[ENTREVUE] Sèxe Illégal : prendre la route alternative

Le duo comico-légendaire Sèxe Illégal emprunte ses propres chemins artistiques pour arriver à ses fins. Entrevue intime avec des artistes qui n’ont pas froid aux yeux (y’ont des lunettes.)

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Sèxe Illégal/Photo: Michel Grenier

Le duo humoristico-musical Sèxe Illégal ne chôme certainement pas par les temps qui courent. Toujours à la recherche de manières novatrices de transmettre leur art en ne passant pas toujours par le moule préfait de l’industrie, Tony Légal et Paul Sexe multiplient les projets. Ils viennent tout juste de faire paraître gratuitement le nouvel album Rock Danger. Ce projet, ils l’ont complètement autoproduit, voulant éviter que trop de gens du milieu mettent leurs mains sur leur processus de création (ils en ont déjà quatre, c’est ben en masse.) Dans un même ordre d’idée, ils lancent la coop du festival Dr Mobilo Aquafest dans laquelle ils présentent une manière alternative de produire des shows, mettant les humoristes en contrôle total de leur art.

Durant un bon lendemain de veille qui se respecte, on a eu l’ultime plaisir de nous entretenir avec le légendaire duo cumulant plus de 40 ans de métier derrière la cravate slackée. On a pu décortiquer la bête musicale Rock Danger et prendre des p’tites nouvelles. All ride!

Tout d’abord, comment ça va? Grosse vie sale?

Tony Légal: C’est assez incroyable ces temps-ci, ça roule pas mal. J’pense que 2016, on peut dire que c’est l’année Sèxe Illégal. On vient de sortir deux albums, dont un gratuit, pour les enfants, les pauvres et toute la vie au complet. Il y a aussi un deuxième album en bonus qu’on a décidé de sortir pour les gens qui font un don de 10$ ou plus. C’est un album de nos meilleurs soundchecks. Jusqu’à maintenant, la réaction est assez surprenante. En parallèle de ça, on a mis sur pied un festival qui commence cette semaine: le Dr Mobilo Aquafest. Ça commence mercredi, avec un gros gala au Théâtre Rialto. Toute la gang va être là: il y a Guillaume Wagner, Virginie Fortin, Adib Alkhalidey, nous-mêmes ainsi que d’autres invités. On va avoir un gros fun sale et c’est seulement 25$. Je pense que ça parle beaucoup à la génération de jeunes qui ont des jobs à 12$ de l’heure malgré une maîtrise. Après ça, y a des shows toutes la semaine au Théâtre Fairmount pour la modique somme de 15$. Ce sont des shows d’une heure avec des premières parties.

Paul Sexe: C’est aussi parfait pour les gens qui viennent de se faire crisser dehors du centre d’appel d’Archambault. On est des gros fans de livres, donc c’est ben dommage. On n’a jamais été de gros fans de Renaud-Bray, donc pour nous c’est un coup de cœur que la compagnie aille mal.

La réception de l’album est bonne?

TL: Quand même! Ça va bien les downloads. Ce qu’on voulait, c’est offrir un album au monde. Tout ce que ça prend, c’est une un téléphone intelligent ou un ordinateur pour le downloader. Ça, on peut pas le fournir par exemple. À moment donné, y a des limites à la gratuité.

Votre nouvel album Rock Danger est gratuit. Vous voulez répandre votre musique à plus d’oreilles possibles ou c’est votre manière post-moderne de dénoncer le capitalisme sauvage des sociétés occidentales?

TL: Ben un peu! Ça va de pair avec le reste de nos projets. Le Dr. Mobilo c’est un peu l’idée d’enlever les producteurs du loop. Ils prennent beaucoup de profit. Les artistes ont de la difficulté. On s’est dit qu’il y avait moyen de faire du capitalisme un peu plus civilisé. Oui on veut faire de l’argent, on veut vivre de ce qu’on fait. Mais en même temps, je n’ai pas besoin que les billets soient des 200 $. On a enlevé le gars qui se paye une Lexus avec chacun de nos criss de show. Donc pas de producteur.

Le nouvel album s’appelle Rock Danger. Qu’est-ce que vous trouvez dangereux en 2016?

TL: Tout l’album au complet parle de ce qu’on trouve dangereux. Il y a plein de dangers dont faire des fuck you à Bam Bam Bigelow, le danger de toujours tout faire pareil, le danger d’être pauvre, d’être victime d’un vieux mononcle cochon comme Marcel Aubut. Tous les dangers sont là.

À vos yeux, Bam Bam Bigelow est-il nécessairement plus dangereux que The Undertaker ou Ric Flair?

TL: Pas nécessairement plus dangereux. C’est qu’il y a une époque où personne ne voulait se pogner contre Bam Bam. À la fin des années 80, c’était rough. C’est pas tout le monde qui avait des tatous de feu dans face. On n’était pas rendu là. Il était aussi dans la lignée de gens comme George «The Animal» Steele. On se rappelle qu’il mangeait les coins de ring. Moi quand je vois un gars qui mange du matériel, ça me fait ben peur. C’est sûr qu’on aurait pu dire l’Undertaker, c’est juste que ça rimait pas.

Dans ce nouvel album, on sent moins l’urgence de puncher au profit de la musique et des thèmes. Vous vouliez montrer un autre côté de Sexe Illégal?

TL: Moi, personnellement, mon côté, c’est plus les paroles. Paul s’occupe de la musique. Il était très inspiré. Moi j’ai été ben inspiré par ses compositions à mon tour. En même temps, je pense qu’il y a une certaine maturation qui s’est effectuée. C’est venu sur le tard. Moi je le dis souvent: je suis né à un très jeune âge. Étant jeune, j’avais peut-être un peu de difficulté avec ça, la maturation.

PS: Ça a donné un produit un peu plus charnu peut-être. On voulait toucher à des affaires de société. Certaines tounes ne sont même pas drôles.

TL: Moi je pleure à chaque fois que j’écoute Le petit homme-fusée. Ça te donne une idée. On est allés ailleurs.

Vous nous encouragez à entreprendre des choses qu’on n’a jamais faites. Trouvez-vous qu’on se replie trop dans notre confort routinier? Est-ce que Tony Legal et Paul Sexe pourraient prochainement se lancer dans le monde du cirque?

TL: Y a rien d’impossible. On s’intéresse à beaucoup de choses. On aimerait peut-être éventuellement écrire une comédie musicale, peut-être faire du théâtre. On aime faire changement. En tant qu’artistes, on est désintéressés par tout ce qui est «routine». On veut être des représentants de la diversité. On est les transsexuels de l’art.

Vous parlez de Marcel Aubut sur Macho Pichou. Lancez-vous le mouvement dénonciateur des mononcles du Québec?

PS: Il devrait déjà être lancé, ce mouvement-là. Il devrait être dans la tête de tout le monde.

TL: J’pense qu’on devrait pas se gêner de tapper sur la tête du monde qui fait des affaires qui ont pas d’allure. Marcel c’est un excellent exemple. Si ça devient une expression, pis que les gars se font traiter de «macho pichou», ça va nous faire très plaisir. On est en 2016. J’pense que c’était le temps de faire une petite passe aux femmes. En même temps, on les laisse faire leur combat. Nous en est juste là en arrière pis on les appuie le poing dans les airs en chantant.

PS: Y a rien qui nous empêche d’envoyer chier un vieux mononcle sale.

Vous êtes notamment reconnus pour votre utilisation de l’anglais et du français, un peu comme Dead Obies et LLA. Pourrait-on entrevoir un virage hip-hop pour Sèxe Illégal comme Daniel Lavoie l’a fait?

On a déjà quand même un peu touché le hip-hop avec des hits tels que Pis Bowser. C’est sûr que pour nous c’est plus une seconde nature. On est plus des gars de rock à la base. On n’a pas peur d’explorer. Pour ce qui est de l’anglais et du français, écoute, on a toujours été un band international. C’est sûr que notre langue préférée, c’est le français. C’est notre langue paternelle. Ce qui arrive avec l’anglais, c’est qu’on n’est pas vraiment bilingue, donc c’est quelque chose qu’on fait pour nos fans internationaux.

