Four Tet – There Is Love in You [2010]

Four Tet - There Is Love in YouFour Tet
There Is Love in You

Domino
Grande-Bretagne
Note : 8.5/10

Avant d’écouter et avant même de scruter le nom des chansons de There is Love in You, j’ai regardé la pochette. Non pas que regardé, mais assurément apprécié cette jaquette où l’on voit une répartition de petites images ovales se baladant sur fond noir comme de petits souvenirs dans notre mémoire. La couverture figurant fièrement au-dessus de la dernière galette du Londonien Kieran Hebden, rebaptisé Four Tet à l’occasion de certains albums électroniques, exprime tout simplement l’essentiel de l’album : une collection de petites bulles sonores s’activant à former un tout esthétique bien calculé.

Ce n’est qu’après nous avoir suffisamment intrigué le regard que There is Love in You se met à l’œuvre pour offrir ce qu’il fait de mieux, un massage auditif. Il ne faut pas s’attendre à des éclats dignes des pistes de danse ou encore à des refrains extatiques. Non, Four Tet assure plutôt une réponse aux frénétiques de musique électronique ambiante dûment travaillée.

Sur Angel Echoes, première pièce de cet album, un sentiment de déjà-vu s’installe. Le découpage d’une voix rappelant le calibre d’Imogen Heap  débute à l’arrière-plan de la pièce pour finalement s’incorporer lentement à la tête du morceau. Cette partition vocale habilement répartie par Kieran Hebden nous chante avec sincérité « There is love . . . in you », le titre de l’album.

S’il devait y avoir une pièce maîtresse à la dernière œuvre de Four Tet, il s’agirait sans aucun doute de la seconde pièce, Love Cry. On peut y entendre un morceau de percussion aux sonorités latines qui n’est pas sans rappeler She Wants to Move, le succès thématique du groupe hip-hop NERD. Parfaite pour une marche ou une promenade en automobile, cette deuxième pièce installe réellement l’ambiance que préserve le reste de l’album avec d’autres bons coups, comme Plastic People et la très mélancolique She Just Likes to Fight.

Fait intéressant, les titres des pièces s’assombrissent au fur et à mesure que l’album avance. Ainsi, l’écho que jadis chantait un ange lors de la première pièce, se transforme en douloureuse bataille avec « elle » dans She Just Likes to Fight. Comme si le souvenir d’une relation nous revenait d’abord à l’esprit comme un moment lumineux pour finalement s’assombrir dans la nostalgie de la fin.

C’est lors de diverses tentatives dans des clubs londoniens que Kieran Hebden en est venu à finalement achever cette expérience électronique très particulière qu’il mène depuis la sortie de l’EP Ringer en 2008. Avec la réussite de There is Love in You, il faut espérer que Four Tet en a encore pour longtemps à mixer ses petites bulles auditives intemporelles.

Los Campesinos! – Romance is Boring [2010]

Los Campesinos! - Romance is BoringLos Campesinos!
Romance is Boring

Arts & Crafts
Royaume-Uni
Note : 7.5/10

Si Los Campesinos! finit toujours, ultimement, par utiliser la même grille de création pour chaque album, le groupe réussit tout de même à appliquer suffisamment leur baume musical à base d’énergie et de jeunesse pour composer des musiques qui valent la peine d’être écoutées. Peut-être pas aussi méritant que leur effort éponyme, Hold On Now, Youngster…, ou que leur second disque, Romance is Boring accomplit tout de même l’exploit d’impressionner l’auditeur, en greffant quelques ajouts fatalistes sensibles à leur indie rock brûlant.

Pour appuyer cet exemple, Coda: A Burn Scar in the Shape of the Sooner State se compose d’une mélodie très enfantine de glockenspiel et de voix paresseuses se métamorphosant, au rythme de l’ascension du climax, en cris lyriques. Le tout appuyé par un bruit de guitare permanent ajoutant une saveur de destruction à la beauté préétablie.

