Quand Lou faisait dans la pop…

Par Mathieu Saint-Jean

Plus que quelques jours à patienter avant de finalement pouvoir se prononcer face au nouvel album concept de Lou Reed : Lulu. Alors que les critiques de partout dans le monde se défoulent déjà sur cette rencontre entre les rois du métal (Metallica) et l’imperturbable poète new-yorkais, revenons plutôt sur cinq albums qui auront marqués la carrière d’un artiste (trop souvent) incompris.

Transformer – 1972

En août 1972, Lou Reed n’a que 30 ans. Les Velvet Underground sont bien derrière lui et il tente de se remettre de l’échec de sa première excursion en solo (Lou Reed, avril 1972). Sans trop de questionnements, il renie ce premier essai et retourne aussitôt en studio, afin de concocter une série d’histoires qui reflèteront davantage son quotidien. Appuyé par David Bowie et son guitariste Mick Ronson derrière la console, il en ressort avec un incontournable du mouvement glam-rock. Transformer possède toutes les caractéristiques qui définiront le glam-rock pour les années à venir : de la légendaire pochette signée Mick Rock au New York underground décrit par Reed. Et que dire de Walk on the Wild Side? Jamais un morceau abordant autant de tabous sexuels (transsexualité, prostitution et drogue) n’aura bénéficié d’autant de temps d’antenne dans cette Amérique prude!

Berlin – 1973

Dépassé par le succès critique et populaire de Tranformer, Reed décide de remettre les pendules à l’heure. Alors que tous s’attendent à ce qu’il imite Bowie et s’investisse totalement dans le glam, Reed décide plutôt de s’attaquer à un opéra rock. Construit principalement autour d’arrangements orchestraux, le Berlin de Reed et du réalisateur canadien Bob Ezrin (Monsieur album concept) se penche sur la triste déchéance d’un jeune couple affecté par les abus de drogue, la dépression et la violence conjugale. Démoli à sa sortie, Berlin figure maintenant (et avec raison) parmi les plus grandes réussites du rock.

Coney Island Baby – 1975

En 1975, on ne donne pas cher de la peau de Reed. Il se remet difficilement de l’échec monumental de son album avant-gardiste Metal Machine Music. L’album est retiré des tablettes trois semaines seulement après sa parution (en raison du nombre trop élevé de retour en magasins) et son gérant le poursuit. Il est sans le sou et ses techniciens de tournées lui ont volé ses guitares (à défaut d’être payés). Devant cette crise, son ami Ken Glacy (président des disques RCA) le cache et lui offre une dizaine de jours en studio. Il lui revient avec un son glam léger. Les fans sont comblés et Reed peut enfin retrouver son air cool.

Street Hassle – 1978

Un album méconnu de Reed. Enregistré en partie durant sa tournée allemande de 1977, Street Hassle est l’œuvre qui le voit revenir à un son plus près des expérimentations de White Light/White Heat. Il y un lien à faire entre le dépouillement de la magnifique pièce titre et certaines des pièces qui retrouvent sur Lulu. Vous devriez y reconnaître la voix du Boss (Bruce Springsteen), qui s’était arrêté en studio afin d’y prêter sa voix rauque et possiblement discuter des ses problèmes de gérance avec Reed. À noter aussi, le bel hommage que Reed rend aux groupes féminins des années 50 sur Wait. Un album discontinué depuis longtemps qui mériterait une réédition…

New York – 1989

Album essentiel des années 80 et véritable dernier album quelque peu pop de Reed. À travers les 14 morceaux de New York, il revient solidifier sa place parmi les plus grands auteurs-compositeurs américains. La voix et la guitare toujours à l’avant-plan, il s’inspire une fois de plus de cette ville qui lui a fourni tant d’histoires et d’images. Lou n’est pas mort. Lou sait toujours jouer. Lou sait toujours écrire. Tel un livre à écouter et à écouter souvent!

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