Vous avez 100% autoproduit votre nouvel album, vous lancez votre propre coop pour le festival d’humour Dr Mobilo Aquafest. Êtes-vous en train de faire un finger à l’industrie?

PS: Ben un peu, mais on le fait pas CONTRE l’industrie. On le fait POUR nous. C’est pas une guerre qu’on essaie de faire.

TL: Si on partait en guerre, on le ferait contre JPR, contre les grosses boîtes. Nous, dans le fond, on veut créer un espace pour travailler. On met notre argent et notre temps sur la table pour créer des endroits où les artistes peuvent exister exactement comme ils le veulent et faire un peu d’argent avec ça. J’pense que c’est pas normal de faire une run de shows au Zoofest et sortir de là avec 500 $. Il faut que les artistes soient en mesure d’engranger un peu d’argent s’ils veulent continuer de faire ce qu’ils font. J’pense que c’est juste ça qu’on essaie de mettre sur pied.

Vous allez faire deux shows uniques au Dr Mobilo Aquafest. À quoi peut-on s’attendre de ces vitrines nouveau genre?

TL: Ça va être assez fou sérieux. Je pense que c’est un record deux shows différents le même soir. C’est assez spécial.

PS: Le premier show, Puffer Fish, c’est du matériel inédit. À moins que t’aies déjà couché avec moi, c’est sûr que t’as jamais entendu parler de ça. Ensuite, à minuit, Le grand rock danger, c’est encore plus spécial parce que ce qu’on présente, c’est une heure d’improvisation musicale avec le public. On laisse les gens entrer dans notre monde créatif. Le but est pas tant secret: c’est de battre le 18 minutes sur scène de Michel Courtemanche sans brailler. On est deux, ça devrait ben aller.

Votre tournée Vivre! se termine le 7 avril au Saint-Denis. Ça vous fait peur que ça finisse ou ça vous donne un certain réconfort?

TL: Ben d’un côté, la fin de Vivre! c’est épeurant pour tout le monde. T’arrives à la fin et tu te demandes ce qu’il y a après. D’un autre côté, nous autre, on essaie de se renouveler. Ça fait deux ans qu’on est en tournée avec ce show-là. C’est important de ne pas trop s’étirer sur quelque chose. On veut toujours renouveler l’offre sinon c’est d’un ennui total. Si t’as vu un épisode de LOL ;) tu les as tous vus.

Après vous repartez donc en mode écriture ou vous allez faire une tournée pour Rock Danger?

TL: On va principalement retomber en mode écriture. J’aimerais qu’on sorte un nouveau show le plus tôt possible. Dès 2017. La vie, c’est court, c’est le temps qu’on batte le fer pendant qu’on est encore chauds.

En terminant, l’avez-vous retrouvé finalement le laser gun?

PS: Ben c’était pas le nôtre! Faut savoir que cette chanson-là, c’est juste une conversation qu’on a eue avec un enfant qui ne le trouvait plus. Finalement, on a juste quitté la maison. On n’a jamais eu de nouvelles du laser gun en question. Ça reste en suspens.

Sèxe Illégal sera en spectacle dans la métropole dans le cadre de son propre festival, le Dr Mobilo Aquafest. Ils seront du gala au Théâtre Rialto le 16 mars. Ils feront le show inédit Puffer Fish le 19 mars à 19h00 au Théâtre Fairmount et tenteront de ravir le titre d’improvisateur à Courtemanche lors du grand rock danger, même place vers minuit. Profites-en les enfants seront couchés.

Vous pouvez télécharger le nouvel album Rock Danger gratuitement sur le site officiel. Vous pouvez même faire un don si le cœur vous en dit – vous obtiendrez le meilleur des soundchecks si c’est le cas.

La tournée Vivre! sera présentée en dernière médiatique au Théâtre St-Denis le 7 avril en formule party avec un full band et des surprises tellement surprenantes.

Vivre!

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