Découvrez vos disquaires locaux : Atom Heart

Es-tu déjà passé devant la boutique située au 364 Sherbrooke Est? Entre ces murs se trouve un monde musical qui se démarque de ceux des grands disquaires commerciaux. Découvre l’univers d’Atom Heart, un endroit mythique où la musique alternative règne depuis 1999.

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Crédit photo : Gabrielle Touchette

L’histoire d’Atom Heart débute lorsque Raymond Trudel et Francis Gosselin se rencontrent à la librairie Guérin où ils travaillaient ensemble dans les années 1990. Ils y passaient des soirées à parler de musique alternative qu’ils avaient de la difficulté à trouver en magasins. La boutique voit finalement le jour en 1999, après que Raymond ait proposé à Francis de lancer le magasin où ils vendraient les produits obscurs qu’ils affectionnaient.

Installée coin Saint-Denis et Sherbrooke, la boutique mise sur le contact humain depuis toujours. Alors que l’offre musicale en ligne n’a jamais été aussi gigantesque, les employés cherchent à connaître vos goûts pour vous orienter vers des produits plus obscurs, de répertoires internationaux très variés, au plus grand plaisir de vos oreilles. Atom Heart couvre large: du rock, du folk, de l’ambiant, du techno et autres en CD et en vinyles. C’est le stock finement sélectionné du magasin (toujours à jour) et l’attention portée au client qui fait d’Atom Heart une boutique indépendante dont la métropole peut être fière.

On est allé piquer une jasette avec Raymond, un des cofondateurs, pour discuter de sa boutique et la présenter aux curieux qui aiment faire des découvertes musicales. Voici le fruit de notre échange avec un mélomane certifié.

Comment est venue l’idée de fonder Atom Heart? Le nom fait référence à quoi?

Francis et moi on ne trouvait plus les disques qui nous intéressaient dans les magasins à Montréal. Les affaires qu’on voulait, il fallait toujours les faire venir des États-Unis ou d’ailleurs. À un moment donné on s’est dit «Hey, on devrait ouvrir un magasin et c’est ces affaires-là qu’on va vendre». On s’est rendu compte que c’était ben facile à trouver ces choses-là, c’est juste que les autres magasins, ça ne les intéressait pas. Le nom du magasin vient de Pink Floyd, le disque Atom Heart Mother.

Même les magasins indépendants n’avaient pas ce que vous cherchiez?

Non, et les CDs, ça n’a pu l’air d’être une priorité pour personne. On en vend nous des CDs. Nos ventes c’est genre moitié-moitié avec le vinyle. Ça a l’air que c’est exceptionnel parce qu’il y a plein de magasins qui en vendent pu pentoute.

À qui s’adresse votre magasin et qu’est-ce qu’on peut y trouver?

La clientèle est très très variée. Sur les tablettes, il y a un peu plus d’électronique qu’autre chose, mais on peut commander absolument n’importe quoi. On est meilleur marché que n’importe quel autre magasin. Sur nos tablettes, c’est surtout des étiquettes indépendantes qui sont genre moitié rock et moitié électronique.

Est-ce que quelqu’un qui ne connait rien à la musique alternative indépendante peut trouver chaussure à son pied?

Ah ben c’est sûr! Si tu connais rien, t’as rien qu’à dire ce que t’aimes pis on va trouver des choses qui se rapprochent de tes goûts. Des trucs qui sont souvent même meilleurs. J’aime beaucoup quand quelqu’un entre dans le magasin et me dit «je connais absolument rien de ce qu’il y a sur vos tablettes». C’est un peu comme un défi de trouver le disque avec lequel il peut repartir.

Vous vous êtes bâti une clientèle comme ça? Avec des curieux qui sont entrés et qui vous ont posé des questions?

Je ne sais pas trop d’où elle vient la clientèle. Le magasin a une réputation internationale. Ce qui est super cool, mais en même temps un peu surprenant. Y a plein de touristes qui se ramassent ici et qui me disent «Ouais j’ai dit que je m’en venais à Montréal et tout le monde m’a dit qu’il fallait que j’aille chez Atom Heart». Y a des Français, des Allemands, des Italiens, n’importe qui. J’ai même eu un Chinois la semaine passée. Il était pas venu par hasard, il s’était fait dire qu’il devait venir ici. C’est cool.

Est-ce que l’arrivée et l’utilisation massive du piratage, des services de streaming et d’iTunes ça vous a inquiété face à l’avenir de votre boutique?

Non. Quand tu trippes musique, tu ne peux pas te contenter juste de mp3. Tu veux la vraie chose. De toute façon, le vinyle, dernièrement, a regagné beaucoup d’importance. Le monde qui trippe vinyle ne se contenterait vraiment pas d’avoir juste des downloads. Même les CDs. Tu veux la pochette, tu veux le livret, tu veux l’objet. Y a ben des gens qui pensent que le CD va disparaître, mais ça m’étonnerait. C’est vraiment le format idéal.