In Media Res introduit le disque de manière indie rock, avec guitare semi-noisy, arrangements de xylophone et de cordes et variations de mélodies à chaque détour. Les trois pistes suivantes s’inscrivent dans le même registre, très inspiré de l’indie rock des États-Unis mais tout de même profondément identifiable et propre à Los Campesinos!.

Plan A décampe avec une mélodie tordue et bruyante, des cris explosifs et un refrain chanté en choeur ultra accrocheur. Le rythme s’impose par lui-même puisque, grâce aux sonorités solides et à l’énergie interminable qui se dégage, le résultat est efficace.

Conjointement avec Coda: A Burn Scar in the Shape…, The Sea is a Good Place to Think of the Future montre une facette nouvelle du groupe. Si la première fonde son intensité sur les voix perdues dans une mer de bruits, la seconde touche avec des paroles parfois noires, parfois insensées, mais purement poétiques (But oh I can see five hundred years dead set ahead of me/Five hundred behind/A thousand years in perfect symmetry) et un fatalisme de jeunesse très pesant. Beaucoup de chemin a donc été fait depuis You! Me! Dancing!.

Si l’écoute s’avère plaisante et efficace, on demeure, la plupart du temps, en terrain très connu. Excepté les quelques moments plus profonds, Romance is Boring appartient à la même dynastie que les deux opus précédents. Les mêmes concepts sont à l’honneur, la même construction musicale est employée et la même puissance de jeunesse mène le bal.

Malgré cela, le disque demeure solide dans sa construction et plusieurs perles (The Sea is a Good Place to Think of the Future, Coda: A Burn Scar in the Shape of the Sooner State, I Just Sighed. I Just Sighed So You Know, A Heat Rash in the Shape of the Show Me State; or, Letters from Me to Charlotte) rehaussent grandement le niveau moyen de l’écoute. Increvables universitaires, donc.

Owen Pallett – Heartland [2010]

Owen Pallett - HeartlandOwen Pallett
Heartland

Domino
Canada
Note : 9/10

Créature hybride composée de pop orchestrale épique, de folk subtile et d’une construction indie rock, Heartland, premier disque d’Owen Pallett sous son véritable nom, se qualifie aisément de trésor canadien laissé pour compte. Pourtant, ce mélange entre nervosité de trame sonore pour jeu vidéo et arrangements flamboyants constitue le meilleur disque en ce début d’année.

L’écoute peut s’avérer difficile, étant donné l’audace et la créativité assez avancées de l’album. L’instrumentation se compose essentiellement du violon de Pallett, d’un orchestre de Prague et d’ajouts électroniques fréquents, mais extrêmement bien dosés. S’il ne s’agit en aucun cas de musique classique, l’impression qui s’en dégage demeure semblable : celle d’être profondément touché et troublé par la majesté d’une expérience noble mais purement organique.

Par exemple, sur Lewis Takes Action, le rythme se base sur des cuivres et des cordes intermittents, laissant une bonne partie de l’espace sonore à la voix du multi-instrumentiste. Entre les blocs vocaux, des envolées de cordes dominent l’écoute, tout ça pour se terminer sur une mélodie extrêmement fantaisiste. The Great Elsewhere se compose d’une architecture électronique détachée et complexe à laquelle se greffent une batterie et l’orchestre. Ce mélange donne lieu à une escapade musicale dégringolante et inquiétante de par le mélange entre les frappes de percussions et les orchestrations magistrales, le tout assimilé à une ambiance de course contre la montre.

Lewis Takes Off His Shirt constitue un suspense auditif, avec une présence électronique nerveuse et des arrangements sublimes toujours localisés au bon moment pour créer un effet. La chanson monte en crescendo pour redescendre aussitôt, accouchant ainsi d’une sensation globale de transport maritime coincé dans le courant se brisant, au final, sur un récif rocailleux.

Un autre point fort d’Heartland, outre son improbable mélange entre folk, indie rock et pop orchestrale et sa splendeur flamboyante, est sa capacité à transporter l’auditeur dans un voyage à travers le concept du disque. La trame narrative se compose essentiellement d’un dialogue entre un violent fermier nommé Lewis et son créateur, Pallett, le tout dans un monde nommé Spectrum. Si ça peut paraître étrange, le résultat se rapproche d’un conte, hanté et tordu, à propos du contrôle et du pouvoir vis-à-vis sa propre destinée.

À travers les 12 pistes de l’album, on découvre un musicien extrêmement talentueux et inspiré, capable de mélanger des genres incongrus pour aboutir à un résultat immensément riche et surprenant. Entre l’aventure épique, l’orchestre magique, l’enchantement musical et l’alternatif, Heartland fait bande à part et impressionne grandement.

Quelques bons albums à écouter en hiver

L’hiver est une saison mal-aimée, détestée par plusieurs pour ses longues nuits froides, ses impressionnantes quantités de neiges annulant tout trafic routier, l’obligation de pelleter l’entrée chaque jour et celle de porter de gros manteaux chauds pour se défendre contre les ardentes rafales poudreuses.

Pourtant, la saison froide apporte avec elle une atmosphère extrêmement calme, profonde et envoûtante, comme un rideau de scène recouvrant le ciel de façon permanente. Et puisqu’il faut passer à travers ces trois mois, aussi bien le faire avec plaisir. Voici donc une courte liste, purement subjective et dans le désordre, d’albums parfaits à écouter en plein blizzard, à -30°.

Agaetys Byrjun - Sigur Ros

Sigur Rós
Ágætis byrjun

Fatcat
Islande
1999-2000

Tout en étant un album phare de la décennie et du courant post-rock, Ágætis byrjun se compose essentiellement d’une musique éthérée, planante et atmosphérique. Né dans les froides landes nordiques de l’Islande, l’aura de l’album rappelle de grands paysages couverts de blanc sur lesquels tombe des flocons reflétant la lumière lunaire. Bref, un chef-d’oeuvre à savourer couché sur le lit ou durant l’observation de la décomposition des nuages lors des longues nuits froides.

Trompe-l'oeil - MalajubeMalajube
Trompe-l’oeil

Dare to Dare
Québec
2006

Ne serait-ce que pour la classique Montréal -40°C, Trompe-l’oeil s’inscrit tout naturellement dans cette liste. Entre pop jouissive et indie rock amusant, le deuxième opus des quatre natifs de Sorel-Tracy semble avoir été arrangé spécifiquement pour une écoute à travers les rues de Montréal un après-midi de janvier. Entre « l’ours polaire dans l’autobus », les guitares froides, les synthétiseurs glacés, la voix effacée de Julien Mineau déambulant dans des corridors de textes axés sur la maladie, Trompe-l’oeil constitue un passage obligé lorsque l’on passe une semaine à éternuer couché dans son lit. À ne pas oublier, la triomphale La monogamie, superbe climax de l’album.

theknife_silentshoutThe Knife
Silent Shout

Rabid
Suède
2006

On ne peut négliger le duo suédois dans ce genre d’exercice. Olef Dreijer et Karin Dreijer Andersson, frères et soeurs, se sont certainement inspirés des paysages de leur patrie natale lors de la composition de ce disque. Charges électroniques caverneuses mais lumineuses sur Neverland, explosion d’une source mélodique chaude à l’intérieure mais hivernale à l’extérieure sur We Share Our Mothers’ Health et gouttes d’eau mêlées à des atmosphères de nuits troublées sur Like a Pen, Silent Shout est, d’une part, un excellent disque et, d’autre part, parfait pour la saison froide.

Bjork - HomogenicBjörk
Homogenic

One Little Indian
Islande
1997

Il y a, chez Björk, cet aspect fondamental de la destruction et reconstruction musicale. Tout démolir pour rebâtir quelque chose depuis les ruines du chaos de la même façon que le phénix renaît de ses cendres ou que les arbres reviennent à la vie au printemps. Et entre temps, Homogenic, avec ses rythmes électroniques fusionnés à des instruments à cordes synthétiques utilisés comme quartier général pour la merveilleuse voix de la chanteuse, propose le parfait habillage nostalgique et dramatique comme trame sonore en cette période où la nature se retrouve comateuse et endormie.

arcadefire_funeralArcade Fire
Funeral

Merge
Québec
2004

Vivant en symbiose avec l’hiver montréalais, étant donné ses inspirations (la crise du verglas en 1998, les nombreux décès dans les familles des musiciens du groupe), Funeral a radicalement changé le monde musical de la métropole québécoise dès sa sortie. Enregistré dans un studio analogique avec, au départ, peu de moyens, l’album s’écoute comme une décharge d’espoir lyrique se frayant un chemin dans un monde profondément fataliste déterminé par la glaciation des âmes et l’emprise de la mort, un peu comme l’hiver maintient la verdure prisonnière de son manteau blanc, le soleil éloigné avec d’énormes nuages gris et les vents chauds à distance avec de grands murs de glace.

thewalkmen_youandmeThe Walkmen
You & Me

Gigantic
États-Unis
2008

Les rois du treble s’insèrent dans cette liste grâce à leur acoustique, haute en fréquences et présentée avec beaucoup d’écho. Cette sonorité rappelle celle des grands endroits ouverts et enneigés, où ce dernier élément constitue rembourrage reflétant et amplifiant le son. Et la lumière. Tout comme You & Me, album d’indie rock à la fois lumineux de par les mélodies craquantes et cassantes et les arrangements engloutissant toute ambiance extérieure. Et quelle meilleure chanson possible pour célébrer la première véritable fête de l’hiver, le Nouvel An, qu’In the New Year? « I know that it’s true/It’s gonna be a good year/Out of the darkness/And into the fire », clame Hamilton Leithauser, question de passer une excellente saison.

paschicchic_aucontrairePas chic chic
Au contraire

Semprini
Québec
2008

Complètement ignoré au Québec lors de sa sortie (et encore aujourd’hui), Au contraire a pourtant placé Pas chic chic au sommet de la créativité musicale québécoise. Et avec un amalgame de synthétiseurs cinématographiques et d’harmonies de voix partagées entre cordes vocales féminines et masculines localisées, dans le mix, en hauteur, cet album cadre parfaitement avec un décor de glace et de ciel couvert.

Comme cela a été mentionné au départ, cette liste est basée sur des critères, purement subjectifs, de ce que constitue un bon album d’hiver. Ces critères étant, vous l’aurez compris, une musique souvent froide, atmosphérique, pleine d’écho et dotée d’une acoustique particulière. Si vous, lecteurs, avec des suggestions d’albums pour cette liste, n’hésitez pas à en faire part. Sur ce, bonne saison froide!

Vampire Weekend – Contra [2010]

Pochette de l'album Contra, par Vampire Weekend

Vampire Weekend
Contra

XL recording
États-Unis
Note : 7/10

Vampire Weekend a accompli l’exploit de maintenir secret le contenu de Contra jusqu’à environ 1 semaine avant sa sortie, c’est-à-dire lorsque le groupe a rendu disponible les chansons sur son Myspace. Ce fut peut-être une bonne chose pour ce groupe, qualifié pour se joindre à la catégorie des bands propulsés extrêmement rapidement grâce au web 2.0 et à la hype. Le mystère est donc resté entier pour, finalement, nous avoir fait saliver d’attente pour un bon disque, sans plus.

Horchata, connue du public depuis belle lurette, constitue une introduction solide au reste de l’album. Les moments moins intenses, conduits par des sonorités afro-pop basées sur une esthétique indie-rock très new-yorkaise, se retrouvent séparés par un refrain avec rythme caribéen et voix en choeur. Sans être magnifiquement entraînante, elle demeure efficace grâce aux variations de rythmes et de mélodies.

