Klô Pelgag, le temps d’un bagel au saumon

À quelques jours du lancement de son deuxième album, L’étoile thoracique, la talentueuse et colorée Klô Pelgag a pris un peu de son temps pour nous parler de la genèse du projet et de ce qui l’occupe par les temps qui courent.

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Klô Pelgag/Photo: Alexandre Demers

L’auteure-compositrice-interprète Klô Pelgag a roulé sa bosse depuis la parution de son premier album, L’alchimie des monstres, en 2013. Elle s’est promenée partout dans la province, a remporté le prix révélation de l’ADISQ, a fait de la tournée intensive en France, s’est produite à Osheaga, s’est illustrée dans les médias, etc. On est presque essoufflés pour elle (imagine si on était asthmatiques en plus)!

Avec ces quelques années fort productives, la muse de Rivière-Ouelle a fait le plein de vécu et d’expériences et s’est laissée emporter par la douce créativité qui a pris résidence entre ses oreilles. Dans un contexte pas très évident (notamment le décès de sa grand-mère et son passage à Paris dans la foulée des évènements de Charlie Hebdo), son inspiration l’a menée à repousser ses ambitions artistiques. Pas une petite tâche!

Au moment où on la rencontre, dans l’attente de la sortie de son nouvel album, elle va voir Blonde Redhead en spectacle, écoute des documentaires traitant du partiellement malaisant Woody Allen sur Netflix et règle un soft beef avec la chroniqueuse Monique Giroux. On est allé la rejoindre dans un café de la rue Duluth pour prendre de ses nouvelles le temps d’un bagel au saumon (les Oméga-3, c’est important.) On a discuté de Messmer, de musique ukrainienne, mais SURTOUT de la naissance du nouveau projet. Voici donc.

Un projet de longue (mais toujours fraîche) haleine

Même si toutes les chansons du nouvel album peuvent nous paraître fraîchement pondues, certaines idées sommeillaient parmi les boules à mites de magnétophone de Klô depuis un certain moment. «Quand j’ai terminé le premier, j’ai aussitôt commencé à écrire. Il y a donc des idées qui datent de ce cycle de création là. Quand la tournée s’est terminée en décembre dernier, j’ai fouillé dans mes maquettes j’avais sept débuts de tounes!», se souvient-elle. Les mois suivants ont été consacrés à l’écriture supplémentaire, au tracking, aux sessions de synthé, à certains enregistrements. Toute la patente! Tout a finalement pris forme en une journée au Studio 12 de Radio-Canada où ils ont surtout travaillé sur les arrangements.

C’est que, ayant récolté les éloges à la suite du succès de son premier album, Klô ne s’est pas assise sur ses lauriers (jamais!) et a voulu pousser sa seconde expérience sur disque encore plus loin. C’est à ce moment qu’entrent en scène une vingtaine de musiciens. «C’est quand même arrivé spontanément (mais jusqu’à un certain point parce que lorsqu’on enregistre avec un orchestre à cordes… faut le prévoir!) À partir du moment où on a essayé de le faire, on a vraiment travaillé pour que ce soit à la hauteur de ce qu’on avait en tête», lance-t-elle avec une étincelle post-interstellaire dans le regard.

Cet album, ils l’ont réalisé à trois: Klô, son frère Mathieu et Sylvain Deschamps (qui avait aussi réalisé le premier). Même si c’est la principale intéressée qui a le dernier mot, le processus a été un véritable travail d’équipe. À ce lot de talentueux lascars s’ajoute le chef de l’Orchestre symphonique de Québec, Nicolas Ellis, en guise de cerise sur le sundae. «Il est super jeune! C’est comme un enfant prodige», badine-t-elle.

Une galette aux multiples saveurs et parfums

En plongeant dans ce nouveau projet, elle a voulu explorer des eaux qui lui étaient méconnues. Cela dit, à l’instar du montage d’un meuble IKEA, les choses ne se passent pas toujours comme prévu. «J’ai essayé de faire des tounes joyeuses pis ça marche pas. J’en suis juste pas capable. En même temps, je trouve qu’il y a des tounes au ton un peu joyeux. Par exemple, Les ferrofluides-fleur, je trouve ça joyeux d’une manière un peu contemplative. Sur Les instants d’équilibre (avion), y a de la nostalgie, mais c’est quand même pas hyper triste non plus. J’aurais aimé que le produit final soit super positif et dansant, mais en même temps, c’est pas grave. J’aime bien la musique triste. Ça fait du bien. Ça traduit ce que t’as de la misère à dire», remarque-t-elle, café à moitié bu à la main.

