« Quand le troupeau va à gauche, je vais à droite. » Entrevue avec Kevin Thompson

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Six ans après nous avoir offert son premier album, Kevin Thompson, désormais soutenu par Audiogram, renait de ses cendres avec Les roses. Résultat d’une suite de hasards envoyés par la bonne étoile de Thompson, cet album sans prétention, dénué d’artifices et de flaflas, a été réalisé par Pierre Marchand (Les sœurs McGarrigle, Sarah McLachlan, Rufus Wainwright). Sur ce premier album en français réalisé par Marchand, on entend un folk pop amoureux et mélancolique. Des textes quelques fois maladroits, mais extrêmement sentis. On a posé quelques questions à l’artiste qui sortait hier sa musique des boules à mites.

Ça fait un bon bout de temps que tu n’avais pas produit de nouveau matériel. Qu’est-ce qui fait en sorte que tu présentes Les roses aujourd’hui?

Cet album-là est un ramassis des cinq dernières années. Pendant ce temps-là, j’ai fait une tournée; quelques premières parties de Marie-Pierre Arthur et Karkwa. J’ai eu le temps d’explorer le plaisir que j’avais sur scène et de vivre le creux qui a suivi, alors que j’ai dû briser mon premier contrat et me retrouver devant pas grand-chose. J’ai travaillé sur les albums des autres et je n’ai pas occupé mon temps à m’en aller vers un nouvel album. Ça s’est passé vraiment par hasard.

Comment fait-on pour faire un album par hasard?

J’avais un rendez-vous avec un ami au studio de Pierre Marchand. Au Québec, tout le monde veut enregistrer là. C’est LA place. Arcade Fire a, entre autres, enregistré là-bas. Ce n’est pas rien! Comme mon ami était en retard, je me suis retrouvé à faire quelques-unes de mes chansons devant Pierre pour combler le temps. Marchand est vraiment un gentleman. Il m’a écouté, il était ouvert et on a développé une belle complicité.

 À quoi ressemblait ta musique à ce moment-là?

Un peu à ce qu’on retrouve sur l’album au bout du compte parce qu’on a vraiment conservé l’essence de chaque pièce. C’est un album très pur. En fait ce sont des chansons très personnelles. Mon père venait de mourir. Je n’avais que des chansons tristes, pas vraiment évocatrices de succès radios. J’ai vraiment l’impression que mon père a été un élément central de cet album-là. C’est lui qui m’a encouragé à faire de la musique. Je ne suis pas très ésotérique, mais j’ai quand même le sentiment qu’il a donné son petit coup de baguette magique d’en haut. Beaucoup de personnes ont voulu une place auprès de Pierre Marchand dans leur vie et j’ai souvent du mal à m’expliquer ce qui a fait en sorte que ça a été moi. Malgré ça, je dois dire qu’on est vraiment sur la même longueur d’onde; on s’est compris tout de suite.

Qu’est-ce qui distingue ton album actuel de ce que tu faisais il y a 6 ans?

C’est cliché, mais je dirais que c’est plus mature. Quand tu es jeune, tu es beaucoup dans le « paraître ». Ici je délaisse les artifices. J’ai un petit gars, des responsabilités. Je dois vivre une vraie vie et mon album est le miroir de ça. Quand j’étais jeune, je voulais montrer l’étendue de mon talent. Aujourd’hui, je suis seulement un humain qui a envie de parler aux autres humains.

La très belle pièce La rose est interprétée en duo avec la talentueuse Martha Wainwright sur ton album. Qu’est-ce qui t’a amené vers cette collaboration?

Je me suis dit : si je peux donner un petit coup de main à sa carrière je vais le faire (rire). Non, sans blague, elle est un peu « dans la grande famille » de Pierre Marchand et elle a le même cœur musical que moi. Je dois dire qu’on aborde la musique exactement de la même manière; sans artifices. C’est une artiste tellement vraie, à fleur de peau, sensible. Elle a du talent, mais ce n’est pas une question de talent, c’est une question d’attitude. Elle est vraiment une très bonne personne. Elle a entendu la chanson et elle a voulu y chanter.

En quoi ton album se distingue de ce qui se fait actuellement sur la scène québécoise?

Les gens sont beaucoup dans l’orchestral. C’est très fréquent qu’on utilise des cordes, les violoncelles et tout. Sinon, la tendance est vraiment à l’électro. De mon côté, je demeure dans la simplicité. J’ai la tête dure. Quand le troupeau va à gauche, je vais à droite. Je suis un peu mal pris ces temps-ci parce que je porte la barbe et c’est redevenu à la mode. Je crois que je n’aurai pas le choix de la faire couper!

Quels artistes d’ici voudrais-tu nous faire découvrir ?

J’aime beaucoup Catherine Leduc, qui n’est plus de Tricot Machine et qui voyage en solo. C’est excellent ce qu’elle fait. Anthony Roussel, que je trouve très impressionnant et aussi Guillaume D’Aou, qui a sorti un album cet été et dont on n’a pas assez parlé.

 Le lancement de Kevin Thompson aura lieu à la Sala Rossa, aujourd’hui à 17h.

Kevin Thompson – La rose (avec Martha Wainwright) from Audiogram on Vimeo.

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