Philémon Cimon fait l’amour au cinéma

Si le concierge de l’hôtel hanté du film The Shining avait à décrire l’énergie empreinte dans les murs du Cinéma L’Amour comme il fait remarquer à Danny que l’odeur du pain brûlé survit à la tranche, il utiliserait probablement des termes aussi imagés. Pour ce qui est de l’amour retrouvé, on le voit défiler coin Saint-Laurent, Duluth jusqu’à Saint-Dominique pour le concert affichant complet de Philémon Cimon avec le quatuor Molinari.

Photo: Jean-Philippe Sansfaçon

Photo: Jean-Philippe Sansfaçon

On entre tous, curieux, dans cet espace baigné d’une forte odeur saline qui finit presque par goûter lorsque mariée à l’humidité. L’atmosphère du lieu et le concept du concert sont en parfaite osmose; la table est mise pour qu’on découvre les pièces de l’artiste.

C’est sur un siège, que l’on regrette en tissu, qu’un nuage de fumée nous apporte Philémon Cimon et ses musiciens. Les chansons se suivent comme si elles provenaient d’une même veine. Il y va de confessions en lien avec aimer trop ou pas assez jusqu’à avoir «peur d’être heureux». Les textes truffés de perles gagneraient à être livrés par une bouche musclée d’exercices de diction.

 

Photo: Jean-Philippe Sansfaçon

Photo: Jean-Philippe Sansfaçon

Ils sont portés par une voix comparable à celle de Mathieu Bérubé dans le timbre et la rondeur, et se distingue par un aplomb qui fluctue en accord avec l’intensité de la musique. On a droit à de belles envolées grâce aux arrangements de cordes qui donnent un air grandiose aux ballades lorsque le tout ne fait qu’un avec les deux guitares, la basse et la voix d’une jeune choriste.

L’entracte me sépare de plus en plus d’une bonne nuit de sommeil, mais me renvoie à mon siège une vingtaine de minutes plus tard pour retrouver cette scène qui est désormais agrémentée d’un nouveau jeu de lumières. Les ombres créées sont envoûtantes et semblent vivre d’elles-mêmes sur cet écran blanc qui en a vu d’autres. La suite des choses est non sans rappeler la première partie du spectacle, mais il convient d’avouer que le choix des pièces se veut plus entraînant. L’humour particulier de Philémon se prend très bien entre les titres qui mériteraient plus de justesse sur le plan vocal et guitaristique.

Photo: Jean-Philippe Sansfaçon

Photo: Jean-Philippe Sansfaçon

Le public réagit fortement lorsque la dernière chanson résonne en ce lieu mythique: Philémon Cimon et le Quatuor Molinari ont réussi à rendre un peu d’amour à ce cinéma maudit qui fût jadis un théâtre moins collant.

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