Critique de l’album Shangri La de Jake Bugg

Lors de la parution de son premier album homonyme il y a à peine un an, Jake Bugg a porté plusieurs chapeaux: nouveau Johnny Cash, réincarnation de Bob Dylan ou frère spirituel de Noel Gallagher.

Du haut de ses 18 ans et avec le minois d’un membre de One Direction, il portait alors sur ses épaules les cinq derniers siècles de l’histoire du folk. Les critiques ont été élogieuses ou acerbes : sa voix claire et criée depuis le fin fond de ses poumons plaît ou ne plaît pas. C’est toujours le cas.

Shangri La (une oasis de verdure luxuriante et d’eau vive selon Wikipedia) amène un son plus travaillé. Le prodige du folk britannique a traversé l’océan pour enregistrer son album avec Rick Rubin à Malibu : un mélange de force vocale, de poésie et d’une maturité telle qu’on en ignore la provenance.

Sa mélodie nous porte quelques fois en dehors de l’espace et du temps. 2013 n’existe plus et on se croirait en 1970 devant un Don McLean en pleine ascension. Certes le timbre nasillard de sa voix ne procure pas le même frisson de plaisir à tous ses auditeurs, mais il est impossible de nier l’impression que cinquante ans d’âge habitent ce son. Les yeux fermés, jamais tu ne te douterais qu’il est né en 1994.

À l’amorce de ce nouvel opus, Jake met en valeur son habileté à lancer des mots en rafales comme il  le faisait si bien sur la pièce Lightning Bolt dans son premier album. La première pièce, There’s a Beast and We All Feed It, donne le tempo : 1 minute et 43 secondes bien comptées de critique de la société qui ne profite pas assez de ce qu’elle a entre les mains. Slumville Sunrise et What Doesn’t Kill You poursuivent la liste avec le même type de rythmiques saccadées.

Jake nous offre ensuite un folk blues velouté avec deux ballades envoûtantes à la Simon and Garfunkel : Me and You et A Song About Love. Si le poil de vos bras ne s’énerve pas en écoutant la version live de A Song About Love (la version sur l’album est moins convaincante) au moment où il hurle carrément «Is that all you wanted? Song about love?» pour revenir tout de suite au murmure en disant «I just want to find where you are», et bien, vous n’êtes probablement pas humain.

Messed Up Kids, plus mouvementée, nous donne un moment pour reprendre nos esprits entre ces deux touchants textes.

All Your Reasons et Kitchen Table suivent avec des textes extrêmement matures où Jake aborde les amours épuisés et compliqués dans un rock langoureux teinté de jeux de guitares impressionnants et animé de l’esprit de Fleetwood Mac. Entre les deux, Kingpin, un country rock (sur lequel je peux danser en boucle pendant plusieurs minutes pour me défouler) a vraiment tout pour vous remettre sur pied.

Pine Trees suit avec une mélodie accrocheuse et douce, juste avant Simple Pleasures, ma pièce favorite de l’album qui débute sur quelques notes de guitare enveloppantes pour dériver vers un son spasmodique en crescendo. Le jeu des rythmes et le texte très lucide par rapport aux plaisirs simples en font une pièce incontournable.

L’album se clôture sur une voix et une guitare que l’on imagine sur le balcon d’une maison de campagne, avec la pièce Storm Passes Away. L’image de Johnny Cash n’a jamais été aussi claire qu’à ce moment.

On sent davantage les multiples influences folk, rock et country de Jake Bugg sur Shangri La, ce qui en fait un album plus diversifié et plus complet que le premier album à la pop folk léchée. Ses mains de maîtres sur la guitare ne font jamais défaut.

Et même si en entrevue et sur scène Jake Bugg possède un charisme équivalent à celui d’un pot de yogourt, j’aime penser que c’est parce qu’il est concentré à donner le meilleur de lui-même… musicalement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *