FrancoFolies 2016, partie 1 : Les jours d’abondance et les jours de famine

La grande fête de la musique d’expression francophone à Montréal a débuté ce jeudi dans une grande pétarade. Le grand spectacle explosif a fait beaucoup jaser pour lancer une vingt-septième édition un peu en dents-de-scie. Retour sur les deux premiers jours.

Brown/Photo: Etienne Glarneau

Brown/Photo: Etienne Glarneau

Presque tout le monde était présent sur la rue Sainte-Catherine jeudi soir dès 18 h pour aller voir la grand-messe de la nouvelle génération du rap québécois. Avec Brown, Alaclair Ensemble, Dead Obies et Loud Lary Ajust, les émissaires d’un certain renouveau hip-hop ont profité de l’occasion pour confronter les esprits conservateurs et célébrer la production passée et internationale.

Laurent Saulnier, de la programmation, annonce que les FrancoFolies sont «fuckin’ ouvertes», en clin d’œil au débat sur la langue qui a cours en ce moment avec ce spectacle. Il laisse ensuite place au trio familial préféré des hip-hop heads de la province. Brown propose un spectacle, certes, similaire à ceux qu’on a eu l’occasion de voir depuis leur première apparition sur scène lors des lancements du Love Suprême de Koriass, mais toujours aussi solide et bien envoyé. La formation a encore une réputation à se faire, mais le public ne saurait tarder à suivre ceux qui ont offert l’un des plus solides albums de rap francophone au Québec en 2016.

Alaclair Ensemble/Photo: Etienne Galarneau

Alaclair Ensemble/Photo: Etienne Galarneau

Alaclair Ensemble suit en présentant ses classiques et les nouveaux titres de son album à paraître à l’automne. Le public se réchauffe, la performance est toujours aussi électrisante. Le début des surprises et des célébrations commence réellement quand le rappeur Grems, de passage pour MURAL, vient faire une petite collaboration impromptue.

Pour le reste, il semblerait que OG Bear a cassé pour la seconde fois en carrière sa tendance à ne rapper qu’en anglais en effectuant un couplet de Chaque fois d’Yvon Krevé (d’après le principal intéressé, la première fois était au courant d’un cypher dont la vidéo sortira bientôt en ligne; il y faisait la partie de KenLo dans Fussy Fuss). Koriass serait aussi venu sur scène pendant Loud Lary Ajust. Mais ça, on ne le sait pas pour sûr, parce qu’Anderson .Paak, le protégé de Dr. Dre faisait un spectacle gratuit au Théâtre Fairmount et ScHoolboyQ était en performance à MURAL. On a malheureusement dû trancher; on reverra Dead Obies et LLA ailleurs cet été.

Donc, tout le monde était présent pour le lancement et on a abandonné tout le monde. Le lendemain, il semblerait que le karma ait frappé et que l’inverse se soit produit. Par un concours de circonstances, deux billets m’étaient alloués pour le spectacle des Trois Accords au Métropolis avec les bons IDALG en première partie. Je vais sur le site du festival pour trouver preneur pour le second billet.

CRABE/Photo: Etienne Galarneau

CRABE/Photo: Etienne Galarneau

Premier arrêt: la tente de CISM. La station présente la série «en marge» où des artistes non-programmés s’exécutent tous les jours à 19 h. Vendredi, premier soir, le duo de punk normal CRABE. Dans une performance très bruyante et déconstruite avec bon goût, la formation propose plusieurs titres de son dernier album, Le Temps f33l, en plus d’un moment tendre avec les nombreux enfants présents sur place. La performance a été filmée par l’équipe de CISM.

Respectables

Air drum sur Les Respectables/Photo: Etienne Galarneau

Bref, malgré le plaisir, je n’y trouve personne qui veut aller voir IDALG et Les Trois Accords. Après quelques tours de terrain et une saucette à MURAL, je vais fouiller parmi les gens qui veulent voir l’hommage à Serge Fiori sur la Scène Bell. En m’y rendant, je vois une performance très inégale de Cambre tes hanches par Les Respectables. Dans le public, sur le côté, un homme fait de la batterie invisible avec des baguettes. J’aimerais l’inviter au Metropolis, mais il m’apparaît très occupé. Laissons-le tranquille.

Finalement, il semblerait que je n’avais qu’un billet. Cette journée de famine côté achalandage aura eu ça de bon: ne pas avoir besoin de poser un lapin à un-e ami-e qui aurait voulu me dépanner en prenant le second billet. À l’intérieur, on est confrontés à la situation traditionnelle des spectacles en salle des Francos. Le public, visiblement intéressé par la tête d’affiche, paye le gros prix pour ses billets et assiste à une performance d’artiste émergent. C’est parfois catastrophique (comme l’an dernier avec Éric Lapointe), mais parfois ça se passe bien. Si IDALG n’est pas le premier choix auquel on pense pour une première partie des Trois Accords – au niveau du ton, on penserait à Bleu Jeans Bleu ou encore à Gab Paquet – le public est réceptif et se laisse gagner par la performance solide et rodée, comme la formation nous y a habitués depuis la sortie de son album Post Dynastie en novembre 2015. Mention spéciale à la personne dans le public qui a dit «Je pense que c’est Malajube» avant que le groupe n’entame les premières notes de Demi-Serpent.

IDLAG/Photo: Etienne Galarneau

IDALG/Photo: Etienne Galarneau

Je vous invite à lire les différents articles sur le site qui parle en bien d’IDALG. Ce sont des favoris de la maison. Je n’aurais rien de neuf à rajouter au paquet de louanges qu’on leur donne et qu’ils méritent.

Les Trois Accords/Photo: Etienne Galarneau

Les Trois Accords/Photo: Etienne Galarneau

S’ensuit la performance la plus courte des FrancoFolies avec Les Trois Accords. Le quatuor se présente sur scène et joue la très conclusive Les dauphins et les licornes, tirée de Joie d’être gai, ponctuée par la foule en délire qui chante les paroles à pleins poumons. La formation quitte la scène, le rappel est demandé, à la grande «surprise» des musiciens. Le rappel, pour sa part, dure une bonne heure et de nombreux succès des différents albums de la discographie du groupe sont interprétés avec aplomb, entrain, plaisir et efficacité.

Puisque c’est un rappel, je ne me sens pas trop contraint à rester pour l’entièreté du spectacle. Par contre, c’est difficile de partir. «Oh, ils jouent Le bureau du médecin? C’est une bonne chanson. Je pars après. Ah, non, ils jouent Bamboula. C’est ma toune. Après. Attends, Les amoureux qui s’aiment? Elle c’est VRAIMENT ma toune. Ok, juste après.» En quittant, je me console sur la qualité des photos que je prends pour cet article. Je n’ai pas vraiment l’œil, mais, au moins, ma résolution est aussi mauvaise que celle des écrans du Metropolis:

Mauvaise résolution/Photo:Etienne Galarneau

Mauvaise résolution/Photo:Etienne Galarneau

La soirée se termine à la Scène Ford où, juste après Les Respectables, c’est Corridor qui joue. Leur post-punk minimaliste contraste certainement avec leur première partie et constitue un drôle de choix comme spectacle de fermeture pour la journée. On est néanmoins très heureux de voir l’audace des programmateurs qui permet d’accorder de la visibilité à cette excellente formation montréalaise.

Corridor/Photo: Etienne Galarneau

Corridor/Photo: Etienne Galarneau

Une mention spéciale est accordée aux gars de L’Oeil du Tigre, étiquette qui se charge des vinyles de Corridor, qui se promènent dans la foule et donne des copies physiques gratuites de leur EP Un magicien en toi et du long jeu Le voyage éternel.

Ce furent deux journées chargées qui ont entraîné un sabbat nécessaire pour la journée du 11 juin. Je regrette de manquer Pierre Lapointe, Barrasso et Laurence Jalbert, mais la semaine est encore jeune et il y a du beau à venir dans un avenir très proche.

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