Michel « Away » de Voivod : quand la réalité dépasse la fiction

Le très badass concepteur et batteur de Voivod s’est entretenu avec nous pour discuter du nouvel EP Post Society, de leur parcours et, tant qu’à y être, de guerre nucléaire.

Voivod

Originaire de Jonquière, Voivod a généré un buzz impressionnant dans la scène du thrash metal depuis ses débuts en 1982, grâce à une approche hardcore novatrice, tout en étant conceptuelle et évolutive. Au fil des décennies, ils auront attiré la sympathie de joueurs influents tels que Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters), Lemmy (Motörhead) et Metallica. N’ayant jamais connu le succès populaire, Voivod est toutefois devenu un phénomène culte dans l’underground traversant les barrières linguistiques tout autour du globe.

Si le Voivod représente un personnage post-apocalyptique indestructible issu de l’univers fictif d’Away (batteur et concepteur), le groupe y est fidèle puisqu’il ne s’est pratiquement jamais arrêté. Malgré quelques tragédies (décès de Piggy, guitariste fondateur, à la suite de complications d’un cancer en 2005), le groupe a toujours su se retrousser les manches et est toujours actif, autant en studio que sur la route.

Nouvellement formé, le cinquième line up de Voivod, comprenant Away, Snake, Chewy et Rocky, fait paraître un nouvel EP nommé Post Society. En pleine tournée aux États-Unis, Away a pu s’entretenir avec nous, le temps d’une jasette au téléphone. Retour sur la création du nouvel EP, mais aussi sur l’étendue de leur carrière.

Vous êtes en tournée aux États-Unis en ce moment. Comment ça se passe?

Le groupe s’est promené sur la côte Est dernièrement. La foule est vraiment enthousiaste. Les trois derniers shows étaient particuliers. Les gens ici ont une appréciation pour Voivod. Ça faisait peut-être 20 ans que Voivod n’avait pas été un headliner par ici.

Voivod nous a habitués à des albums complets (live et studio). Pourquoi un EP? 

Depuis 2014 on a une nouvelle formation. Snake (le chanteur) a subi une opération en 2013, donc on n’a pas beaucoup joué en 2013 ni en 2014. Blacky (bassiste original) est parti, Rocky est arrivé et Snake est complètement remis de son opération. On a donc demandé à notre gérant d’organiser plein de shows partout. On a été obligé de composer dans notre bus et d’enregistrer entre les tournées. Là on a décidé de faire un mini-album. Éventuellement, on va compiler ça avec d’autres chansons qu’on est en train de composer en ce moment, puis on va faire un album complet. Ça sortira soit à la fin de cette année, soit au début de l’année prochaine.

C’est comme une manière de mettre la table pour une prochaine galette?

Oui, puis c’est aussi pour avancer tranquillement avec la nouvelle formation, prendre le temps que la chimie s’installe. Finalement, les critiques du mini-album sont vraiment encourageantes. On sent qu’on s’en va dans la bonne direction.

Dans la pièce-titre du EP, vous soulignez des évènements inquiétants qui se passent dans le monde. Est-ce que l’actualité (essai nucléaire en Corée du Nord, EI qui sévit en Syrie, etc.) vous laisse croire qu’on pourrait bientôt se retrouver dans la Post Society?

Éventuellement, oui. Moi ce qui me fait le plus peur, ça a toujours été une guerre nucléaire parce que c’est assez instantané. Par contre, j’ai plus pitié pour la nouvelle génération en ce qui a trait à la destruction de l’environnement. J’ai tout le temps subit ça en lisant des magazines, etc. Ça m’a toujours beaucoup marqué. Moi ma peur première, ce sont les armes nucléaires et les high tech. Tu sais, avec la nanotechnologie, c’est facile à transporter. On pense aux drones, par exemple. J’pense que c’est ça qui fait qu’au fil des 33 ans, on a toujours gardé notre public: parce que c’est toujours présent. Dans le temps, les gens parlaient des Tchernobyl, là les gens parlent de Fukushima. Avant, on parlait de l’ozone et des pluies acides, là c’est le réchauffement climatique. C’est récurrent.

C’est décourageant de penser que depuis toutes ces années, c’est quelque chose qui est encore présent?

Oui, parce qu’à un moment donné, t’as l’impression de parler dans le vide. J’peux pas m’empêcher de m’insurger contre ça et, vu que je suis toujours en tournée ou en train de dessiner des pochettes pour d’autres groupes, je ne suis pas nécessairement un activiste dans la rue avec ma pancarte. Il faut que je fasse quelque chose, donc on fait le tour de la planète et on crie à plein poumon dans le micro.

La pièce We Are Connected fait notamment référence à Killing Technology (1987). C’est une manière de faire un clin d’œil au passé et de garder la mémoire de Piggy bien vivante ou c’est vraiment une question de hasard?

We Are Connected c’est la première chanson qu’on a faite avec la nouvelle formation. On était allé faire le Hardcore Fest à Austin, puis en revenant en avion, on avait un changement à Dallas, puis Dan Mongrain (guitariste) a reçu un texto qui disait que le promoteur était décédé d’une crise cardiaque. La veille, on était avec lui! Ça nous a vraiment marqué. Il était devenu un bon ami. On en a fait un texte. C’est Snake qui a pensé à connecter Denis «Piggy» D’Amour avec ça. On voulait aussi inclure la famille Voivod qui comprend notre gang, tous les fans, etc. C’est vraiment comme une famille. C’est un peu tout ça We Are Connected.

T’as déjà dit que l’univers Voivod se veut comme un monde imaginaire. Est-ce que le nouveau EP c’est toujours une manière de fuir la réalité?

