Sigur Ros – INNI [2011]

sigur.ros-inniSigur Ros
INNI

XL Recordings/Krunk
Islande
Note : 7/10

Tout est noir. On commence à entendre les échos d’une foule applaudir et crier. Mais tout semble loin, très loin. Des images apparaissent à l’écran, indescriptibles. Tout à coup, la silhouette d’un homme, armé d’une guitare et d’un archet. Seul, dans la pénombre quasi claustrophobique. Du bruit, intense, fort. Puis, tout à coup, une ligne de basse, reconnaissable entre toute, fait son apparition. C’est la pièce Svefn-G-Englar, tirée du fabuleux Ágætis Byrjun. Vous l’aurez deviné, il s’agit du groupe Sigur Ros.

Les islandais viennent de lancer un DVD ainsi que deux disques live, le tout présenté sous le titre Inni. On peut évidemment s’en réjouir, avant toute critique, puisqu’il y a trois ans, Sigur Ros annonçait une pause d’une durée indéfinie. Cela coïncidait d’ailleurs avec l’envolée de la carrière solo du chanteur principal, Jónsi. Triste nouvelle, donc, pour les fans de partout dans le monde qui s’attendaient à voir le groupe se dissoudre d’ici peu.

Dans les derniers mois, ils ont toutefois pu retrouver le sourire en apprenant que le mythique groupe de post-rock reprenait du service, avec cet Inni, ainsi que l’annonce, la semaine dernière, d’un album qui serait lancé au printemps. On a hâte d’entendre ça.

Si le premier DVD, Heima, lancé en 2007, démystifiait le groupe en le montrant accessible et, surtout, en épurant ses chansons à la racine, ce dernier renverse la vapeur.

Inni se distingue des autres concerts filmés et vendus en DVDs (ou Blu-Ray). On n’a pas ici d’images léchées, ni de plan large sur la foule de gens qui se comptent par milliers. On ne nous invite pas à s’asseoir sur notre sofa, tranquille, à regarder, sans ambiance, une suite de chansons qui donnent le goût plus qu’autre chose d’être là, au concert, plutôt que dans nos pantoufles. L’expérience ici se veut immersive, sentimentale, intense, non pas stérile et sans goût, comme la plupart des concerts filmés.

L’exercice de style, car c’est ce dont il s’agit, est en majeure partie réussi. On a droit à de grands moments musicaux et visuels, par exemple avec la magnifique Flójtavik. Les jeux de lumières sont tout à fait spectaculaires. Dans cette pièce en particulier, on a droit à un ciel étoilé, scintillant. Dans une autre, ce sera un amoncellement de sphères, que l’on pourrait associer à des lunes, qui attireront l’attention.

Semble-t-il que le concert a été filmé, puis refilmé à travers de la vitre pour donner des effets visuels intéressants et différents. C’est peut-être ici que le bât blesse. L’image en soi est particulièrement belle et le résultat final, avec tous ces suppléments et ces couches, donne un ton très sobre, malgré l’ampleur des chansons. Le problème, c’est qu’en restant dans le noir et blanc constamment et toujours dans ce flou relatif, on tend à chercher la couleur. C’est principalement vrai dans des chansons plus joyeuses et vivantes comme Við Spilum Endalaust, où le ton est beaucoup plus à la fête qu’au larmoiement.

Les extras offriront par contre de beaux moments un peu plus traditionnels. Toujours pas de couleurs, mais une image moins retouchée, donc plus claire. À ne pas négliger.

Le produit en vaut la peine, simplement que pour voir la superbe finale, toute en contraste et qui monte, monte et finit par exploser…je ne vous en dis pas plus.

Et les disques compacts, eux ?

Pour ceux qui connaissent déjà bien la discographie de Sigur Ros, vous ne serez pas décontenancés à l’écoute de ces deux disques live. Les chansons sont pratiquement jouées de la même façon qu’en studio, si ce n’est de la voix de Jónsi qui est peut-être un peu plus raw, par moments, même si on n’y décèle aucune fausse note. Il est à noter que toute orchestration autre que les instruments utilisés par le quatuor y est exclue. On entend par là cordes, vents et autres cuivres. La musique ne s’en fait pas pour autant moins grande ni moins intense.

Inni devient donc un document pour les vrais fans du groupe. L’occasionnel pourrait très bien s’intéresser au film, mais les disques risquent de ne pas en valoir la chandelle à eux-seuls.

Il est suggéré, comme tout bon disque de Sigur Ros, d’écouter le tout avec de bons écouteurs, dans la pénombre, pour apprécier pleinement la valeur immersive de cette offrande audiovisuelle.

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