math-rock montréalais.

On s’étonne évidemment de la volonté de la formation de se revendiquer de l’Île Jésus. Cependant, c’est une trace qu’on a pu voir chez Bernhari avec son dernier album. Plus proche encore de Stevenson, la formation Fashion Police qui change de peau pour devenir | /\ \/ /\ | (dont le dernier album était au top 20 2016 de FaV, rappelons-le). Jusqu’à preuve du contraire, on ne peut suggérer que la revendication lavalloise du groupe tienne du statement artistique ou de l’ironie. N’empêche qu’on peut y voir une tendance.

Et si l’on veut jouer le jeu de la tendance, on ne peut pas dire que Stevenson n’en suit pas. Pour l’auditeur moyen qui fréquente la scène francophone montréalaise, les sonorités «rock triste» peuvent surprendre. Cependant, on retrouve Sadboyz dans la lignée des bons albums de midwest emo au Québec – voire même dans leur panthéon. Mais il n’y est pas seul.

Ici est peut-être le combat à mener pour parler de Stevenson. Cet album est rafraîchissant, même primordial, pour le triangle Esco-Quai-Divan. Son entrée, d’ailleurs, avec la brillante Letters, brûle de plein feu et laisse présager le meilleur côté rythme, énergie et arrangements. On ne retrouvera cette atmosphère cependant que dans certains titres, comme Windframes, échangée dans la plupart des morceaux pour des sonorités glauques, nostalgiques, pleine d’un doux vague-à-l’âme.

Son originalité, ou sa nature midwestern, s’y cache, mais peut-être que Stevenson trouverait sa splendeur dans les moments plus actifs. À l’inverse il peine peut-être, à mon goût, à se distinguer devant des œuvres cultes comme l’album homonyme de Royaume des Morts. Des titres comme Make Me pt 2 et It Goes So Well sont, certes, excellentes, mais ne rayonnent peut-être pas autant qu’elles ne pourraient lorsqu’on les compare avec des compositions plus rentre-dedans.

J’ai une lecture ambivalente de Sadboyz. Pour ma part, Stevenson est peut-être le projet qui m’attire le moins dans le panorama musical de Ford. Par contre, ce dernier reste peut-être l’un des guitaristes aux projets les plus intéressants dans la branche des trente ans et moins du Montréal métropolitain. Et si c’est ce projet qui permettra au public de s’ouvrir à ce qui se crée du côté ouest de l’Île, où les noms de ses projets semblent plus établis, alors ainsi soit-il. Certaines pilules sont bien plus difficiles à avaler. Que Sadboyz soit la porte d’entrée vers des univers oniriques nouveaux, la bougie d’allumage qui développe des idées neuves et une salutation distinguée à l’Île Jésus.

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