Mark Lanegan – Blues Funeral [2012]

gonjasufi.muzzleMark Lanegan
Blues Funeral

4AD
États-Unis
Note : 8/10

La différence entre un chanteur et un crooner se traduit par la richesse d’une voix. Sur une scène, un crooner n’a pas besoin d’instruments ou de paroles. Pour lui, la musique et les vers ne sont que de discrets accompagnateurs vocaux. Quand Jim Morrison prenait un micro, les musiciens des Doors devenaient des adjudants. Mark Lanegan n’est pas Jim Morrison, mais il est lui aussi un crooner. C’est pour cette raison qu’il a su poser sa voix sans problème sur différentes harmonies pendant près de trente ans de carrière. Dans Blues Funeral, son septième album solo, le gaillard des Screaming Trees et Queens of the Stone Age se fait plaisir et change son registre pour qu’on l’entende enfin chanter.

L’artiste renoue avec sa carrière solo après une pause de huit ans, dans laquelle il a concocté trois albums avec Isobel Campbell, la belle de Belle and Sebastian. Le mariage musical des deux artistes avait insufflé une nouvelle dynamique à la carrière de Mark Lanegan. Étiqueté comme un rocker invétéré, il a réussi, grâce au succès de son duo, à s’éloigner de ses racines grunge et à courtiser les scènes soul et indie. Blues Funeral est la suite logique à cette relation.

Ce disque représente un nouveau chapitre dans la carrière du goualeur populaire. Les claviers, synthétiseurs et boîtes à rythmes deviennent monnaies courantes, tandis que les guitares grasses se font moins présentes. L’artiste renie pourtant un changement dans sa vision musicale. En entrevue, il a affirmé que ses goûts musicaux sont restés sensiblement les mêmes depuis ses beaux jours dans les Screaming Trees. Pourtant, on sent que son expérience musicale avec Isobel Campbell est pour quelque chose au changement de registre. Blues Funeral n’aurait pas pu apparaître à un autre moment dans la carrière du chanteur à la voix rauque. Ode to Sad Disco a l’âme d’une pièce de piste de danse, et le récital de Mark Lanegan, sur cette pièce, est bien plus lyrique qu’autrefois.

Ce changement qui peut paraître étrange et dangereux pour certains – on se souviendra de Chris Corneil et son disque produit par Timbaland –  avantage pourtant la voix particulière de Mark Lanegan. Avec son timbre rauque et grave,  l’Américain sonne comme un Leonard Cohen qui aurait abusé de quelques verres, mais qui se garderait quand même une petite gêne pour ne pas tomber dans les chaussures de Tom Waits. Sur Blues Funeral, on écoute en silence et avec attention Mark Lanegan, qu’il soit dans un cabaret jazz ou dans la cour d’un quelconque groupe indie. Dans Bleeding Muddy Waters, par exemple, l’artiste s’envole pendant six minutes sur une mélodie blues et ne démontre aucun talent pour le métier de parolier. Pourtant, on l’écoute jusqu’au bout, et seulement pour l’écouter crooner.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *