M83 – Hurry Up, We’re Dreaming [2011]

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Hurry Up, We’re Dreaming

Mute US/Naïve
France
Note: 9/10

L’instant de quelques minutes, vous fermez vos yeux et vous transformez vos écouteurs en un gigantesque oreiller. La musique déployée sur votre lecteur portatif  se matérialise devant vous. Les synthétiseurs deviennent lumières et les percussions vous embarquent en direction d’un nouvel univers. Ne vous pincez pas. Vous êtes bel et bien dans un rêve. Seulement, vous ne savez pas encore où aller. À cela, Anthony Gonzalez vous répond sous le masque de M83 avec un disque double dédié aux mésaventures du subconscient humain.

Hurry Up, We’re Dreaming est une encyclopédie auditive sur la science du sommeil. Plus lyrique qu’explicatif, ce troisième album de M83 explore les différentes composantes du rêve par une musique aussi électronique que jazz. À l’enchaînement des pièces, ces styles se confondent et deviennent indissociables. Pour comprendre cette étrange œuvre sur laquelle a planché depuis quelques années le musicien et interprète, Anthony Gonzalez, il est nécessaire d’établir un parallèle entre les pièces du disque et les différentes phases du sommeil. Jamais un opus musical ne vous aura endormi pour d’aussi bonnes raisons.

Phase 1: l’endormissement

Il est impossible de vous endormir profondément à votre arrivée dans les couvertes. Vous devez d’abord vous acclimater à votre environnement. Avec le temps, le sommeil vous enveloppe dans une zone de confort. Vous pouvez vous réveiller à tout moment. La voix d’Anthony Gonzalez suivie de celle de Nika Danilov, la chanteuse de Zola Jesus, sur Intro vous entraîne délicatement de l’autre côté de la réalité. L’activité de votre cerveau diminue au fur et à mesure que la chanteuse prend possession de ce morceau. Sans vous en rendre compte, Intro vous a embarqué pour Midnight City.

Phase 2: le sommeil léger

À Midnight City, nul besoin d’une boussole, vos repères sont encore là. Au Nord, vous entendez une musique électronique effrénée. Les percussions et les basses s’opposent de l’ouest à l’est, tandis que la voix rassurante d’Anthony Gonzalez vous tape le dos par le sud. Preuve que vous vous endormez de plus en plus, un saxophone surprend vos oreilles à la fin de cette pièce.  Le rythme des chansons ralentit progressivement sur les morceaux suivants jusqu’à diminuer votre respiration et votre pouls. Sur la ballade Wait, votre esprit demande pour une dernière fois à votre corps de quitter le stade du sommeil, mais il est trop tard. Vous êtes maintenant sous la tutelle du rêve.

Phase 3: le sommeil profond

Vous ouvrez les yeux et vous êtes redevenu un enfant. Raconte-moi une histoire met en scène l’univers naïf de l’enfance par une narration très imaginée d’un jeune garçon. Le tout sur un rythme électro entraînant, rappelant les thèmes de jeux vidéo en 8 bits. Le rêve continue sur Train To Pluton, Claudia Lewis et The Bright Flash. Puis, une question se pose When will you come home ? Êtes-vous perdu ? Anthony Gonzalez vous rassure. «Soon, My Friend», dit-il sur la pièce suivante. Il n’en est rien. Votre cerveau se remet au travail, mais vous êtes encore endormi. Bienvenue dans le sommeil paradoxal.

Phase 4: le sommeil paradoxal

Ce que voyez devient difficilement distinguable. Les chansons que vous entendez changent de visages à chaque écoute. À un moment, il s’agit d’un morceau très 80s et, ensuite, vous êtes en présence de Depeche Mode en pleine couverture d’un morceau acoustique de Sufjan Stevens. Cette nouvelle projection des choses vous est démontrée sur New Map. Le paradoxe atteint son paroxysme sur Year One, One UFO. La pièce débute sur une guitare country entraînante entremêlée d’échos de voix. Le country devient rock sur un solo épique terminant la chanson.

Phase 5 : le réveil

Le rêve se termine par un vibrant shoegaze sur Klaus, I love You. La brume se dégage sous des projecteurs multicolores synthétisés au clavier. Et puis, le réveil lent sur Outro vous sort finalement de cette aventure en double disque. Fait étonnant, vous avez écouté chacune des pièces sans jamais vous ennuyer. Vous revenez à la première pièce, et vous revoilà dans le rêve du nouveau Sigmund Freud de la musique, Anthony Gonzalez.

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