Les 5 meilleurs albums rap de 2013

#5  The Underachievers – Indigoism

The-Underachievers-Indigoism

Il semble que trois moules différents aient sculpté la quasi-totalité des artistes rap à avoir réussi à émerger depuis 2009. Le premier moule est celui du rap classico-nostalgique des années 1990 (Joey Bada$$), le deuxième est celui de l’artiste agressivement bizarroïde et souhaitant l’être (OFWGKTA) et finalement, le troisième est celui de l’after-party rap, généralement ankylosé sous l’effet de la codéine, (A$AP).

Chez The Underachievers, l’exploration sérieuse et réfléchie des perceptions ressenties à l’intérieur du mysticisme psychédélique cultivé par les deux rappeurs se rapproche d’un cheminement plus cartésien.

Cela place le groupe à l’extérieur des moules évoqués plus haut et à l’intérieur du top 5.

 

#4 Earl Sweatshirt – Doris

C’est le plus haut niveau d’écriture que le rap ait atteint en 2013. Earl fait preuve sur Doris d’une capacité prodigieuse à manipuler habilement un vocabulaire dense lui permettant d’exprimer efficacement sa résignation envers le présent, ainsi que son pessimisme envers l’avenir.

« From a city that’s recession hit/ Where stressed niggas could flex metal with pedals to rake pennies in. »

Doris est l’image d’un moment de réflexion qui s’arrête sur le présent, et qui s’arrête sur la quatrième place de ce palmarès.

 

#3 Kevin Gates – The Luca Brasi Story

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Avant 2013, Kevin Gates était relativement inconnu à l’extérieur de Bâton Rouge et de la Louisiane, mais il suffit d’écouter IHOP pour comprendre pourquoi, à 27 ans, cet homme mérite notre attention.

Sur ce dernier argument de Luca Brasi Story, Gates présente dans un rap a cappella, l’histoire d’un homme qui survit à une tentative d’assassinat pour exécuter sa vengeance. La pièce de Gates ne s’attarde toutefois pas sur la glorification d’une invincibilité personnelle, mais sur la perte de contrôle émotionnelle. Une sensibilité d’un déterminisme glacial, qui résume bien l’album.

La troisième place, parce que c’est la trame sonore idéale pour se réveiller avec une tête de cheval dans son lit.

 

#2 Run the Jewels – Run the Jewels

Run-The-Jewels-Cover

Killer Mike et El-P nous sortent un deuxième excellent album en autant d’années. Les deux hommes arrivent sans problème à démontrer qu’il est possible de vieillir et de peaufiner son art, en l’inscrivant à la fois dans la grâce et dans la férocité.

Malgré leurs 38 ans, les deux rappeurs, ne montrent aucun signe de faiblesse ou de relâchement. Au contraire, Mike et El-P semblent se plaire à continuer d’effectuer des tours d’honneur, volant la vedette aux plus jeunes et taxant au passage leur argent de poche ainsi que leurs collations.

Un album à la gloire des hasbeens et une méritée deuxième place.

 

#1 Chance the Rapper – Acid Rap

Chance-The-Rapper-Acid-Rap

L’oreille du critique cherche souvent l’anti-traditionalisme et la rébellion créative. Acid Rap ne se démarque toutefois pas en particulier par son caractère innovateur, subversif ou par son ambition.

Acid Rap, c’est une goutte d’optimisme qui fait déborder un verre d’anxiété. Loin de la déclaration de grandeur, on tombe ici dans l’exaltation candide. Acid Rap est une brillante composition de réalisme, une méditation pour trouver l’oasis au milieu d’un Chicago surnommé Chiraq.

Paranoïa (la deuxième moitié de Pusha Man) est un hymne anti-été, la saison où le soleil fait peur, où les jeunes traînent dans les rues et où les gens se font abattre. La saison où Chancelor Bennett en vient même à réfléchir « what’s worst between knowing it’s over or dying first ».

On pourrait croire que le jeune homme est sur le point de céder, tandis qu’il s’apprête pourtant à nous balancer le jazz-rap, à la fois nostalgique et festif, de Cocoa Butter Kisses.

Chance nous livre un album hanté par la mémoire de Rodney Kyles Jr., un ami poignardé à mort devant les yeux du jeune rappeur, mais cela ne l’empêche toutefois pas de prendre deux minutes et demie pour nous rappeler que « there ain’t nothing better than falling in love ».

C’est une lucidité tentant désespérément d’apprécier la vie tout en comprenant la vulnérabilité de celle-ci face à la mort. C’est aussi la première place de ce top.

 

Mentions spéciales

Kanye West – Yeezus

Yeezus n’est en mon sens pas une réussite (peut-être le 11/12 album rap de l’année selon moi), mais il aura permis à beaucoup de gens une première rencontre avec une forme de rap plus expérimentale. Juste pour ce rôle ambassadeur, je tenais à lui donner une mention spéciale.

Dead Obies – $ud $ale

Il y a eu le rap français de Dubmatic, le rap créole de Muzion, le rap américain de Sans Pression, mais depuis 2012/13 j’ai l’impression qu’avec le mouvement piu piu et avec des groupes comme Loud x Lary x Adjust et Dead Obies, Montréal a enfin trouvé un son qui lui est propre.

$ud $ale est le meilleur album de rap sorti de cette nouvelle scène musicale montréalaise. Mention spéciale !

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