[critique] Critique de l’album St. Vincent de St. Vincent

Plus que l’album de la consécration, St Vincent est l’album de l’assermentation.

st-vincentSur la pochette de ce quatrième album, intitulé simplement St. Vincent comme son alias, Annie Clark est majestueusement assise sur un siège blanc, avec un regard qui transperce le nôtre, comme si elle était en train de nous dire qu’elle a obtenu ce que Cersei Lannister convoite le plus à King’s Landing : le trône de fer (note du rédacteur en chef : si vous n’avez pas vu Game of Thrones, c’est le temps de s’y mettre). C’est que Clark trône au sommet de son art. Si avec Strange Mercy elle se plaçait comme forte prétendante, avec ce 4e album, elle est officiellement la nouvelle reine de l’indie-rock.

La carrière d’Annie Clark, alias St. Vincent, n’a toujours fait qu’être ascendante. À chaque publication, à chaque album, elle a gagné en maturité, en confiance, elle a réussi à mieux coucher ses idées sur des pistes audios.

Depuis ses débuts en 2007 avec Marry Me, on a vu une belle évolution avec Actor en 2009, puis c’était déjà une quelconque consécration en 2011 avec son Strange Mercy qui lui a valu tant de belles critiques et de nouveaux fans.

Ce quatrième effort l’amène encore plus haut. Ce disque, produit une fois de plus par celui qui a travaillé sur Actor et de Strange Mercy, John Congleton, c’est aussi le premier sur un grand label, délaissant 4AD pour une filiale d’Universal, Republic/Loma Vista. Et la grande production s’entend. C’est grandiose. C’est beau, c’est laid, c’est chaud, c’est froid, c’est saccadé, c’est doux, et pour toutes ces raisons, c’est parfait.

Ce qui frappe le plus avec St. Vincent, ce sont ses mélodies incongrues. Un peu comme le fait si bien Björk depuis des années, elle nous challenge avec des chansons, des mélodies hors de l’ordinaire, mais construites avec une attention aux détails très particulière. C’est le cas d’ailleurs sur le simple Birth In Reverse, très upbeat, électro, où elle nous chante des belles paroles comme « another ordinary day. Take out the garbage, masturbate. »

Après cette orgie de riffs de guitare à la St. Vincent, on nous amène complètement ailleurs, avec la plus douce Prince Johnny, riche et belle de par sa chorale en arrière-plan et son rythme lent et vraiment senti. « I knew the groove needed to be paramount, disait-elle dans un communiqué. I wanted to make a party record you could play at a funeral ». Cette pièce, la 3e de l’album, en fait foi parfaitement.

Ce qui est fort avec ce disque, comparativement à ce qu’elle a fait précédemment, c’est d’avoir su délaisser un peu cette tendance à trop vouloir en faire. Ici, sans perdre en intensité, on a été un peu plus méticuleux avec les arrangements, plus précis, au lieu de tout lancer dans le mix. Un procédé qui lui a valu du grand succès, certes, mais ici on a simplement été plus minutieux, avec un son particulièrement épuré. Ce qui n’empêche pas une pièce comme Bring Me Your Loves d’être complètement débile dans son utilisation d’un son électronique à profusion et d’en faire une de ces mélodies weirds, mais accrocheuses. Plus on l’écoute, plus on remarque des petites choses, des nouveaux éléments. Comme un bon Final Fantasy (note du rédacteur en chef : si vous n’avez jamais joué à Final Fantasy, c’est aussi le temps de s’y mettre), ce disque de St. Vincent a une valeur de réécoute presque infinie.

Plus que l’album de la consécration, St Vincent est l’album de l’assermentation.

God save the (new) queen!

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