Penses-tu que le retour du vinyle c’est un effet de mode ou c’est vraiment là pour rester?

C’est là pour rester, mais c’est problématique parce que les tirages sont vraiment trop petits et les prix en général sont plus élevés que ce qu’ils devraient être, dans l’indépendant. C’est malheureusement les majors qui accaparent les usines de pressage un peu partout.

 

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Crédit photo : Gabrielle Touchette

Il y a beaucoup de disquaires indépendants qui ferment leurs portes un peu partout sur la planète. Depuis 1999, vous tenez toujours bon à Montréal. Comment expliques-tu ce succès?

C’est vraiment une question de loyer. Un loyer à Londres, c’est absolument atroce. Il faut vraiment que tu vendes une quantité industrielle de produits pour survivre. Même chose à Manhattan. Il reste pu grand-chose parce les loyers sont juste trop chers. Il y a eu un temps à Montréal où il y en avait encore plus de magasins de disque. On s’en sauve un peu à ce niveau. On mise aussi beaucoup sur l’importance du service. Certains s’en sacrent. Les gens qui travaillent dans certains magasins c’est une bande de zozos désagréables. Y a des magasins qui font vraiment pas d’efforts. Ici, on le fait l’effort.

Comment vous choisissez ce qui se retrouvera en magasin?

On y va selon nos goûts. Avant que le disque sorte, on l’écoute pi si on trouve que ça a du potentiel, on le fait venir. Par contre, si c’est quelque chose qui ne nous plaît pas, on ne le fait pas venir parce qu’on va avoir de la misère à le vendre. C’est vraiment nos goûts qui priment. C’est rare qu’il va y avoir quelque chose sur les tablettes qui ne nous plait pas. Juste parce que c’est plus dur à vendre quand t’aimes pas quelque chose.

Quelle place accordez-vous à la scène locale?

On n’accorde pas spécifiquement d’importance au local, en autant que ce soit bon. Que ça vienne de n’importe où, c’est pas grave.

Est-ce qu’il y a quelque chose qui différencie Atom Heart des autres disquaires indépendants à Montréal?

On met vraiment beaucoup l’accent sur la musique électronique, qui est vraiment sous-représentée dans les autres magasins. Si je dis «classic rock», le magasin spécialisé là-dedans ce serait Aux 33 Tours. Nous autres, c’est plus la musique électronique. Souvent les gens en cherchent dans les autres magasins et si ces boutiques ne l’ont pas, ils vont les envoyer ici. Ce qui est super cool.

Est-ce que vous tenez des produits rares pour les collectionneurs?

On ne met pas le focus là-dessus, mais, par la bande, quasiment tous nos vinyles ce sont des pièces de collection. Les tirages sont tellement petits dernièrement, genre que le disque irait sur le marché pendant deux semaines et ensuite ça devient une pièce de collection. On a plein de 12’’ de techno qui ne sont juste pas vendus ailleurs.

Trouves-tu pertinent et nécessaire d’organiser des évènements pour soutenir les disquaires indépendants comme le Record Store Day?

Je trouve ça le fun, sauf qu’encore une fois, le RSD ça a été envahi par les majors. Ils sortent absolument n’importe quoi. Vraiment, n’importe quoi. Ce jour-là, on commande juste ce qu’on considère intéressant. Ça sert à rien de remplir les tablettes de cochonneries que tu sais qui ne se vendront pas de toute façon.

En terminant, penses-tu qu’il y aura toujours une clientèle pour le format physique?

Pour les gens de mon âge, oui. On a toujours besoin de quelque chose de physique. Moi, acheter des downloads, je vois pas d’intérêt parce que c’est comme si j’achetais de l’air. Écouter des affaires en ligne, sur Spotify ou sur n’importe quoi d’autre, c’est pas pareil comme d’acheter la chose ou de la faire jouer chez soi, de la découvrir tranquillement, de l’apprivoiser pi que ça devienne une partie intégrante de ta vie. Si t’es un vrai fan de musique, tu peux pas te contenter juste d’écouter des streamings. Les jeunes, je sais pas trop ce qu’ils vont penser de ça…

Pour le curieux en toi qui veut faire des découvertes, tu peux rendre visite à Raymond et son équipe qui se feront un plaisir de trouver quelque chose qui sera dans tes cordes. Lâche ton streaming et va voir de vrais connaisseurs qui t’écouteront et te feront découvrir la prochaine chose qui tournera en boucle dans tes écouteurs!

Atom Heart est situé au 364 rue Sherbrooke Est.

Page Facebook.

Vous pouvez vous rendre sur place, ou même faire des commandes en ligne via leur site: atomheart.ca

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