Fringe: regard sur la promotion et les barrières culturelles en musique

J’ai assisté aux deux premières conférences dans le cadre du Festival Fringe présenté par Indie Montréal. La première parlait des barrières culturelles et linguistiques dans les arts. La deuxième parlait de la promotion artistique à l’ère du numérique. Ça se passait au Divan Orange dans une ambiance intime et décontractée.

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Deux panels forts intéressants et pertinents :

18 Juin – Les barrières culturelles et linguistiques dans les arts

Michaël Bardier (Heavy Trip, anciennement avec Dare to Care/Grosse Boite)
Guillaume Déziel (l’Orielle, anciennement le gérant de Misteur Vallaire)
Pat Sandrin (Evenko, anciennement de DKD)
Jean-René Giard (Vue Sur La Relève)

19 Juin – Promotion artistique à l’ère du numérique

Marc-André Mongrain (Sors-tu.ca, Culture Cible)
Isabelle Ouimet (La Royale Électrique)
Pheek – Jean-Patrice Rémillard (Archipel)

Voici donc ce que j’ai pu retenir des conférences et ce qui me semble être un portrait fidèle de la situation actuelle de la musique au point de vue des barrières culturelles et de la promotion à l’ère numérique.

Les barrières linguistiques sont bel et bien présentes. Il y a même une barrière pour les Québécois en France. Il est faux de croire que les Cowboys Fringants faisaient salle comble, à l’époque, en France. Si l’on demande à plein de gens à travers le monde quels groupes de musique ils associent avec Montréal, ce ne sera pas Louis-Jean Cormier, les Cowboys Fringants ou Cœur de pirate… Ce sera Arcade Fire, Godspeed You! Black Emperor et peut-être Céline Dion. Ce sont des artistes qui s’expriment en anglais (OK OK… GYBE! est instrumental, mais ce n’est pas en français). C’est un langage de musique qui parle à des personnes à l’extérieur du Québec, et ce sont aussi des groupes qui essaient véritablement de se vendre à l’international. Il est plus facile de vendre l’anglais que le français. Il y a quelques exceptions avec Malajube qui brillait au festival SXSW il y a quelque temps et Chocolat qui tourne en Europe et qui rejoint des fans. C’est cependant avant tout, un choix artistique plutôt que commercial. Pour ces deux derniers groupes qui chantent en français, la voix est plutôt un instrument et les textes plus difficilement perceptibles que ceux de Vincent Vallières.

(Désolé Malajube, on vous l’a dit souvent, et je suis moi-même écœuré de l’entendre, mais c’est vrai pour une petite partie de vos chansons. Je connais vos textes par cœur…)

(Les textes de Chocolat valent vraiment la peine d’être compris. Jimmy, t’as une criss de belle plume)

Est-il pertinent de vouloir exporter de l’art qui ne parle pas aux autres cultures? Certains pensent que oui, certains pensent que non. Une chose est sûre, cet art rejoindra une plus petite partie de la population à l’extérieur de son pays de création à cause de la barrière linguistique. Il n’y aura que les early adopters et les curieux de la musique, ceux qui sont en constante recherche de découvertes musicales. Le cas de la musique montréalaise, est bien particulier. Bien que l’on entende souvent l’expression le son de Montréal, il n’y a pas véritablement de son propre à Montréal. C’est une diversité qu’il y a. En marketing des arts et de la culture, on dit qu’il faut miser sur le côté unique du produit. Or, il n’y a pas tant de côté unique au point de vue du son à Montréal si ce n’est que dans la diversité. La promotion devient alors une histoire de cas par cas. La barrière linguistique peut donc être un obstacle ou une opportunité, mais au final, il faut savoir s’adresser aux personnes pouvant être sensibles à l’art francophone. La popularité de Stromae à Toronto et à New York est explicable par son marketing monstre, l’accessibilité de sa musique, l’originalité présente, mais modérée et le potentiel radiophonique. Pour les groupes émergents, il faut communiquer avec les communautés potentiellement sensibles à ce qu’ils font. Il faut oser se promouvoir, mais aux bonnes personnes et il faut bien le faire.

Gratuite la musique?

Internet, streaming, réseaux sociaux… on a tous déjà entendu le discours. Pourquoi s’acharner à combattre la gratuité de la musique? Pourquoi être contre l’accessibilité que la technologie fournie? Tant de questions, tant d’opinions. Certains croient que la musique doit être gratuite, car après tout, c’est de l’art et les raisons de la création de la musique sont la réalisation de soit et le plaisir que l’on en retire. À ce moment-là, comment faire de l’argent avec la musique? Personne n’a la réponse, mais tous s’entendent pour dire qu’il y a quand même moyen d’en faire un peu. Les défis sont les mêmes pour la musique live et la musique électronique, mais leur point de vue est différent. J’ai l’impression que les gens issus de la musique live, contrairement aux artistes électroniques, sont plus réticents face à la technologie sur cette question.

Pour ce qui est de la promotion de la musique, on parle beaucoup de réseaux sociaux. Cela permet aux artistes de se promouvoir eux-mêmes à peu de coûts. Avec les évènements facebook, les tweets, les instagrams, etc; tous sont capables de se promouvoir, autant bien que mal. Il y a cependant un problème qui apparait: Se retrouver noyer parmi la masse d’artistes et d’évènements. Il est donc plus difficile de se démarquer. On dit souvent qu’il est important de parler directement à ses fans et de leur fournir du brand content. Dans cette nouvelle industrie numérique qui grandit en parallèle à l’industrie traditionnelle, l’amateur de musique se retrouve submergé d’informations et s’y perd facilement. Il est donc important d’avoir ce que l’on appelle des gate-keepers. Ce sont les blogues, le bouche à oreille, les algorithmes qui suggère des artistes semblables à ceux que vous aimez, les festivals ainsi que les maisons de disques. Ce sont des sources d’informations auxquelles on fait confiance et qui sont pour nous, endosseur de qualité ou d’une certaine esthétique. Ces gate-keepers sont de plus en plus importants étant donné la démocratisation de la production de musique. Il y a davantage de musique. Oui il y a plus de mauvaise musique, mais il y a aussi plus de bonne musique. Certains artistes savent se promouvoir et d’autres, pas du tout. Il faut donc des filtres avec différents critères pour faire découvrir et pour promouvoir les artistes. C’est le meilleur moyen pour les artistes indépendants d’atteindre un public susceptible d’aimer ce qu’ils font.

Le but premier de la promotion de la musique: conquérir un public fidèle. Il faut qu’ils se fassent connaître du public. Pour les groupes de musique, cela signifie faire des bons spectacles (bouche à oreille), inviter d’autres groupes à assister à des spectacles (pour ensuite faire leur première partie), réseauter et faire de bons communiqués de presse. Pour les artistes électroniques, cela signifie faire de bons DJ set (bouche à oreille), réseauter beaucoup, être bon avec les réseaux sociaux (Soundcloud surtout) et chercher l’approbation d’autres artistes,  de salles où ils arrivent à jouer ou de labels. Il ne faut pas qu’un artiste ait son propre logo et sa propre image de marque avant d’avoir composé de la musique. La musique avant le marketing s’il vous plaît!

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