Dans le même registre on retrouve White Sky, moment léger incluant des sonorités similaires et un refrain presque comique où Ezra Koenig, chanteur et guitariste, s’amuse à pousser sa voix ridiculement aiguë. Run et Diplomat’s Son font aussi parti de cette portion plus afro-pop et, si la première constitue l’un des points forts grâce, encore, à la variété de rythmes et de sons, la seconde ennuie lors des couplets avec une mélodie simili-dub et une voix paresseuse sans énergie

Ce dernier concept demeure pourtant ce qui fait la force du groupe et celui-ci le prouve avec Cousins, chanson énergique manoeuvré avec un combo batterie-basse appuyé, par moments, par des explosions de guitare cassantes. Ezra, et le reste du groupe, semble s’amuser comme un fou à chanter à propos d’absolument rien et à crier des AY! AY! AY! jusqu’à un crescendo final accompagné de cloches de célébration.

Lorsque l’énergie manque (I Think Ur a Contra, Taxi Cab), le groupe endort avec des tentatives ratées d’Ezra de chanter bas et doucement. Musicalement, l’atmosphère de Vampire Weekend demeure, mais pas le résultat, sans nervosité ou rehaussement spontané. La saveur pop réjouissante se retrouve diluée dans des sections molles où le groupe finit par perdre son identité.

Et que dire de California English, construite sur un bon rythme mais parasitée par de l’auto-tune maladif qui gâche la voix qui, au milieu du bordel sonore, se perd et brise les sonorités pourtant bien choisies.

Par moments mal proportionné, par d’autres porteur d’une énergie pandémique doublée à une atmosphère tropicale hybride avec de l’indie rock nordique, Contra demeure un bon disque qui, par contre, risque de décevoir les plus ardents fans du premier opus.

Bilan de l’année 2009

Si faire un palmarès permet de mettre de l’avant les meilleurs albums de l’année, certains disques, tout de même dignes de mention, se retrouvent oubliés lors de ce genre de manoeuvre. Voici une liste, pas trop lourde, de mentions honorables, ainsi que de mentions moins honorables, pour l’année 2009.

Mentions honorables

Leonard Cohen - Live in LondonLeonard Cohen
Live in London

Âgé de 75 ans, Leonard Cohen a laissé une trace indélébile sur Montréal, n’en déplaise à l’un des grands disparus du Québec cette année, Pierre Falardeau. Long de 27 chansons, on ne peut que se réjouir face à ce coffret de deux disques qui trace un bon portrait de la carrière du chansonnier.

Julian Plenti - ...is SkyscraperJulian Plenti
…is Skyscraper

Si le dernier disque d’Interpol a reçu un mauvais accueil, autant de la part des fans que de la presse, Paul Banks permet à tout le monde de respirer grâce à ce disque, certes imparfait mais tout de même bien meilleur qu’Our Love to Admire, fabriqué avec une subtilité mélodique contenue dans des chansons courtes mais solides.

Record Club - The Velvet Underground & NicoRecord Club
The Velvet Underground & Nico

L’idée de Beck de mettre sur pied une espèce de super groupe pour enregistrer une reprise d’un disque en entier en 24 heures était bien. Et The Velvet Underground & Nico constituant un gros morceau, la tâche s’annonçait colossale. Mais la mission est accomplie. On sent bien la réappropriation dans chaque chanson, et même la mythique Heroin s’écoute très bien.

Les disques passés sous silence

The XX - XXThe XX
XX

L’album éponyme présent dans tous les palmarès fut exclu de celui-ci. Piste après piste, on croirait entendre toujours la même chose : The Cure version new new wave. Beaucoup trop près, dans les tons de guitare, les percussions et l’atmosphère dégagée, de la bande au légendaire Robert Smith, les 3, à l’époque 4, jeunes britanniques démontrent néanmoins du talent pour la composition. Mais pas suffisamment.

