Debbie Tebbs: Comme si Xavier Dolan refaisait Mommy

Debbie Tebbs

Re-Up!

Cliché Musique (Universal Music Canada)

****

580

Lorsqu’un album est un succès retentissant autant auprès du public que de la critique, il faut beaucoup d’audace, voire d’aplomb, pour reprendre, peu de temps après sa sortie, la totalité de ses titres et réinventer une formule déjà gagnante.  Entre Up! et Re-Up!, le nouvel opus de la DJ montréalaise Debbie Tebbs, il y a un trait d’union franchement significatif.

Rencontres et mariages

L’intention de l’auteure-compositeure était claire dès le départ: «Ce projet visait à unir plusieurs artistes de musique électronique dont j’apprécie le travail, en les regroupant sur un même album». On peut certainement affirmer que l’univers de la musique électronique au Québec est en grande forme lorsqu’on prête nos oreilles et surtout nos corps à ces rythmes et mélodies savamment amalgamés par des mains de maîtres: Millimetrik (gagnant Album électro au GAMIQ 2014), Biobazar (nomination Album électro ADISQ 2009 et 2014), TSF, Franky Selector, pour ne nommer que ceux-là.

Fruit du travail

Lors de l’écoute d’un disque où chaque pièce est remixée par un artiste différent, il arrive plus souvent qu’autrement que le tout soit difficile à assimiler d’un bout à l’autre. Re-up! est certainement l’exception qui confirme la règle. Les collaborateurs puisent dans leurs influences pour travailler dans le même sens. Le produit de la multiplication des genres enrichit la congruence du résultat de manière puissante. Il est aisé de se laisser porter par la rencontre des courants musicaux, même si les années 80 sonnent souvent à la porte à grands coups de 8 bits. On retrouve autant l’aspect rétro-futuristique des grands-pères de l’électronique du groupe Kraftwerk, que l’impact des synthétiseurs de Daft Punk ou de Justice. Ce mariage emprunte les traits distinctifs de chaque période de l’évolution musicale du genre qui suit le développement fulgurant de la technologie. C’est à la jonction de ces influx que l’album se place (cette zone intemporelle garantira selon moi sa longévité). En plus d’être rythmiquement très prenantes, les mélodies accrocheuses traversent la barrière métallique pour venir nous toucher, un peu comme le fait si magnifiquement le duo TRST.

En somme, l’album de Debbie Tebbs et de ses collaborateurs se savoure autant de manière attentive qu’étourdi par la frivolité d’une soirée entre amis. Saluons l’exploit en décernant quatre étoiles à l’effort et en nous donnant le droit de rêver que Dolan refasse Mommy avec Cate Blanchett.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *