Milanku, les hommes révoltés

Milanku

De fragments

L’œil du tigre

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Malgré toute ma bonne volonté, j’ai toujours eu beaucoup de difficulté avec Albert Camus. L’ancien collégien en moi a pourtant toujours eu des affinités avec les existentialistes. J’ai accordé plusieurs chances au célèbre auteur algérien; La Chute, L’Étranger. Rien n’y fait. Le style m’apparaît simplet et moins riche que celui d’un Jean-Paul Sartre.

Ce sentiment représente également ma relation au groupe Milanku. Autant je me targue du blason de l’auditeur de post-hardcore et que je suis fier de notre scène québécoise, autant je préférais l’écoute de Black Love et autres Nous Étions. Je reconnaissais volontiers l’influence, la pertinence et la qualité du quatuor formé en 2006, mais le cœur n’y était pas.

Vous comprendrez que l’utilisation d’un échantillon sonore extrait d’une interprétation de la pièce Les Justes de ce cher Camus dans la chanson La Dernière porte, tiré du troisième album de Milanku, intitulé De Fragments, m’a jeté par terre. Est-ce qu’on trouverait enfin le parcours parallèle entre ces deux grands artistes?

L’album De Fragments porte bien son titre, en ce sens où chaque pièce, portant son propre univers, se distingue du matériel présenté dans les albums précédents par la troupe post-hardcore. Les titres sont généralement plus concis, s’éloignant de La Lenteur, à laquelle on doit le nom du groupe.

Jouant sur l’abrasif, avec On s’épuise, ou le plus contemplatif, avec Le labyrinthe, Milanku fait une réflexion sur la nostalgie et la beauté. Un post-hardcore qui évoque la beauté d’une ville fantôme, d’un souvenir en noir et blanc, d’une tempête de neige en pleine nuit qui bloque la circulation. C’est vicérale, c’est brute, c’est sale, mais c’est beau. Ces réflexions qui sont mises en écho par le dialogue entendu de Doba et Kaliayev.

« KALIAYEV, il rit.

Tu es si jolie, avec cette robe.

DORA

Jolie ! Je serais contente de l’être. Mais il ne faut pas y penser. »

Qui sont suivis, dans le texte original, par ceux-ci.

« KALIAYEV

Pourquoi ? Tes yeux sont toujours tristes, Dora. Il faut être gaie, il faut être fière. La beauté existe, la joie existe ! « Aux lieux tranquilles où mon cœur te souhaitait…

DORA, souriant.

Je respirais un éternel été… »

KALIAYEV

Oh ! Dora, tu te souviens de ces vers. Tu souris ? Comme je suis heureux… »

Si vous n’étiez pas au diapason avec l’album Pris à la gorge, De Fragments devrait vous faire faire la paix avec Milanku. Mais, pour le reste, Albert Camus m’est toujours aussi imbuvable…

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