Les aventures d’Aubre et Aubry au FME : JOURS 3 et 4

Les deux dernières journées du festival ont été difficiles. Confuses même, pour certains. Aubry s’est perdu quelque part à Rouyn, probablement en sortant d’une projection de Nitro Rush au cinéma local et Aubre a essayé tant bien que mal de rester en vie à l’aide de siestes impromptues. Retour sur la fin du meilleur festival du Québec.

JOUR 3

Aubre: Ma journée commence officiellement à 14h alors que je vais faire un petit tour à CFME, la radio officielle du festival. Les animateurs y sont tous bénévoles et n’ont pas nécessairement d’expérience, ce qui donne un angle très particulier et sympathique à la programmation. Perso, je suis invité d’honneur sur une émission qui s’appelle Dissonance affectée. On y reçoit les gars de Lakes of Canada, qui ont joué la veille à l’Agora des arts, et Mathieu Gagnon, fondateur du blogue Abitibi/Montréal. Un dude vraiment solidement pété s’est également introduit de façon semi-forcée dans l’émission…

Début de journée tout en radio pour moi, alors que juste après CFME, je dois me rendre vers 15h30 au Trèfle noir, un bar du centre-ville de Rouyn, pour une retransmission du 5 à 7 de Bernardino Femminielli sur les ondes de CISM à Montréal. J’agis comme technicien et dois donc installer ma console et mon équipement à temps pour le spectacle. Finalement, à 17h30, le Montréalais monte sur scène pour présenter un set excessivement peu radiophonique, mais tout de même assez intéressant et loin de ce qu’il nous offre sur album. Dans un décor tout en paillettes et en drapeaux des States, Bernardino arbore la veste rouge et les bobettes en cuir, sur fond de musique planante en nous susurrant des paroles vaguement cochonnes au micro. Assez impressionnant, même si plutôt court.

Aubry: De mon côté, c’est un début de journée plus tardif. Je profite de l’après-midi pour aller marcher en ville et me rendre vers 17h au party de la SOCAN qui est organisé dans la cour de la Maison des médias. Les soeurs Boulay font une courte performance avant l’ouverture du banquet, qui est gargantuesque. On en profite pour souper en gang, avec Aubre venu nous rejoindre.

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Buffet. Crédit: François Larivière

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Les soeurs Boulay. Crédit: Aubry

Aubre: Je dois malheureusement quitter rapidement le buffet pour me rendre au Petit théâtre du Vieux Noranda pour la performance de Royal Caniche prévue à 20h. Belle découverte pour moi: le duo fait dans une musique assez stoner, mais se fait surtout remarquer par ses interventions assez connes, mais très drôles entre les chansons. Mes deux préférées: «Salut, Los Angeles, tabarnak!» et, en parlant au drummeur, «Hey, mon troisième fils! Moi, j’ai rencontré ta mère dans le nord de la Sibérie. C’était deux Sénégalaises. Criss que je l’ai aimée cette chienne-là!» On vole haut. Aussi à noter: le guitariste et chanteur ne joue que sur des boîtes à cigare plutôt que des guitares traditionnelles, ce qui donne un son vraiment plus saturé à l’ensemble. J’aime.

Aubry: Le soleil se couche doucement sur cette belle journée ensoleillée et nous nous dirigeons vers l’Agora des Arts afin d’assister au spectacle de Dan San. La formation de Liège en Belgique nous offre une pop apaisante aux sonorités synthétiques. Un réel voyage dans les étoiles. Le groupe est en tournée au Québec afin de promouvoir son dernier album, Shelter, paru en mars dernier.

Aubre: La soirée au Petit théâtre se poursuit avec Violett Pi, qui attire une belle foule dans une salle rendue chaude comme c’est pas possible. Le projet leadé par Karl Gagnon présente vraiment un de ses meilleurs shows en carrière. Probablement inspiré par la venue de Metz en fin de soirée, le quatuor vêtu de robes nous présente des versions encore plus trash et dissonantes de leurs chansons qui le sont déjà pas mal dès le départ. Le tout est aussi marqué par des breaks assez répétitifs qui coupent les efforts de danse du public, mais soulignent encore plus l’intensité des textes et des moments presque métal de certaines chansons. Pas mal mon coup de cœur du festival jusqu’à maintenant.

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Violett Pi. Crédit: Aubry

Aubry: Encore sur notre nuage à la suite de la performance de Dan San, nous traversons la rue afin d’assister à la performance haute en couleurs (vestimentaires) de Violett Pi. Il est 21h20 et on arrive vers la fin du spectacle dans un univers musical au spectre totalement opposé à celui de nos cousins belges. Une musique dégénérée que doivent particulièrement aimer les patients de l’Institut Pinel. Dégénérée dans le sens où l’on dirait que Violett Pi veut nous ramener à nos plus bas instincts primitifs à travers ses textes et le son grunge de sa musique. L’expérience en live vaut néanmoins le détour, surtout lorsqu’il termine son spectacle en beuglant dans le microphone: «Mange ma marde» tout en créant des gestes masturbatoires avec le pied du micro. Ouff…

Aubre: Metz vient ensuite prendre la relève de Violett Pi. Les génies de Toronto sont fidèles à leur habitude: ils offrent un set totalement impeccable et trash à souhait. Perso, je ne me gêne absolument pas pour vider le peu d’énergie qui me reste sur la piste de danse, mais en restant un peu plus loin du pit qu’à l’habitude. Faut dire qu’à ce moment-là de la soirée, je suis nus pieds et en chest, victime de la chaleur réellement intolérable de la salle. Dernier constat: Rouyn est étonnamment calme en cette soirée qui aurait pourtant dû se transformer rapidement en hécatombe.

Aubry: Après quelques pièces des Torontois, on quitte la salle, direction la scène Paramount pour la deuxième soirée hip-hop en deux soirs (une première au FME). Arrivés vers 22h30, nous assistons à l’irrévérencieuse performance du trio Rednext Level. Sans leur accoutrement habituel de pilote de motocross/coureur automobile, ils font danser la foule qui semble déjà bien réchauffée autant par l’alcool que par Krismenn & Alem, qui précédaient.  Le parterre devient une véritable piste de danse durant le hit Baby Body. La table est donc bien mise pour Koriass qui sera le suivant à fouler les planches.

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Rednext Level. Crédit: Aubry

Dès le retour d’entracte qui s’éternise un peu trop, l’odeur de marijuana s’engouffre dans nos narines tel le smog à Pékin. Dès le début du spectacle, il semble y avoir des problèmes de son avec les micros à un point tel que Koriass doit le mentionner au technicien de son: «Baisse mon mic, ça reverb en caliss». À certains moments, Bobby One, le fidèle acolyte de Koriass depuis les débuts de sa carrière se recule du devant de la scène afin de mettre l’accent sur la vedette. Ce dernier ne semble pas particulièrement apprécier et le fait savoir à Bobby en lui demandant de se rapprocher à ses côtés. Quelle complicité! Pendant la chanson Zombies, du dernier album Love Suprême, le président-fondateur de Disques 7ième Ciel, Steve Nolin, mieux connu sous le nom de scène d’Anodajay, se pointe la binette sur scène afin de participer au spectacle, au grand plaisir des festivaliers, car après tout, ce dernier est natif de Rouyn-Noranda.

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Koriass. Crédit: Aubry

Aubre: Je sors du Petit théâtre tout en sueur et déjà exténué, mais pris sur la 7e rue pour encore quelques heures puisque je dois aller mixer pour les passants à minuit. J’en profite donc pour m’asseoir et écouter un peu distraitement le set des Français de Samba de la muerte. Le groupe mélange influences indie, électro et afrobeat pour un résultat assez convaincant, mais peut-être un peu trop calme par rapport aux autres options offertes en salles le même soir. Le spectacle étant toutefois à accès libre, le volume du public reste assez considérable et prouve encore une fois le succès local du FME. Perso, ma soirée se termine ensuite par un set de DJ sous mon alias de DJMA, puis, par un retour à l’hôtel quelque peu précipité par une amie malade.

Aubry: Le spectacle hip-hop terminé, on se déplace en titubant «légèrement» vers le sous-sol du Petit théâtre du vieux Noranda afin d’écouter UUBBUURRUU qui débute dans cette toute petite salle vers 1h15, juste avant Yonatan Gat. Les souvenirs sont flous (comme la photo), mais on se rappelle qu’on a apprécié le son psychédélique de ce band montréalais et qu’on a oublié notre rédactrice en chef en chaise roulante dans le sous-sol du théâtre. La proximité avec la foule ainsi que le plafond bas aidaient quant à eux à créer une ambiance très 70‘s.

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Plafond bas. Crédit: Aubry

JOUR 4

Aubre: Gros début de dimanche très con et plein d’alcool avec Aubry à tourner des courts-métrages avec l’équipe du Voir.

On décide de se reprendre en main et de délaisser la philosophie pour le psychédélisme grâce à un show spécial du trio Dear Criminals intitulé 2GPU. La performance s’organise en deux parties: la première se compose d’une scénographie vraiment simpliste et nous présente quelques chansons du groupe. La deuxième, elle, met en vedette le travail d’étudiants et de professeurs de l’UQAT qui ont réalisé des projections en 3D venant littéralement englober les Montréalais. Des spectateurs ayant consommé quelques brownies au pot avant le spectacle nous confirment avoir viré un solide trip. Tout comme notre boy Olivier.

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Olivier par terre. Crédit: François Larivière

Aubry: Plutôt que de suivre le groupe, je profite de l’après-midi pour aller me refaire une beauté capillaire chez Franz Authentischen Barbier qui a déplacé son salon de l’avenue Principale jusqu’à la 7e rue durant toute la durée du festival. Un salon qui ne fait que des coupes old school, mais où l’on peut tout de même se faire tatouer aussi. Bien belle brochette d’êtres humains, cette gang-là.

Tout juste en sortant du salon, j’aperçois un homme arroser la tourbe qui a été installée il y a trois jours, mais qui sera vraisemblablement retirée à la fin du festival. Comme quoi la folie du gazon vert existe partout au Québec.

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Photo gazonnée. Crédit: Aubry

Aubre: Après la performance assez grandiose, je quitte le Paramount pour me diriger vers le GroovePaupière présente un de ses deux 5 à 7 du festival. Le groupe nous propose plusieurs nouvelles chansons qui paraîtront sur leur prochain album ainsi que les déjà classiques chansons du EP Jeunes instants. Pierre-Luc Bégin interrompt d’ailleurs le spectacle pour demander au public si la chanson du même titre peut être qualifiée d’éponyme. Ce n’est là qu’une de ses très nombreuses interventions, qui, si j’en crois le soundman, n’étaient pas dues à une consommation abusive de drogues.

Aubry: Dès 17h, nous sommes en place pour le spectacle de Rosie Valland qui débute au Café-bar l’Abstracto. La salle est pleine à craquer et il fait vraiment chaud.  La voix douce et enivrante de Rosie nous rentre dedans de plein fouet. On apprécie fortement l’ambiance envoûtante qu’elle réussit à créer avec ses textes mélodieux: un coup de cœur à chaque chanson. Élise Jetté, notre rédactrice en chef, elle, aura le loisir de la voir dédicacer son plâtre!

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Photo plâtrée. Crédit: Aubry

Aubre: Vers 18h, pendant que le reste du groupe se dirige au cinéma pour voir Nitro Rush et encourager notre production locale, je me dirige plutôt vers les berges du Lac Osisko pour assister à une performance surprise du groupe Plants & Animals. Même si je les ai vus la semaine dernière à Valleyfield, je trouve quand même le moyen de passer un très beau moment, assis avec des amis dans une estrade bondée de festivaliers devant un bucolique coucher de soleil. Un avant-goût d’ailleurs du spectacle que le même groupe donnera au Cabaret de la dernière chance quelques heures plus tard, mais dans une version beaucoup plus rock. (C’est mon seul souvenir de cette deuxième prestation pas mal plus floue…)

En attendant les spectacles du soir à l’Agora des arts, je prends le temps d’aller manger mon premier vrai repas de la journée dans un petit bistro de la 7e. Mon choix se porte sur des beignets de crabe au wasabi accompagnés d’une salade de maïs. Soulignons aussi le bon goût du mac n’ cheese accompagné de ribs que j’avais mangé l’avant-veille au même endroit. Une fois le tout englouti, je m’aventure dans l’ancienne église reconvertie pour une des meilleures performances de la fin de semaine à mon avis: celle de Tire le Coyote. Accompagné de son groupe, le seul musicien country que je suis capable d’écouter dans la vie présente son dernier spectacle de la tournée Panorama. Les chansons s’enchaînent à merveille sans trop d’interventions, pour plus de musique, l’éclairage est superbe et le groupe nous gâte même avec deux chansons acoustiques pour conclure. Le standing ovation qui s’ensuit est hautement approprié.

Viens ensuite le tour de Laura Sauvage de fouler les planches. Personnellement, je trouve le set assez ordinaire, mais je dois avouer que j’étais assez fatigué rendu là. La Hay Babies nous présente l’intégralité de son dernier album solo ainsi qu’une nouvelle chanson composée il y a trois semaines, accompagnée à la basse par le grand Dany Placard, réalisateur de Extraordinormal. À la fin, l’Acadienne se mérite tout de même un autre standing ovation, preuve que le reste du public semble avoir bien aimé. Alors qu’Aubry entre dans la salle, je quitte plutôt en direction de l’hôtel faire une courte sieste, question d’être bien en forme pour les nombreux afters de génies qui peupleront la nuit.

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The Barr Brothers. Crédit: Aubry

Aubry: Après une soirée bien remplie, je vais assister à mon dernier spectacle: celui des Barr Brothers à l’Agora des Arts. Après tous les remerciements usuels de l’événement de clôture, le spectacle débute vers 22h40 dans une ambiance feutrée. La harpe nous fait vaciller dans un univers à part. On aurait préféré prendre un latté plutôt qu’une bière en écoutant leur spectacle. 

Après la performance, je décide de rester sur la même vibe que la performance des Barr Brothers et décide d’aller faire dodo. Au moins, J’aime les Oiseaux de Yann Perreau sera la dernière chanson du festival que j’entendrai dans le taxi me ramenant au motel. Aubre, lui, décidera de rester éveillé le plus longtemps possible et dormira plutôt dans l’autobus vers Montréal dans d’étranges positions!

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Aubre. J’étais confortable même si ça paraît pas… Crédit: Aubry

Les deux: Au final, que dire? Que nous avons eu du plaisir comme des fous? Que nous l’avons été par le fait même? On pense que tout ça a déjà été mis au clair. Le plus simple serait probablement de conclure en statuant que le FME mérite véritablement son titre officieux de meilleur festival au Québec et que Rouyn est une ville étonnamment sur le party. Nos rêves resteront peuplés de le poutine de Chez Morasse jusqu’à l’année prochaine et les dates du 31 août au 2 septembre 2017 sont déjà inscrites dans nos calendriers. À la prochaine, Rouyn-Noranda!

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