Ngabo: des idées sous le chapeau

C’est en plein cocktail de slush hivernale qu’on a fait la rencontre de Ngabo, la tête créatrice derrière la formation indie Dear Denizen et le duo électro Abakos. Il a pris de son temps pour s’asseoir avec nous dans un café grano du Mile-End afin d’échanger sur ses projets et sur l’année 2017 chargée qui l’attend!

Photo: Alexandre Demers

Photo: Alexandre Demers

Ngabo nous donne rendez-vous au Cagibi, un endroit désinvolte où MacBooks et tuques décorent l’espace aux parfums de décaf et viennoiseries sans gluten. Originaire de la République Démocratique du Congo, le principal intéressé a eu plusieurs vies avant de s’installer à Montréal. Se dévoilant artiste sur le tard, il s’est toutefois fait découvrir rapidement dans le circuit underground comme artiste solo, cumulant les performances et les projets. Quelques années d’expériences (et de divergences) plus tard, Ngabo vole maintenant de ses propres ailes. Nés de ses démarches et ambitions personnelles, ses groupes Dear Denizen et Abakos sont actuellement en pleine ébullition artistique!

Le groupe indie Dear Denizen attire l’attention dès 2012 alors qu’un premier EP génère un buzz underground important et secoue les fanatiques (t’entends?). C’est grâce au passage du groupe sur les scènes de la métropole que Ngabo fait notamment connaissance avec le chanteur Pierre Kwenders (également originaire du Congo). Voyant leurs affinités et ambitions aller dans la même direction, ils allient leurs forces pour former Abakos, un projet électro dansant dans lequel ils peuvent explorer leur côté plus flamboyant. Le prolifique créateur a depuis ce temps ajouté plusieurs cordes à son arc et vise le bullseye de la libération artistique!

Ngabo/Photo: Alexandre Demers

Ngabo/Photo: Alexandre Demers

C’est un Ngabo frais et dispo (mais un peu en retard!) qui fait donc son apparition le long du couloir menant à la table de discussion, café latté et pain aux bananes à la main. Il prend ses aises pour discuter des mille et un projets qu’il souhaite réaliser en 2017 (deux EP, deux albums, des apparitions, etc.) Cette année, il a du gros pain (pas aux bananes) sur la planche annuelle de la vie sur Terre (genre). Portrait d’un homme occupé!

Des projets, en veux-tu? En v’là!

Après avoir sorti deux EP l’automne dernier, Ngabo ne s’assoit pas sur ses lauriers. Tandis qu’il pourrait se mettre en mode promo pour ses deux projets, il a plutôt décidé d’attaquer la nouvelle année avec la production de DEUX nouveaux EPs et de DEUX albums pour ses deux projets respectifs, Dear Denizen et Abakos. Y a de quoi se noyer dans son propre jus. «Je trouve pas que je suis dans le jus en tant que tel parce que, pour moi, c’est comme jouer. Je suis vraiment là-dedans en ce moment: faire des maquettes. J’aime vraiment ça. En fait, je me suis dit que ce serait nice de sortir quelque chose d’ici la fin de l’année pour les deux projets. Pour Abakos, on a un EP qu’on devrait sortir en mars. On va vraiment passer le reste de l’année à travailler sur un album. Pour Denizen, je me suis donné un deadline pour sortir un truc», lance-t-il candidement.

Malgré des idées fixes et de sérieuses ambitions, notre amateur de latté affirme ne pas trop savoir encore à quoi les projets finaux ressembleront. «Je suis vraiment en mode brouillon pour l’instant, donc non, je n’ai pas vraiment de ligne directrice. Pour Denizen. C’est vraiment plus personnel: j’explore plus de trucs que j’ai le goût d’explorer. Tandis que Abakos, c’est un projet collectif, donc il faut que je fasse de la place à Pierre aussi. Si quelque chose marche, on embarque les deux.  Ensemble, on veut faire de la pop pour faire danser les gens. C’est vraiment un beau challenge. Ça canalise», constate-t-il. Pour ceux qui ont un fix de Denizen plus urgent à combler, leur dose devrait arriver plus rapidement que ceux en grand manque d’Abakos. «On a beaucoup de maquettes et de prod de complétées. La minute qu’on va entrer en studio, on va être prêt à charger. Pour le projet avec Pierre, ça va être plus long…» N’ayez crainte, il y a tout de même des trucs en route (c’est la machine à cigarettes brisée dans le coin du bar qui nous en a passé un papier.)

Les récentes expérimentations en studio (via la parution des deux plus récents EP) pourraient agir en guise de mise-en-bouche pour la suite des choses. Il semble que l’âme errante qui serait tentée de tirer cette conclusion se mette le doigt partiellement dans l’œil. «L’album de Dear Denizen va être vraiment différent! Mon premier EP [homonyme] avait un côté plus électro, pour le deuxième [Now Here], on est allés dans un truc plus organique. J’ai le goût de retomber un petit peu dans l’électro. Non seulement c’est quelque chose que j’ai envie d’explorer, c’est aussi meilleur marché. Vu que je m’autoproduis, je paie tout de ma poche. J’suis plus là-dedans ces temps-ci aussi», note-t-il.