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Café Reine Garçon/Photo: Alexandre Demers

Dans les dernières années, elle a fait des apparitions sur les projets de VioleTT Pi et Philippe Brach. Son envie d’expérimenter avec autrui bénéficie à sa palette créative et va chercher chez elle une variété musicale supplémentaire qu’on retrouve avec plaisir sur L’étoile thoracique. À quoi bon se fixer des barrières après tout? «J’aimerais un jour travailler avec Daka Brakha. C’est un band ukrainien. Ils récupèrent des trucs traditionnels et ajoutent du beat par-dessus. J’adore ça, déclare-t-elle. J’ai joué dans le même festival folk qu’eux à Régina, c’est comme ça que je les ai découverts… J’ai pas discuté avec eux, j’étais trop gênée d’aller les voir. J’aime pas aller discuter avec les gens que j’admire. J’ai peur d’être déçue. J’aime mieux garder la magie.» Comme quoi on pourrait éventuellement se baigner dans le nectar musical à saveur est européenne de Klô Pelgag (qui sait?).

Pour ce qui est des textes encore plus introspectifs et des idées davantage approfondies dans les nouvelles pièces, on aurait tendance à croire que son ultime rencontre avec le fascinateur Messmer en 2015 y est pour quelque chose. «Non parce que je ne suis pas hypnotisable! Il m’a invitée à faire un test de réceptivité. Ç’a pas marché. J’aurais pas vraiment aimé ça de toute façon. Il aurait pu me contrôler n’importe quand. Y a quelqu’un à un de ses spectacles qui n’était pu capable d’arrêter de danser le French cancan…», lance-t-elle. De toute façon, il est difficile de jouer du piano avec les pieds qui font du Crip Walk en même temps. On soutient l’indépendance des membres.

Au cœur du thorax

Lorsque vient le temps de décortiquer le contenu, on constate les diverses nuances d’angoisse globalement insufflées dans les composantes de ce nouveau projet. Les récurrentes remises en question laissent entrevoir une incontournable, mais nécessaire crise du quart de vie. «Y a quelques tounes qui parlent de désillusion un peu. Y a beaucoup de matière à être désillusionné et déçu dans la vie, dit-elle. Le défi, c’est de trouver comment être heureux à travers ça et comment amener cette énergie à la société.» La sagesse n’a pas d’âge, qu’ils disent!

Sur Insomnie, quelques fines oreilles de ce monde décèleront possiblement une parcelle de Kanye West (comme un clash entre Famous et Power) et de Gentle Giant. «C’est drôle parce que c’est pas volontaire. Peut-être bien. J’aime beaucoup quand la musique évolue. Ça bouge tout le temps et c’est super vivant. Pour la chanson, j’voulais que ce soit tribal comme un cri de guerre pour vaincre l’insomnie. C’est une toune un peu OVNI sur l’album», réfléchit-elle en la comparant à sa pièce Rayon X de l’album précédent.

La dernière pièce, Apparition de la sainte étoile thoracique, est assez particulière. Elle laisse pratiquement toute la place à la musique et on peut entendre un échange entre Klô et sa grand-mère (décédée en 2015), vers la fin. «Au départ, on avait juste la pièce instrumentale, qui est comme une extension de J’arrive en retard, inspirée par elle. J’ai eu le flash de me rappeler que j’avais des enregistrements de discussions avec ma grand-mère dans mes trucs, se rappelle-t-elle. Ce passage, c’était mon moment préféré dans l’échange. On a décidé de garder cette pièce à la Steve Reich. Elle a pris tout son sens au moment du mix.»

Le parcours de l’étoile filante

À la suite d’une tournée intensive en France qui l’a pratiquement épuisée, Klô compte bien y aller plus graduellement cette fois côté spectacles, histoire de mieux conserver son amour de la scène. «Cette expérience-là m’a permis de savoir ce que je veux réellement. Maintenant, en France, j’ai mes limites de trois semaines de tournée. Deux mois, c’était too much pour moi. Même quand t’as pas de show, t’es pas chez toi. C’est comme pas du vrai repos. Mes musiciens et moi on est amis, mais c’est plus un truc familial où on se connait, mais des fois on se gosse. Ça arrive», admet-elle. Elle fera donc son apparition en temps et lieu (pas de presse!)

Une bonne partie du nouvel album a beau avoir été composé alors qu’elle venait tout juste de terminer L’alchimie des monstres, Klô ne se met toutefois pas de pression à penser au troisième et aux avenues artistiques qu’elle aimerait éventuellement emprunter. «Y’a toujours des trucs qui apparaissent, mais je ne sais pas trop ce que je vais faire», clame-t-elle candidement. Elle va y aller un pas à la fois et se concentrer sur son nouveau projet et c’est bien en masse. Les meilleures idées naissent souvent spontanément après tout!

Le deuxième album de Klô Pelgag, L’étoile thoracique, sera officiellement lancé aujourd’hui, «s’quatre novembre au soir» dans un Club Soda légèrement sold out… On espère que t’as déjà des billets!

En attendant cette soirée qui s’annonce haute en couleurs et en sonorités, tu peux écouter l’intégral du nouvel album sur bandcamp.

Pour les dates de spectacles, rend-toi sur sa page Facebook

Si t’es disponible (mais à plus long terme), le spectacle unique L’orchestre du temple thoracique sera présenté dans le cadre des FrancoFolies le 10 juin au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Klô interprètera intégralement son nouvel album en une version réorchestrée par son frère Mathieu.

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