C’est plus une façon de s’exprimer. Nous, on garoche beaucoup d’idées à Snake, lui il absorbe ça puis il écrit des paroles. J’pense que c’était assez établi depuis le début dans Voivod qu’on allait exprimer nos opinions dans des espèces de contes folkloriques, mais de science-fiction. C’est un univers que j’avais déjà commencé à créer pour faire des comics, c’était mon projet quand j’étais jeune.

T’as fait la pochette du EP. Ton artwork iconique est normalement composé de couleurs saisissantes. Pour une rare fois, c’est uniquement en noir et blanc. Voulais-tu exprimer l’aspect terne du thème ou t’as simplement perdu ta boîte de Crayola?

En fait, c’est par nécessité. J’ai fait la pochette de Post Society pendant la tournée Death Crusher en Europe. J’avais amené ma tablette graphique, mais je n’avais pas vraiment le temps de mettre de la couleur après que le lineart ait été fait. Aussi, je trouvais que c’était une bonne coïncidence parce que ça exprime effectivement l’aspect terne d’un monde post-apocalyptique. Je fais beaucoup de design de tatouages, les gens apprécient ça autant que mon stock plus coloré et digital. Il y a beaucoup de gens qui me demandent si un jour je vais refaire une véritable peinture pour une pochette de Voivod. J’y pense, mais j’en n’ai pas fait depuis presque 30 ans, donc…

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À ce point-là?

Oui! J’ai fait les quatre premières pochettes de Voivod, mais j’ai étudié en sciences, pas en art, donc ça me prenait des mois! J’ai juste fait quatre peintures dans ma vie. En fait, j’en ai aussi fait une pour ma grand-mère quand j’étais à la polyvalente dans mon cours d’arts plastiques.

Tu parlais de comic book. Est-ce que c’est encore une idée que tu aimerais mener à terme un jour?

Oui c’est sûr, mais moi ce qui m’a empêché d’avancer à ce niveau, c’est le fait que je suis un drummer de rock n’ roll. J’ai consacré énormément de temps à travailler la musique et le design pour Voivod, donc c‘est difficile pour moi d’entreprendre des projets comme ça. Quand on a recommencé Voivod en 2001 avec Jason Newsted, peu après malheureusement, Piggy est décédé. Je me suis rendu plus disponible pour faire des dessins à ce moment-là. C’est là que j’ai fait la pochette de Probot, des t-shirts pour Danko Jones, le logo pour Non Phixion, etc. Depuis les années 2000, je fais la moitié de l’année du graphisme pis l’autre moitié je fais de la musique.

La mort de Lemmy de Motörhead, fin 2015, semble vous avoir secoué. Qu’est-ce que ça symbolise pour vous la perte de cet icône du métal?

C’est super important. Motörhead c’est mythique. Le son de bass de Blacky était basé sur celui de Lemmy. La voix de Snake était basée sur celle de Lemmy. On a pratiquement joué toutes les chansons de Motörhead dans notre local de pratique au tout début de Voivod. On a eu l’idée de lui rendre hommage en reprenant Silver Machine de Hawkwind. On ne s’attendait pas à ce qu’il décède un peu plus tard. C’est sûr que c’est une grande perte. Il était le héros de tout le monde, pas juste dans le métal.

Vous l’aviez déjà rencontré?

Oui, on l’a déjà rencontré. D’ailleurs, en 1986, il était venu au Spectrum. J’ai pas osé aller lui parler, j’étais trop impressionné. Piggy a pris son courage à deux mains et est allé lui donner un chandail de Voivod. Il l’a mis le lendemain à New York! Il y a une photo où il est couché sur le lit avec notre t-shirt. C’est une photo très connue. Ca va toujours être important pour moi cette photo-là. C’était excellent.

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Quand est-ce qu’on va pouvoir vous revoir au Québec? Allez-vous venir renforcer le line up de Heavy Montreal?

Cette année on va faire le Rockfest de Montebello. Ça fait un bout qu’on l’a pas fait, et évidemment ça nous empêche de jouer à Montréal. Moi, je vais jouer aux Katacombes en avril avec mon autre projet Tau Cross. Ca va être vraiment cool.

Selon la mythologie, Voivod c’est un personnage qui veut survivre, qui ne veut pas se laisser détruire. Est-ce que ça signifie que, malgré les embûches et les tragédies, les fans de métal pourront toujours écouter et voir Voivod tant que vous serez parmi nous?

Moi, par la force des choses, je suis comme devenu un Voivod. Quand il nous arrive de quoi de désastreux, je vais aller dans la caverne lécher mes plaies, puis deux années plus tard, c’est la résurrection. Les gens ont plein de termes cultes pour décrire Voivod, mais moi je perçois qu’on aura été un exemple de persévérance, de détermination. Depuis 33 ans, je travaille sur Voivod à chaque jour.

Voivod sera de passage au Québec, au Rockfest de Montebello les 24 et 25 juin 2016.

Vous pouvez aussi vous rendre aux Katacombes le 3 avril pour voir Away avec son side-project Tau Cross.

En attendant le successeur de Target Earth, vous pouvez vous rincer le palais avec le nouvel EP Post Society disponible en ligne et en magasins dès maintenant.

2 comments on “Michel « Away » de Voivod : quand la réalité dépasse la fiction

  1. s demers 2 mars 2016 at 19:57

    Bravo,jaime beaucoup se q ue vous faite.jaimerais pourvoir me procure un chandail voivod. Svp me dire si c possible merci

  2. […] de métal québécois avait lui-même confirmé sa présence lors d’une entrevue sur le site Feu à Volonté. Michel « Away » avait dit que le groupe ne ferait pas d’autres […]

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