Girls - AlbumGirls
Album

Ici, l’incompréhension totale. Avec une voix beaucoup trop forcée et directement sortie de la bouche d’un perdant de film d’adolescent états-unien et une musique prétentieuse qui mélange mal l’indie rock aux Beach Boys, on termine ce disque avec, dans la bouche, un goût d’hormones et de gras de visage. Ennui total provoqué par un nostalgique de l’époque où il pleurait dans les jupes de sa maman.

Patrick Watson - Wooden ArmsPatrick Watson
Wooden Arms

On surestime souvent la musique native de notre propre coin, ce qui explique surement l’engouement de la presse québécoise pour ce disque, pourtant bien banal, répétitif et bourré de clichés, c’est-à-dire du pop-rock facilement recyclé hérité de Radiohead. Close to Paradise valait le coup, pas Wooden Arms.

Voilà. Bonne année 2010, en retard, à tous les lecteurs de Feu à volonté!. Bientôt, de nouvelles critiques.

Top 20 de l’année 2009

2009 fut une année de triche. Dès janvier, le 6 pour être précis, l’album de l’année pour plusieurs, Merriweather Post Pavilion d’Animal Collective, fut lancé. La hype web fut sans pitié tout au long de l’année pour les autres concurrents aspirant à ce titre. Tout de même, cette fin de décennie constitue l’un des meilleurs, au niveau de la musique, 365 jours des années 2000. Feu à volonté! a développé, en parallèle avec le top des blogueurs, son propre palmarès annuel, quelque part entre le premier et le 18 décembre. Voici les résultats.

lilyallen_itsnotmeitsyou20. Lily Allen
It’s Not Me, It’s You

L’électro pop peut contenir des trésors cachés. Usant d’ironie et de cynisme pour dénoncer tout en faisant des détours par la naïveté, l’attaque directe et le plaisir sain ou malsain, It’s Not Me, It’s You place Lily Allen une coche au-dessus des autres artisans de ce genre de musique qui va très rarement puiser dans des sources d’inspiration aussi variées.

thehorrors_primarycolors19. The Horrors
Primary Colors

Peut-être un peu trop proche de Joy Division et de My Bloody Valentine dans son influence, Primary Colors, lorsqu’écouté attentivement, a le mérite d’être allé piger dans le krautrock et le new wave, en plus du cold wave et du shoegaze, et d’avoir bouclé ce mélange avec talent. En résulte un monstre post-punk, évidemment très froid et torturé, mais tout autant complexe et surprenant par moment.

yacht_seemysterylights18. Yacht
See Mystery Lights

Le plaisir et la célébration sont à l’honneur sur le dernier album de YACHT. Sonorités tropicales mêlées à une façon de faire festive résultant en une production lisse et sympathique, ce qui apporte avec elle la propension à s’éclater avec un vent d’optimisme jouissif parfait pour les longues nuits.

arctic monkeys - humbug17. Arctic Monkeys
Humbug

Critiqué ou cajolé, Humbug prouve le talent des Arctic Monkeys. L’étape cruciale du troisième opus fut fièrement franchie grâce à un savant mélange d’influences psychédéliques, progressives et rock garage, avec des musiciens se relayant à tour de rôle pour maintenir la qualité de l’opus. Le résultat se camoufle dans l’ombre d’Ennio Morricone et des films d’espion.

yolatengo_popularsongs16. Yo La Tengo
Popular Songs

Yo La Tengo a décidé de faire les choses simplement pour son plus récent disque, Popular Songs. Mélodies douces de guitares naïves ou de claviers, rythmes contemporains et compositions arrangées de manière adulte et mature constituent le lot de points forts de cet album doux, mais profond.

feverray_feverray15. Fever Ray
Fever Ray

Premier album du projet solo de la moitié féminine du groupe électronique culte The Knife, Fever Ray se décrit comme un récit tordu où s’imaginent les longs soirs d’hiver et le kitsch des années 80. Mélodique, mais simple, l’album rappelle certains bons moments de The Knife tout en ayant une personnalité grave qui lui est propre.

