Santa Barbara de Gab Paquet : Tout à fait l’extase

Gab Paquet

Santa Barbara 

Pantoum Records

****

gab_art

Santa Barbara aura été, dans le feuilleton télévisé du même nom entre 1984 et 1993, le lieu de convergence des querelles shakespeariennes entre le clan Capwell et le clan Lockridge. Gab Paquet, du clan Paquet, vient vivre ses propres ébats et aventures palpitantes dans son nouvel album, Santa Barbara, paru le 20 octobre dernier.

L’opus de 10 titres fait suite à son peut-être un peu trop laissé pour compte Sélection continentale, qui lui avait quand même permis une présence marquante aux Francouvertes en 2014 – rappelons-nous l’effet choc qu’a eu la pièce Fais l’amour avec moi sur l’émoustillé et amusé André Péloquin, présent sur le jury cette année-là.

Ainsi, trois ans et un EP construit sur un Casio plus tard, Santa Barbara est traité comme l’opus magnum qui signe le retour du Grand Condor de la chanson de charme au Québec. Des hooks bien placés ici et là créent des pièces qui font mouche dès la première écoute, comme le montre ce quidam à Baie-Saint-Paul cet été qui a préparé une affiche avec les paroles de la chanson titre pour Le Festif !

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

La trame narrative, s’il y en a une claire, est celle d’un protagoniste, Gab Paquet, qui va vivre de palpitantes aventures sexuelles dans le monde des affaires, une aventure torride entre un francophone, une anglophone, et des ébats hispaniques très olé olé. À la première audition, on saisit la cohérence de l’histoire que dans la seconde moitié de l’album. Elle ne devient claire qu’à partir du huitième titre, Voyage astral, avec quelques pointes dans Partouzes un peu avant. L’effet M. Night Shyamalan voulant introduire un revirement de situation qui incite à la réécoute est intéressant, mais peut laisser l’auditeur un peu sur sa faim. Celui-ci pourrait vouloir savoir qu’il écoute un album-concept avant d’être rendu au dernier acte.

Néanmoins, la réécoute n’est pas une option que l’on souhaite rejeter, vu la qualité charmante/kitsch des arrangements, des textes et, comme on disait plus haut, des hooks qui vous hantent pendant des jours. On souligne également que cette découverte de la trame sous-jacente de l’album crée une « face B » solide et cohérente, qui donne un second souffle à Santa Barbara, ce qui constitue un atout de taille. Le titre Santa Barbara chérie, par exemple, impressionne par sa couleur très Club Med, avec son utilisation judicieuse des trompettes midi, des congas, de la flûte de pan et de l’accordéon très Stereo Love.

Parfois, la forme prend le dessus sur le fond, et on se dit que les choix de sons de synthétiseurs n’avantagent pas nécessairement la force de la composition (Les Voyous, par exemple). Peut-être est-ce simplement une question de fin palais : tant qu’à mettre des couches supplémentaires de fromage, il vaut peut-être mieux aller avec celui produit avec des ingrédients haut de gamme plutôt que la marque sans nom de l’épicerie. La constitution du repas reste tout aussi intéressante, mais peut-être que la mise en bouche passerait mieux.

Album concept qui n’en est peut-être pas un, un récit entrecoupé de fragments d’histoire pour en faire un montage coloré, sexy et accrocheur, le tout est à l’image des extraits de la série Santa Barbara clairsemés partout sur le disque, avec un montage coquin d’Hugo Lebel, qui recrée des dialogues improbables. Une écoute qui vous fera entendre des choubidoubidous dans le ciel et des yabadabadous dans votre cœur.

Lancement montréalais au Divan Orange dans le cadre de CCF (en première partie de Bleu Jeans Bleu)

Jeudi 10 novembre 2016.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *