Critique de l’album Everyday Robots de Damon Albarn

Le prolifique Damon Albarn revisite son passé dans un tout premier album solo qui est teinté d’electronica, tout en restant très organique, humain et sensible.

damon-albarn-everyday-robotsCela fait plus de 20 ans que Damon Albarn fait de la musique dans l’œil du public. Il a été au sein de nombreux groupes et collectifs au courant de sa carrière : Blur, Gorillaz, The Good, The Bad & The Queen, Rocket Juice & The Moon, Africa Express, etc. Il a même coécrit l’opéra Dr. Dee. Cela dit, 2014 marque la toute première fois où celui-ci lance un album sous son propre nom. Il affirme lui-même qu’il n’avait jamais pensé que ça allait arriver un jour. Il adore jouer dans des groupes et ne se voyait pas comme un artiste solo. Comment ce projet s’est-il alors concrétisé ? C’est au courant de l’hiver dernier alors qu’il était en studio avec Bobby Womack (Damon a coproduit son album) que ce dernier expérimentait des trucs à temps perdu. Son bon ami et boss de XL Recordings, Richard Russell, était derrière la console. Rapidement, ils se sont retrouvés avec plusieurs démos intéressantes. Se demandant avec qui et comment l’artiste allait porter ce nouveau projet à terme, le producteur a alors confié à Damon qu’il avait envie de le produire en tant qu’artiste solo. Damon, qui affirme avoir toujours subconsciemment voulu éviter ça, a finalement décidé d’y réfléchir. Après mûre réflexion, il s’est dit que si l’album devait porter son nom, il devait faire quelque chose de très personnel et qui allait musicalement s’éloigner de tous ses projets précédents.

Après avoir annoncé ses intentions à Richard Russell, ils se sont retrouvés au studio 13 dans le West London pour composer et enregistrer ce qui allait devenir Everyday Robots. Leurs rôles respectifs étaient clairement définis : Richard allait agir à titre de producteur et Damon était l’artiste. Pour la première fois depuis longtemps, Damon se concentrait uniquement sur la musique et confiait toutes les tâches studio à quelqu’un d’autre sans s’en mêler.

Finalement paru en avril 2014, le produit final est une œuvre sombre, intime et paisible. Des influences electronica, indie rock et de world music s’entremêlent habilement sur une trame généralement délicate. Sur une période de 46 minutes, l’ancien leader de Blur revisite différentes périodes de son passé.

Ce qui saisit de prime abord lorsqu’on écoute l’album, c’est le ton très posé, délicat et intime qu’on y retrouve. Les trois premières pièces (Everyday Robots, Hostiles, Lonely Press Play) incarnent cette énergie à la perfection. L’album se démarque de ce que Damon Albarn offre habituellement par sa proximité. On a carrément l’impression d’être assis à côté de lui en studio tout au long de cet opus. Cette intimité donne beaucoup de chaleur. Et contrairement à Blur et Gorillaz où on avait l’habitude de voir le principal intéressé en pleine possession de ses moyens, on le retrouve ici sensible, vulnérable et esseulé. Le tout est livré sur un fond de musique electronica, tantôt organique, tantôt synthétique.

Damon est maintenant âgé de 46 ans et il semble prendre du recul sur ce qu’il a accompli jusqu’à présent. Cela se reflète sur l’album. Il offre une musique douce, épurée et plutôt sombre. Cela dit, malgré son ton lourd, on s’y sent bien. C’est comme si on avait mélangé un peu de Lou Reed avec des influences de Flying Lotus et de Ghostpoet. Les chansons réussissent à créer des atmosphères flottantes et légères.

Ce qui crée en partie la magie d’Everyday Robots, ce sont les histoires personnelles derrière les chansons. Elles donnent une dimension très humaine aux morceaux. Par exemple, sur Mr. Tembo, Damon Albarn a été inspiré par un voyage qu’il a fait en Tanzanie. Il allait rejoindre des amis et ceux-ci avaient décidé d’héberger temporairement un bébé éléphant, nommé Mr. Tembo, dont la mère avait été tuée récemment par des braconniers. Lors d’une soirée où il s’est retrouvé seul avec le pachyderme, il a pris son ukulele et a improvisé une chanson pour lui. L’animal l’observait et le reniflait avec sa trompe. À la fin de la chanson, l’animal se serait déféqué dessus (!). Au milieu de l’album, il revisite ses années où il consommait de drogues dures. The Selfish Giant parle d’une nuit en Écosse alors qu’il était en tournée avec Blur en 1996. De manière encore plus crue, dans You and Me, il y va encore plus en profondeur en relatant ses expériences avec l’héroïne. Sur Photographs (You Are Taking Now), il parle d’un évènement qui a eu lieu en 1999 à Devon alors que des milliers de gens s’étaient réunis pour prendre en photo un phénomène naturel qui n’a finalement pas été perçu. Les milliers de flashs d’appareils photo réunis ont créé à eux seuls un phénomène en soi qui a marqué Damon. Sur Hollow Ponds, il redécouvre certains lieux qui ont marqué son enfance. Bref, les exemples sont nombreux. Chaque ligne de l’album a été vécue et, par la suite, écrite avec attention.

Il est également intéressant de voir la manière dont l’album a été fait. Il est léger, mais a été fait avec le souci du détail. Il est séparé en trois parties par deux interludes (Parakeet et Seven High), ce qui rend le tout encore plus facile à digérer. Il est aussi intéressant de voir comment les effets et percussions ont été utilisés pour créer des atmosphères légères et flottantes. Par exemple, les percussions recréent l’effet de battements cardiaques ralentis sur You and Me, ce qui crée l’ambiance lourde et tout à fait appropriée. Des effets de bruits d’eau sont aussi trouvés un peu partout au courant de l’album. On les retrouve notamment sur Hollow Ponds et The History of a Cheating Heart. Ils ajoutent de la légèreté et quelque chose de réconfortant. D’ailleurs, le thème de l’eau est omniprésent, que ce soit dans les sonorités, les paroles ou même les titres de chansons. Damon raconte qu’il allait souvent s’isoler dans sa demeure à Devon, près de la mer. Cette dernière l’inspirait beaucoup lorsqu’il se retrouvait pris de court avec des paroles incomplètes.

Au final, Everyday Robots est une œuvre réussie où on peut voir Damon Albarn sous un autre jour. L’ensemble de l’aspect humain, la douceur, la musique plus épurée (mais variée) et les détails bien placés en font un opus franchement bien monté et plutôt fascinant. C’est un album qui charme par sa finesse. Cela dit, ceux qui ont aimé cet artiste pour sa flamboyance et ses artifices vont peut-être rester sur leur faim. Damon se montre encore prolifique et efficace, digne de l’artiste qu’il est : quelqu’un qui sait se réinventer et rester pertinent au fil des ans.

1 comment on “Critique de l’album Everyday Robots de Damon Albarn

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