L’élégant Pickpocket’s Locket de Frog Eyes

Frog Eyes

Pickpocket’s Locket

Paper Bag Records

***1/2

580 - copie

Deux ans après la sortie de Carey’s Cold Spring, excellent album paru en octobre 2013, le groupe Frog Eyes revient avec Pickpocket’s Locket, album touchant et inespéré, mais qui finit par manquer d’actualité

Je vais commencer en clarifiant le tout: j’avais vraiment adoré Carey’s Cold Spring, une des meilleures parutions de Paper Bag à ce jour, et j’avais donc des attentes assez forte à propos de ce petit nouveau. Peu de gens espérait cet album après avoir appris peu après la dernière sortie du groupe que le leader et cerveau de l’ensemble, Carey Mercer, était atteint d’un cancer de la gorge. Laissés un peu dans le noir, certains fans, dont je fais partie, ne savaient pas trop à quoi s’en tenir et voient aujourd’hui en Pickpocket’s Locket un petit miracle.

Fidèle à son habitude, Mercer et sa bande livrent  (ici en quatuor avec le retour de sa femme Melanie Campbell à la batterie) leurs sentiments les plus profonds. Thématiques de l’album, selon son créateur: sa vie avec son père, dépendant au speed, mais aussi Dieu et l’artiste allemand Joseph Beuys. L’écriture elle-même représente toute une expérience, puisque Mercer a tout écrit et composé seul avec une simple guitare acoustique, seul héritage de son défunt père.

Si l’aspect émotif séduit, de par son poids et son rendu, le tout est également bien soutenu par des arrangements de cordes et de piano, omniprésents, qui bercent merveilleusement l’auditeur. Sans y être à l’excès, ils viennent plutôt souligner les nombreux passages forts en émotions, déjà chargés rien que par la voix torturée de Mercer.

Là où ça se corse, c’est lorsque l’on se doit de replacer cet album, et surtout ces arrangements dans leur contexte musical actuel. L’album accuse un certain retard sur le reste de l’industrie musicale, nous laissant plus une impression de se retrouver en 2010, et même un peu avant, dans les années de gloire de Modest Mouse et de Feist. Lorsqu’on compare avec certains de ses contemporains, par exemple Beirut, qui lancera son album No no no le 11 septembre prochain, où à des compatriotes comme les New Pornographers, qui figurent sur la courte liste des Polaris 2015, on ressent vite le retard de cette dernière parution.

Au final, Pickpocket’s Locket représente plus un album feel good, qu’on réécoutera souvent cet automne, qu’un jalon majeur de la musique indie canadienne, comme son prédécesseur.

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