R.E.M. toujours en mode recherche

par Mathieu St-Jean

Plus de 30 ans de carrière. Pour R.E.M., c’est plutôt plus de 30 ans de carrière à refuser de se conformer aux standards imposés par les grands penseurs des compagnies de disques. Cinquante millions d’albums vendus plus tard et une intronisation au Rock and Roll Hall of Fame bien en poche, R.E.M. continue de créer selon ses propres règles. C’est ce mois-ci que la formation d’Athens (en Georgie) nous présentait finalement son 15e album. Retour sur la carrière d’un groupe américain fondamental.

REM-Murmur

Pochette de l’album Murmur

Formé en 1980 par quatre jeunes universitaires qui partageaient un amour certain pour les groupes protopunk qui charmaient les jeunes de l’époque (Gangs Of Four, Patti Smith, Suicide, Television), R.E.M. (Rapid Eye Movement) possède dès ses débuts toutes les qualités qui lui permettront de survivre aux modes et aux tendances des trois décennies à venir. Un chanteur charismatique en Michael Stipe (qui n’a rien à envier à tous les Bono de ce monde). Un guitariste curieux et au son très reconnaissable en la personne de Peter Buck (il peut dire un gros merci à sa guitare Rickenbacker). Du côté rythmique, le groupe pouvait compter sur deux amis d’enfance qui jouaient ensemble depuis le secondaire : Mike Mills (bassiste et responsable des harmonies vocales si chères au son du groupe) et Bill Berry (batteur et un apport sous-estimé dans le processus de création du groupe).

Après quelques mois à répéter et à se forger un son, le quatuor fait finalement paraître un 1er simple durant l’été 1981 : Radio Free Europe. Malgré le succès surprise de ce premier effort (parmi les dix meilleurs simples de l’année selon le New York Times), les temps sont durs en tournée et les membres du groupe doivent subvenir à leurs besoins avec une allocation de 2$ par jour. Puis, s’en suit la signature d’un premier contrat de disques et la parution d’un premier EP : Chronic Town. Ce EP sera réédité quelques années plus tard sur la compilation de pièces inédites Dead Letter Office (I.R.S. 1987). Étape suivante : accoucher d’un album complet.

C’est en avril 1983 que le groupe accouchera de ce premier opus, Murmur. Comme avec ses parutions précédentes, le groupe s’attire la faveur des critiques et des radios universitaires. Le magazine Rolling Stone ira même jusqu’à nommer Murmur album de l’année et ce, devant des albums comme Thriller de Michael Jackson et Synchronicity de The Police. Le groupe aura donc gagné son pari face à sa compagnie de disques qui voulait que la formation ajoute des solos de guitare et des claviers à ses compositions. Fort de son succès, R.E.M. va récidiver un an plus tard avec l’album Reckoning et puis ce sera Fables Of The Reconstruction un an plus tard. Pour ce dernier, le groupe décide d’aller enregistrer en Angleterre aux côtés de Joe Boyd (un ex-complice de Nick Drake). Le groupe en ressort avec un album sombre qui représente bien les conditions d’enregistrement pénibles auxquels ils ont été confrontés. Durant ce processus, le groupe envisage même la possibilité de se séparer, chose qui ne se reproduira plus jamais par après.

Bien remis de cette mésaventure, le groupe reprend ses tournées incessantes, tout en continuant de visiter le studio quelques semaines par année afin de toujours offrir du nouveau matériel à ses fans. De ses sessions naîtront les albums Lifes Rich Pagean et Document, deux albums qui vont attirer l’attention des grandes compagnies de disques. Document (qui sera le premier album du groupe à s’écouler à plus d’un million de copies) marquera aussi le début d’une collaboration de six albums avec le réalisateur Scott Litt.

Losing my Religion

Image tirée du vidéo de Losing my Religion

Souhaitant une meilleure promotion de ses albums, la formation quitte l’étiquette I.R.S. à la fin de son contrat afin de se joindre à l’étiquette Warner Bros. En novembre 1988, le groupe fait paraître l’album Green. En résulte un album conçu pour les tournées d’arénas. Le groupe peut finalement conquérir les palmarès! À travers les pièces rock qui composent Green, on peut cependant entrevoir la tangente acoustique que le groupe va emprunter sur ses deux albums suivants, Out Of Time et Automatic For The People. Le premier s’écoule à plus de 18 millions dans le monde et doit la majorité de ses ventes à une pièce composée à la mandoline, Losing My Religion. Pour le second, exténué par la vie sur la route, le groupe décide de rester en studio pour enregistrer un album plus posé et majoritairement acoustique. Rien à voir avec le mouvement grunge qui domine tous les palmarès à ce moment. Malgré son approche (que la compagnie qualifie de suicide commercial), le groupe réussit néanmoins à placer 6 simples sur les palmarès.

Le quatuor reviendra finalement à la charge en 1994 avec cet album rock tant souhaité par sa compagnie de disques : Monster. Encore une fois, rien ne semble pouvoir arrêter le groupe. L’album débute en première position (autant aux États-Unis qu’en Angleterre) et le groupe entreprend sa première tournée mondiale en plus de 6 ans. Le groupe se donne même comme défi d’enregistrer son prochain album sur la route durant les tests de sons : New Adventures In Hi-Fi. Avant la sortie de l’album, la formation signe un nouveau contrat de 80 millions de dollars avec Warner Bros (le contrat le plus lucratif de l’époque). Tout semble aller pour le mieux, mais des problèmes de santé vont affecter des membres du groupe durant la tournée. Le plus important étant cet anévrisme qui va toucher Bill Berry sur scène durant une prestation en Suisse. C’est cet incident qui va amener ce dernier à quitter le groupe quelques mois plus tard, alors qu’ils s’apprêtaient à entrer en studio pour enregistrer son onzième album, Up. Au final, le nouveau trio nous offre un album plus expérimental et poussé vers les sonorités électroniques afin de combler le vide laissé par le départ de Berry derrière sa batterie.

Photo Quique Lopez

Up sera suivi en 2001 par le sous-estimé Reveal. Un album à mi-chemin entre le son classique du groupe du début des années 90, les expérimentations de leur album précédent et les plus belles mélodies des Beach Boys. Les critiques vont ensuite détruire Around The Sun, qui deviendra le 1er album du groupe (depuis Green) à ne pas réussir à se hisser dans le top 10 aux États-Unis. Devant les échecs de leurs trois derniers albums, Stipe et ses deux complices vont décider de laisser tomber les expérimentations, afin de travailler sur un album plus rock au côté du réalisateur Jacknife Lee. Accelerate se voulait beaucoup plus incisif et laissait transparaître une urgence que le groupe n’avait pas transposée sur album depuis ses débuts.

Tout ce chemin pour finalement nous mener vers Collapse Into Now, la 15e parution du groupe d’Athens. Une magnifique synthèse de carrière qui nous laisse croire que ses trois vieux copains sont toujours désireux de créer de grandes choses ensemble. Et ce, pour le plus grand plaisir de nos oreilles!

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