Les 10 albums qui ont fait 2010 [3 de 3]

Après nos mentions honorables et les positions 10 à 6, voici les 5 meilleurs albums de l’année 2010.

#5 : LCD Soundsystem – This is Happening

LCD Soundsystem
This is Happening

DFA Records
États-Unis

Pour son supposé dernier disque, James Murphy et ses musiciens ont décidé de faire ce qu’ils font de mieux, c’est-à-dire nous faire danser. Si le disque s’ouvre sur l’embuscade musicale qu’est Dance Yrself Clean, la mission des 8 autres pistes est bien claire. Avec une musique inspirée par les rythmes disco et les mélodies à la Brian Eno, This is Happening bouge dans tous les sens.

Bien que le premier simple se titre Drunk Girls, il n’y a aucune chance pour que ces 220 secondes de dance-rock explosif fassent apparition dans l’émission Girls Gone Wild. One Touch, I Can Change, Pow Pow et Home constituent le coeur de l’album. Quatre longs morceaux, d’une durée de plus de 6 minutes, qui réunissent basses fréquences disco, percussions rock et synthétiseurs à mi-chemin entre du new-wave kitsch et de l’électro. Quatre titres immanquables dans une playlist dance, quatre atmosphères de démence sur le dancefloor.

All I Want hérite de l’enrobage glam inventé par David Bowie et se qualifie pour le titre de chanson de l’année. Somebody’s Calling Me est un nid de poule rythmique, freinant l’ardeur mouvementée des précédents morceaux avant que l’album ne se termine sur le dernier morceau, Home.

Si les textures sonores s’éparpillent parfois entre les inspirations électroniques et rock, le mariage entre tous ces instruments devient un pur produit de LCD Soundsystem. Avec trois disques en poche, la troupe de James Murphy aura réussi à laisser sa marque dans le monde musical, ainsi que sur nos mouvements de danse.

Olivier Morneau

#4 : Caribou – Swim

Caribou
Swim

Merge
Canada

Le quatuor Animal Collective a tenté en 2009 de détourner la musique électronique vers une tout autre direction sur l’imposant Merriweather Post Pavillon. Plus organiques et plus liquides, les sonorités innovantes du groupe de New York ont permis à plusieurs producteurs et animateurs de la scène techno de réorienter leurs musiques vers de nouveaux terrains. Le Canadien Daniel Victor Snaith, le cerveau derrière Caribou, est l’un de ceux qui ont su répondre à l’appel du groupe. Son plus récent album, Swim, est un disque qui touche autant aux consoles de sons qu’aux djembés tribaux.

Testé à maintes reprises en spectacles avant sa sortie, Swim est de ces disques complexes qui s’ajustent aussi bien à l’auditeur de salon que de grandes salles. Pour l’aider à la production, Daniel Victor Snaith s’est installé au cœur de Londres afin de mieux découvrir les œuvres d’artistes électroniques européens. Kieran Hebden, alias Four Tet, le créateur du magnifique disque There Is Love In You (Domino, 2010), a échangé avec Victor Snaith une panoplie d’extraits sonores tout au long de 2009. On peut d’ailleurs remarquer la liaison des deux artistes sur des pièces comme Love Cry de Four Tet et Leave House de Caribou.

La différence entre Daniel Victor Snaith et ses compères est au niveau de la juxtaposition de ses rythmes de percussions. Aucun morceau de Swim n’utilise des mesures rythmiques semblables. L’ultime pièce du disque, Jamelia, peut sonner cacophonique aux premiers abords pour ces raisons. Mais après plusieurs écoutes, on constate que l’orchestration de Snaith est bien calculée.

Si Swim est l’album aux sonorités les plus liquéfiantes de l’année, il est probablement celui qui transporte le mieux ses auditeurs. Nageant à contre-courant, Caribou s’impose comme une tête dominante, peu importe le style qu’il choisit.

Williams Fonseca

#3 : Beach House – Teen Dream

Beach House
Teen Dream

Sub Pop
États-Unis

Katy Perry a beau avoir chanté Teenage Dream un été durant, aucune de ses chansons n’a su donner réplique à l’un des meilleurs albums de l’année, l’envoûtant Teen Dream du duo Beach House. Le rêve du groupe de Baltimore raconte des histoires d’amour déchues que seule une voix à la fois sensible et rauque pourrait interpréter. Suivant des cours de chants depuis l’âge de 14 ans, Victoria Legrand, la chanteuse à la longue frange, avoue ne pas savoir comment son groupe en est arrivé là.

La recette de Teen Dream est élémentaire, mais efficace. Le groupe ne fait usage que de quelques instruments, soit une guitare, une batterie, un orgue et une voix. Cette base instrumentale est suffisante au duo pour créer une ambiance onirique. Chaque partition musicale des morceaux se construit autour d’une même ligne instrumentale, permettant ainsi à l’auditeur de s’enfermer dans une confortable bulle auditive. Les surprises de Beach House sont au niveau de la voix de Legrand. La chanteuse prend différents airs et tons sans jamais essouffler son talent et son originalité.

L’interprète de Beach House décrit son disque comme le véhicule d’un rêve devant se heurter à la réalité. Si cette description s’avoue correcte pour les paroles, il en est aussi vrai pour l’album. Après avoir gonflé ses ambitions professionnelles en 2010, le groupe devra retourner en studio pour trouver réponse à la dure réalité du succès.

Williams Fonseca

#2 : Deerhunter – Halcyon Digest

Deerhunter
Halcyon Digest

4AD
États-Unis

Halycyon Digest est un album sombre et vaporeux qui réussit à nous bercer, nous troubler et nous percuter. Deerhunter nous transporte dans son univers expérimental et psychédélique bien à lui en nous attirant avec sa pop vibrante. Il est difficile de qualifier la sonorité propre à Halycyon Digest. L’album est un labyrinthe où les musiciens auraient emprunté à la fois le chemin du psychédélique et de la pop dans ses arrangements instrumentaux et électroniques pour parvenir à nos oreilles. Les arrangements populaires accrochent l’oreille, mais dissimulent une profondeur et une complexité sonore singulière.

On accroche d’abord à Revival ou à Coronado, qui ont tous les deux un rythme soutenu et une mélodie adhésive, la première aux accents électro, la deuxième soulignée de saxophone. Puis, on se trouve à explorer l’album pour y découvrir des parcelles de pop dissimulées derrière toutes les sonorités et textures utilisées par Deerhunter.

Certes, l’album manque de cohésion. Il passe facilement d’un titre comme Sailing, simplement composé de quelques accords de guitare et de la voix poignante de Bradford Cox à un autre comme Memory Boy, agité mais léger dès les premières notes. Cependant, c’est tout le charme de Deerhunter sur Halycyon Digest. Le groupe y livre un contenu à la fois pop et psychédélique, tourmenté et rêveur sans toutefois tomber dans la cacophonie ou le banal. Basement Scene exprime bien le sens de l’album en oscillant entre un son naïf et sombre. L’album sait marier mélodie étoffée et subtilités sonores singulières aux échos cosmiques. Nos oreilles y restent certainement sensibles du début jusqu’à la fin. Malgré sa composition désordonnée, c’est un album qu’on écoute en continu, sans sauter un titre.

Rachel Del Fante

#1 : Arcade Fire – The Suburbs

Arcade Fire
The Suburbs

Merge
Canada – Québec

Lors de leur passage à Sherbrooke, Montréal et Québec cet été, il n’est pas faux de mentionner qu’Arcade Fire a laissé une impression indélogeable. En présentant à un public impatient leur nouveau venu, The Suburbs, les membres du groupe ont laissé ici un brin de légende qui, dorénavant, les définit. Durant ces soirs de concerts électrisants, magiques, Arcade Fire a propulsé des chansons dont les rythmes sont restés accrochés dans la mémoire des admirateurs. Parmi les nouvelles pièces présentées par le septuor, notons Rococo et We Used to Wait, deux morceaux qui, malgré les accents lourds, laissent une impression de légèreté. Les premières notes de piano de The Suburbs, la pièce-titre de l’album, ont la faculté de faire décrocher un sourire à n’importe quel visage.

Les sept personnes qui forment le groupe, on les sent. Sept musiciens, versatiles et passionnés, attelés à une seule et même pièce, ça donne une impression de chimie musicale, même enregistrée. Une chimie que l’on sent lors de l’écoute du disque et que l’on entend très clairement dans la vague indie-rock que des morceaux tels que Deep Blue, Modern Man et Month of May font déferler dans nos oreilles.

Arcade Fire, c’est quelque chose d’autre. Ça dépasse les frontières de la musique pour devenir une expérience. Ce qui est certain, c’est que le public que l’on a pu observer lors des diverses prestations estivales d’Arcade Fire était complètement fusionnel avec la musique du groupe montréalais et ressortait tout ébaubi de ce qu’il venait de voir. Arcade Fire fait vivre à ses fans, par un nouvel album aussi fort que The Suburbs, une expérience musicale toujours plus grande : leur musique donne la sensation de vivre un moment unique. The Suburbs ne fait pas exception à la règle.

Élise Jetté

Mentions honorables / Positions 10 à 6 / Positions 5 à 1

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