Les 10 albums qui ont fait 2010 [1 de 3]

L’année 2010 vient de se terminer. L’équipe de Feu à volonté! vous a donc préparée un bilan pour célébrer la venue de l’année 2011. Après les 10 meilleures de 2010, voici les albums qui ont marqué le début de cette décennie. Pour débuter, voici les albums qui, sans se mériter une place dans notre top 10, ont marqué l’année.

Titus Andronicus
The Monitor

XL Recordings
États-Unis

Si Bruce Springsteen, Abraham Lincoln et Robert Lee s’étaient rencontrés autour d’une bouteille de whisky, l’improbable rassemblement aurait accouché de cet album. Inspiré de la guerre civile américaine, The Monitor s’inspire des grands airs rassembleurs de Bruce Springsteen et les combines à un rock malpropre, presque shoegaze. En résulte un disque solide, bordélique et taché de sang.

L’album s’ouvre sur A More Perfect Union, l’une des meilleures chansons de l’année. Patrick Stickles est à la recherche d’un « New New Jersey » tout en fredonnant des « Oh Oh Na Na Na Na Hey! Hey » sur fond de guitare lourde et de batterie pesante. S’ensuit Titus Andronicus Forever, qui s’ouvre sur un « the enemy is everywhere » scandé en chorale, avant de céder sa place à un solo de guitare shoegaze. Le rythme ne casse pas, l’armée sonore est en marche depuis les premières notes de l’album.

L’épique A Pot In Which to Piss, longue de presque 9 minutes, sépare le disque en deux. Avec des paroles comme « i’m at the end of my rope and I feel like swinging » et « I am covered in urine and excrement but I’m alive », l’odeur de dépotoir humain qui abonde sur les champs de bataille se rend presque jusqu’à notre nez. Avec des ajouts de piano dignes du Boss, on comprend que Titus Andronicus est l’antithèse du héros col bleu américain : bien que l’on chante tous ensemble des refrains comme « you’ll always be a loser! », on comprend que pour certains, la vie est de la merde.

Olivier Morneau

Ariel Pink’s Haunted Graffiti
Before Today

4AD
États-Unis

« I used to talk to demons with my Ouija board but not anymore ». Un album kitsch doit toujours contenir des références qui le sont tout autant. Il s’agit ici d’une affirmation, que cet émule californien de Quincy Jones aura vite compris. Et cela, pour le plus grand plaisir de nos oreilles! Premier artiste à signer sur l’étiquette Paw Tracks (appartenant aux membres d’Animal Collective), Ariel Marcus Rosenberg aura eu besoin de plusieurs albums (on parle de plusieurs dizaines) avant de finalement définir ce son qui lui aura permis d’attirer l’attention des mélomanes en 2010.

Les multiples influences de Rosenberg auront été brillamment absorbées sur ce premier album distribué par l’étiquette britannique 4AD. On pense aux harmonies vocales de 10CC sur Can’t Hear My Eyes, le refrain de Beverly Kills nous rappelle le duo Hall & Oates, l’interlude qu’est Reminiscences nous ramène à Can’t Buy A Thrill de Steely Dan et, plus important encore, l’album aurait probablement été réalisé par Jeff Lynne (Electric Light Orchestra) s’il était paru dans les années 70!

En espérant que Rosenberg et son Haunted Graffiti continuent d’exploiter le genre pour les parutions à venir. Un essentiel de 2010 dans le genre quétaine qui nous colle dans la tête! Pour pousser l’expérience encore plus loin, je vous suggère aussi d’écouter That We Can Play, le premier EP du duo électro-rétro new yorkais Games.

Mathieu Saint-Jean

Gonjasufi
A Sufi and a Killer

Warp
États-Unis

D’une lampe magique ensevelie secrètement par les sables du désert du Nevada est apparu Gonjasufi, le génie du mystique rappeur et chanteur Sumach Ecks. Le protégé du producteur musical Steven Ellison, l’homme à la tête de Flying Lotus, s’est d’abord fait connaître comme étant un rappeur dans les scènes underground de San Diego. Ce n’est que sur Los Angeles, le second album de Flying Lotus sorti en 2008, que le nom de Gonjasufi fait écho pour la première fois sur la scène nord-américaine. Sa collaboration avec Ellison lui ouvre les portes à la production de son premier album solo, A Sufi and a Killer.

Le mot éclectique sonne dépassé lorsqu’il s’agit de définir les 19 trames musicales du rêve musical d’Ecks. L’électro, le punk, le dub, le soul, le reggae et le rock s’entremêlent sans jamais vraiment s’établir dans un style particulier. La voix vaporeuse de Sumach Ecks ajoute un élément à la fois psychédélique et envoûtant à l’opus. Le chanteur dit tenir son style vocal par la pratique du yoga. Cette activité lui aurait appris à projeter davantage sa voix par le ventre.

La chanson Ancestors, produite par Flying Lotus, est le morceau représentant le mieux la procédure musicale mise de l’avant par Gonjasufi. La pièce se pose délicatement dans les esprits à l’aide d’un rythme inspiré par des sonorités orientales. Parfait pour relaxer, A Sufi and a Killer pourrait être votre trame sonore pour une séance de yoga en plein désert imaginaire.

