Björk – Biophilia [2011]

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Biophilia

One Little Indian Records ltd.
Islande
Note : 8/10

La musique ne suffisait plus pour combler l’imaginaire de Björk. Pour son huitième disque, l’Islandaise a créé un univers complet pour illustrer ce qu’elle surnomme Biophilia.

La chanteuse en a surpris plus d’un, il y a quelques mois, à l’annonce de son nouveau disque, le premier «app-album» de ce monde. Ce nouvel opus de l’excentrique chanteuse est un projet multiplateforme incluant une application iPhone et iPad, ainsi qu’un site web. Cette expérience devrait dorénavant permettre aux audiophiles d’interagir et d’explorer des chansons. Mais avant de visiter ce nouvel univers björkien, faut-il encore en écouter ses échos.

On aurait pu croire qu’en voulant trop se démarquer, en se concentrant davantage sur le concept contenant ce disque, que les nouvelles pièces de l’artiste perdraient en qualité. En fait, c’est l’opposé qui s’est produit. Oui, on reste dans la musique électro, très abstraite et mélodieuse. Comme auparavant, ses morceaux sont lourds en émotion et, grâce au chant féérique de l’Islandaise, toujours aussi légers. Le produit rendu est tellement organique, riche, texturé et unique qu’on ne peut que se laisser embarquer dans cette aventure littéralement galactique.

La réalisation de Biophilia est particulièrement enveloppante. Sans révolutionner la musique de Björk telle qu’on la connait, l’instrumentation y est toujours ingénieuse et inusitée. L’album s’ouvre sur Moon, pièce des plus hypnotiques de par sa lenteur et son intensité, où la harpe se mêle d’abord à sa voix reconnaissable entre toutes, puis où s’ajouteront des voix pour seconder la sienne. D’une grande beauté. S’en suivront des morceaux tous issus d’un univers différent, tout en ne s’éloignant pas de celui de l’album en général.  On notera entre autres Crystalline, qui débute par un doux glockenspiel, et qui va monter, monter, jusqu’à en arriver à une superbe finale électro digne des grands DJ de notre époque. Il s’agira finalement de la pièce maîtresse du disque. La suivante, Cosmogeny, se veut en quelque sorte un hymne à l’univers, à la planète, à la nature, et c’est amené tout en douceur, avec des cuivres mis en arrière-plan, et d’une ligne de basse qui donne l’impression d’un cœur qui bat. Un album tout en contraste, avec des thèmes aussi personnels qu’universels.

Depuis toujours, Björk n’a jamais fait dans le créneau couplet-refrain-couplet. Ses chansons ont toujours été structurées à leurs manières, de façon distincte. C’est peut-être ce qui rend plus difficile d’approche pour plusieurs la musique de l’auteure-compositrice-interprète islandaise. Le fait de n’avoir pas ou peu de points de repère sur lesquels se rattacher peut en effet rendre le produit froid et inaccessible pour qui n’en donne qu’une écoute inattentive. Néanmoins, ce sont ces mélodies, toujours nouvelles, fraîches, qui nous accrochent et nous touchent, particulièrement sur Virus, tendre ballade portée par la passion et l’authenticité de sa créatrice.

Biophilia constitue en soi un monde qui vit de lui-même. On s’envole et on embarque dans l’univers qu’a créé pour nous la grande innovatrice qu’est Björk.  Un excellent compact qui confirme une fois de plus que Björk est peut-être une des plus importantes créatrices de notre époque. Avec l’industrie du disque en chute libre, il est très louable pour les artistes qui en ont le pouvoir d’essayer de créer de nouvelles façons de faire, comme le font si bien Radiohead depuis quelques années. Biophilia fait partie de ces projets qui vont faire des petits dans l’industrie, et c’est tant mieux ainsi.

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