Expériences passées et années formatrices

Si Ngabo a autant de rigueur professionnelle et qu’il se démène librement en indépendant aujourd’hui, c’est principalement parce qu’il a appris de ses expériences passées. Il y a quelques années, l’élégant chanteur tuqué avait une équipe qui s’occupait de lui et qui lui a montré ce qu’implique être entre les mains d’un label. «J’ai sorti un disque en français en 2011 avec La Tribu. C’était super cool, mais on n’avait pas la même vision pour le futur, donc on a dû couper les liens. Ç’a juste pas marché. En même temps, je suis content parce que, de cette séparation, sont nés Denizen et Abakos. J’ai maintenant 36 ans, j’ai pu d’attente d’être la nouvelle grande sensation à la mode. J’ai beaucoup d’idées et de musique dans mon cœur, je vais simplement prendre le temps de faire ce que j’aime», affirme-t-il avec un bonne dose de sagesse.

Même si ce procédé lui permet de faire ce qu’il veut comme il l’entend (dans les deux sens du terme!), celui-ci ne vient pas sans son lot de lourdeur. Un artiste indépendant, ça doit s’investir encore plus dans toutes les sphères de création/diffusion. «C’est sûr que quand tu fais de l’autoprod, il faut porter plusieurs chapeaux. T’as ton chapeau de création, après t’as ton chapeau pour faire ta promo tout seul. C’est très difficile de vendre sa propre salade. C’est épuisant, la création, donc après ce processus, tu dois devenir une autre personne pour approcher les médias: faut que tu changes ton langage, faut pas que tu te vantes trop. Aussi, en ce moment, c’est l’heure des bookings pour les festivals. Si tu veux jouer au Festival de Jazz, au FEQ, c’est là! Donc après la création, le mastering, c’est épuisant émotionnellement. Ça peut devenir exigeant», déplore le chanteur.

Vers de nouveaux élans créatifs et inspirations

Les ardents défenseurs de la langue de Molière auront remarqué qu’il a délaissé le français pour maintenant chanter en anglais. Il faut souligner que l’homme aux 1000 projets a un rapport particulier avec deux solitudes linguistiques de la métropole. «J’ai immigré du Congo. C’est une ancienne colonie belge, on a donc hérité du français. J’ai été francophone avant d’être anglophone. J’ai appris l’anglais quand je suis arrivé ici. Je suis vraiment tombé en amour avec la langue ici! Ma langue maternelle, c’est le swahili. Je ne suis donc ni franco ni anglo. J’erre entre les deux scènes à Montréal. Je trouve ça génial de pouvoir interagir autant avec David Giguère et Bernard Adamus qu’avec les Barr Brothers et Timber Timbre. Y’a quand même une belle harmonie, mais pas beaucoup d’interactions entre les deux», remarque-t-il. C’est donc une envie de s’ouvrir à de nouveaux horizons qui aura eu raison de ses explorations linguistiques au sein de ses deux nouveaux projets. Nul besoin d’appeler l’OQLF (le pastagate, c’était en 2013.)

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Ngabo/Photo: Alexandre Demers

Ses envies d’explorer et d’expérimenter se manifestent donc de diverses façons. Ça passe bien sûr par la langue, mais aussi par les manières de diffusion, les sonorités, les états d’âme, etc. C’est via toutes ces possibilités que Ngabo s’est imposé (avec plaisir) une grosse année chargée en émotions, en paperasse et en musique! Le tout commence très bientôt avec la parution d’un single en pleine Saint-Valentin, suivi d’un EP de vieilles maquettes/un autre EP/un album/un autre album. Il y aura également un paquet de spectacles… Suffit de rester à l’affut pour voir se développer la bête créatrice que Ngabo a promise. À suivre avec une oreille attentive!

Son groupe indie introspectif Dear Denizen devrait faire paraître un premier album quelque part en 2017, si Dieu le veut (et que les planètes musicales sont alignées). Un single fera son apparition sur les internets lors de la St-Valentin. Cupidon attend son «go».

Le duo Abakos, projet électro que Ngabo forme avec Pierre Kwenders, fera paraître un EP d’anciennes maquettes le mois prochain (ou quelque part au printemps.) Pour ce qui est de l’album, Ngabo tentera de faire de la magie en studio (tout en esquivant le burnout) dans l’optique de le sortir d’ici la fin de l’année.

Si ta dose de Ngabo ne peut pas trop attendre, tu pourras l’attraper en spectacle le 24 février au Divan Orange en compagnie de Radiant Baby dans le cadre de Montréal en Lumière.

Pour le reste, tu peux te gaver la panse musicale sur les pages bandcamp de Denizen et d’Abakos.

1 comment on “Ngabo: des idées sous le chapeau

  1. […] Denizen, qu’on a rencontré la semaine passée, vous offre une toune de love, Mary […]

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