Williams Fonseca

Stars
Five Ghosts

Vagrant Records
CanadaQuébec

Le plus récent album du groupe Stars donnera à plusieurs l’impression d’un son nouveau, de la conclusion de ce qui semble être la recherche d’une tonalité plus électro-pop. Par ailleurs, pour ceux qui ont connu les débuts de Stars avec Nightsongs en 2001 et Heart en 2003, The Five Ghosts offre au contraire un retour aux sources.

Certes, les mélodies et les voix profondément touchantes de Torquil Campbell et Amy Millan sont toujours centrales dans la composition des morceaux, mais elles deviennent quelques fois accessoires au moment où les rythmes plus électro entrent en jeu. Set Yourself on Fire (2005) et In Our Bedroom After the War (2007) avaient donné au groupe montréalais une image plus rock avec des pièces très dramatiques. Le dernier-né du groupe Stars laisse davantage une impression de légèreté. Des morceaux comme We Don’t Want Your Body, le premier single de l’album, offrent un son très exportable, et même radiophonique, offrant ainsi à Stars une possibilité nouvelle au niveau de leur visibilité. La pièce I Died So I Could Haunt You rappelle les rythmes pop des années 80 et celle-ci, de même que Fixed, entre autres, proposent des rythmes dansants et beaucoup moins sobres que dans les précédents albums.

Ce qui s’avère d’autant plus intéressant avec The Five Ghosts, c’est la touche magique des paroles, qui sont restées tout aussi recherchées et intelligentes. Celles-ci, appliquées à des rythmes plus gais, ne font qu’améliorer le contenu de la discographie de Stars. La pièce Dead Hearts, pour sa part, a gardé l’ancienne chimie vocale du duo de chanteurs. Leurs voix se marient toujours à merveille dans une symbiose qui hypnotise, fantomatique. Montréal a de quoi être fier de ce groupe qui sait toucher par les mots et les mélodies et même par une pluie de pétales de roses en concert…

Élise Jetté

Kanye West
My Beautiful Dark Twisted Fantasy

Def Jam / Roc-A-Fella
États-Unis

Un écrivain irlandais a déjà dit : « Le succès ne consiste pas à ne jamais faire d’erreur mais à ne jamais faire la même erreur deux fois. » Kanye West est un de ces artistes qui ont appris de leurs erreurs au niveau artistique, mais peut-être pas au niveau de l’attitude.

Après 808’s and Heartbreak, faux pas où le rappeur exaltait ses émotions en utilisant auto-tune à profusion, il est revenu plus fort que jamais à la fin de 2010 avec son 5e opus : My Beautiful Dark Twisted Fantasy. Prodigieuse synthèse de ses projets antérieurs, ce nouvel album repousse magnifiquement les limites du hip-hop alors que l’artiste atteint le pinacle de son inspiration avec des morceaux comme Power, Monster et Runaway.

On dira ce qu’on veut du provocateur de 33 ans, force est de constater que Kanye est aujourd’hui l’un des artistes les plus innovateurs dans l’univers du hip-hop. Il va même jusqu’à se mettre en scène dans un court-métrage de 35 minutes avec la trame sonore de son album, du jamais vu dans le genre! Et que dire de la pièce All of the Lights, véritable hymne national du hip-hop dans lequel Kanye réussit à réunir pas moins de 11 artistes aux horizons différents sur une même piste. Il n’y a pas à dire, cet album marquera le genre au 21e siècle.

Frédéric Emond

Bran Van 3000
The Garden

Audiogram
Canada – Québec

Voici ce que je dirais à James Di Salvio si je le croisais dans les rues de Montréal : Bran Man, the groove is back! Finalement un album à la hauteur de son génie créatif. On efface de nos mémoires le gâchis monumental que fut Rosé (2007) et pour un instant, on s’imagine que The Garden aurait facilement pu être la suite du très réussi Discosis (2001). Exit les mille et une collaborations nébuleuses avec des MC plutôt moyens et vivement le retour de ses complices de la première heure! On le retrouve ainsi aux côtés d’EP Bergen (claviers, programmation et voix), Steve  »Liquid » Hawley (MC), Sara Johnston (voix), Stéphane Moraille (voix) et Gary MacKenzie (basse, voix). Des collaborateurs qui semblent l’avoir aidé retrouver l’inspiration, tout en l’aidant à structurer ses idées. Ne manque que notre Jean Leloup national, probablement trop occupé à arpenter les rues du Mile-End vêtu de son déguisement d’indien…

Nettement plus accessible que son album précédent, The Garden se veut aussi un album plus subtil, et même, plus doux par moment. Une transition qui se fait ressentir assez rapidement grâce aux arrangements de cordes qui ouvrent l’album sur la pièce Oui Got Now. À noter aussi, la présence d’Alexandre Désilets sur l’excellente Stillness. La surprise de 2010 (d’autant plus qu’aucune information ne nous laissait présager ce quatrième album!)

Pour les fans de musique dub, la version DUBSTRUMENTALE de l’album (gratuite avec les 15 000 premières copies) est fortement recommandée!

Mathieu Saint-Jean

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