Choses Sauvages: un piment sur le sundae

La barmaid me demande si je veux de la sauce Tabasco dans mon verre et j’en reprends autant qu’il en faut pour couronner César. Il est l’heure dite, mais les chaises du Divan Orange manquent de fesses et le plancher de danseurs. J’attends les «attendings» du plateau double offert par le festival FringeMehdi Cayenne Club et Choses Sauvages.

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C’est Mehdi qui ouvre le bal comme s’il sortait d’une boîte à musique crinquée par lui-même. Comme les clowns qui nous sautent au visage, le leader du groupe nous balance son énergie étincelante et affiche une extase pleine de dents qui est non sans rappeler Freddie Mercury. Sans le coiffer de la même aura que le roi de Queen, on peut affirmer que ce corps nerveux perché sur la pointe des pieds couvre un beau feu qui se fait de plus en plus rare dans le paysage québécois actuel.

Musicalement, les pièces étonnent par leur imprévisibilité. Les fins de chansons abruptes et les nombreuses cassures d’ambiances s’enchaînent avec autant de génie que de maladresse. Le mariage houleux entre la groove et le bourdonnement reste difficile à suivre. Les textes rimant parfois avec prévisible font autant appel au désir amoureux qu’à celui de se défaire de son ego et notre conscience l’en remercie.

Wild things 

Le groupe Choses Sauvages ne se fait pas attendre et monte sur scène peu après la sortie du Cayenne Club de Mehdi. La horde a tellement de pédales d’effets qu’en les vendant ils pourraient vivre plusieurs mois en Indonésie.

C’est tout de même derrière cet arsenal d’instruments qu’ils démontrent la vraie valeur de leur talent. Les mélodies sont biens ficelées, les arrangements impeccables: je danse. On a droit à un fin mélange de funk et de pop poivré au rock manié par des musiciens qui s’échangent les instruments en de grands élans de polyvalence. On pourrait revivre la fièvre du disco si  ce n’était des chemises boutonnées jusqu’à la retenue. Le paradoxe entre musique qui appelle à la danse et public timidement froid laisse perplexe, mais personne n’est à blâmer dû au complexe de la chose. Côté textuel, les paroles «in english» m’allaient jusqu’à ce que les membres s’adressent à nous en français. Me reviennent alors ces vieux débats nouveaux sur cette langue que je finis par tourner sept fois: il faut laisser à Péladeau ce qui revient à Péladeau.

La soirée passe vite et bien, sans trop d’ambiance toutefois. Le festival Fringe se rapproche de la clôture et laisse derrière lui beaucoup de marginalité et de découvertes. On les remercie pour l’audace et espère que la programmation pour la prochaine année ait autant sinon plus de Tabasco.

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