malajube_labyrinthe14. Malajube
Labyrinthe

Tout en prenant tout le monde par surprise, Labyrinthe confirme le talent du groupe originaire de Sorel. Faisant volte-face et ajoutant des influences progressives à leur pop rock alternatif insouciant, les musiciens du groupe ont offert un opus épique qui a comblé l’auditeur par ses paradoxes et ses arrangements accomplis.

valleys_sometimewaterkillspeople13. Valleys
Sometime Water Kills People

D’un groupe anglophone de Montréal, Sometime Water Kills People se fonde sur des bases folk pour grimper vers des cieux lo-fi et rock avec parfois une esthétique brouillonne et brumeuse, à l’image de la rosée et du brouillard matinal. Mélodies caressantes avec instrumentation classique sont à l’honneur sur ce très bon disque.

fuckbuttons_tarotsport12. Fuck Buttons
Tarot Sport

Là où le premier disque de Fuck Buttons a échoué, le second a réussi. Les explosions noisy s’appuient sur des bases électroniques en feu d’artifice pour créer une mixture enivrante. Les sons électroniques clairs à la Animal Collective se frottent aux lacérations bruyantes et aux mélodies groovy des deux Britanniques pour accoucher d’un résultat hybride entre l’ambiance et la transe.

clues_clues11. Clues
Clues

Le grand album délaissé par les médias de masse au Québec est celui de Clues. Groupe formé par un ancien membre d’Arcade Fire et un ancien de The Unicorns, tous les ingrédients sont réunis pour concocter de l’indie rock solide à l’arrière-goût montréalais quartier Mile End. Entre le lyrisme de la bande à Win Butler et le brouillard des Unicorns, la mission de lancer un premier disque mémorable est accomplie.

bearinheaven_beastrestforthmouth10. Bear in Heaven
Beast Rest Forth Mouth

Usant avec force du psychédélisme, Beast Rest Forth Mouth marrie le LSD au krautrock avec des claviers enivrants et rock tribal paléolithique. Une voix intrigante, fusionnée avec des rythmes électro et des doses débordantes d’éclatement artistique, a donné un disque somptueux et enrobant où se mêlent le réconfort du feu de foyer et la psychose d’une nuit sur l’acide.

dinosaurjr_farm9. Dinosaur Jr.
Farm

Second album après le retour du trio original, Farm reprend la voix mélancolique et brisée de J. Mascis pour l’accoupler à de l’indie rock absolument solide et rigoureux. Surfant par moments sur le succès critique et musical de You’re Living All Over Me, la puissance musicale du trio a encore une fois pondu un album remarquable.

theflaminglips_embryonic8. The Flaming Lips
Embryonic

La bande à Wayne Coyne repousse encore une fois les limites de l’acceptable musicalement avec Embryonic, album massif d’une durée de plus de 70 minutes bondé de détours complexes, de moments bruyants mélodieux et d’innovation instrumentale où se croisent tout et n’importe quoi de manière convenue et massacrante. Oreilles sensibles s’abstenir.

florence and the machine_lungs7. Florence and the Machine
Lungs

À mi-chemin entre une voix à la Lily Allen, entre de la pop de chambre contemporaine, de la pop britannique et une fabrication rock globale, Florence and the Machine, ainsi que Lungs, leur premier disque, apparaissent de nulle part avec une chanteuse troublée et charismatique. Musicalement, l’album frappe grâce à ses mélanges alchimiques improbables mais complètement réussis.

japandroids_post-nothing6. Japandroids
Post-Nothing

Si la nouvelle vague noise mettant en vedette No Age, Wavves et The Pains of Being Pure At Heart s’inspire en partie de Kevin Shields et des autres bruyants de la fin des années 80, Japandroids reprend plutôt les années 90 et l’indie rock dans un format duo en feu. Batterie explosive et guitare puissante se mêlent à l’envie d’une jeunesse de tout faire péter et de crier son existence.

grizzlybear_veckatimest5. Grizzly Bear
Veckatimest

Considéré comme l’un des principaux concurrents au trône de l’album de l’année, Veckatimest est le point culminant du folk alternatif de 2009. Harmonies vocales bien placées, instrumentation souvent simple mais efficace et constructions mélodiques surprenantes établissent les principales qualités de cet album.

theantlers_hospice4. The Antlers
Hospice

Hospice constitue l’album de 2009 le plus bourré d’émotions. Une voix haute et triste, sur fond musical atmosphérique créé par des claviers aériens, des guitares sourdes et des arrangements lourds et neutres, qui déblatère une histoire de mort et d’amour ayant lieu dans un hôpital. Ici s’entremêlent romantisme lyrique et fatalisme à la Arcade Fire pour donner un résultat déstabilisant et marquant.

atlassound_logos3. Atlas Sound
Logos

Bradford Cox prouve encore une fois son génie grâce à un alliage entre la pop électronique de chambre et le shoegaze nuageux et opaque. Chaque sonorité est traitée pour ne ressembler à rien de commun, chaque mélodie est exploitée à son plein potentiel et les arrangements sont innovateurs et créatifs.

stvincent_actor2. St. Vincent
Actor

Annie Clark et sa bande ont créé un album folk débordant de paradoxes et de créativité. Alternant entre presque balades douces menées par la voix gracieuse de la dame et passages torturés risqués et dramatiques, la force de l’album se cache dans la naïveté de la leader, toujours brisée par des drames agressifs et pointus, ce qui fait en sorte qu’Actor constitue un monde fantastique, mignon, mais tordu.

animalcollective_merriweatherpostpavillon1. Animal Collective
Merriweather Post Pavilion

Acclamé dès le début de l’année par les sbires du web 2.0, Merriweather Post Pavilion aura réussi, grâce à son mélange pop édifié sur des bases de folk et d’électronique accouplées à un sacré vaccin de créativité dans le choix des sonorités et dans la création des mélodies, à tenir le fort jusqu’en fin d’année pour demeurer le meilleur disque de cette fin de décennie. Tout cela grâce à des paysages musicaux qui font éclater des barrières trop souvent respectées.

Suite à ce palmarès sera publié prochainement un bilan plus détaillé contenant quelques analyses. En attendant, profitez-en pour écouter la nouvelle playlist Grooveshark des meilleurs albums de l’année, dans le menu de droite.

Top des blogueurs 2009

Le Top Blogueurs 2009 : La sélection des meilleurs albums de l’année :

Le Top des Blogueurs regroupe 37 passionnés de musique réunis autour d’un classement des meilleurs albums de l’année avec pour objectif de défendre leurs coups de cœur et découvertes sans pour autant négliger les incontournables de 2009. Après de longs débats et plus de 580 disques cités, nous sommes heureux de vous présenter cet article collaboratif publié à l’identique sur tous nos blogs !

St Vincent - Actor St Vincent – Actor

Panda Panda : Dans le monde merveilleux d’Annie Clark, les instruments à vent et à cordes dansent ensemble d’une jolie manière, parfois balayés par l’horreur tapie dans un coin qui ressurgit sous la forme de déflagrations électriques et tordues, l’imaginaire de la belle étonne et ne ressemble à nul autre avec ses cent idées à l’heure. C’est donc tout naturellement et avec un plaisir immense qu’on retrouve ce drôle d’Actor à cette vingtième place. (A lire également la chronique d’Olivier)

Marie-Flore - More than thirty seconds if you pleaseMarie-Flore – More than thirty seconds if you please

Arbobo : Le parcours de trop de « grands » a fait oublier combien un premier disque pouvait être fort, déjà brillant, déjà puissant. Combien c’est rare de faire des débuts aussi bluffants. L’air de rien, Marie-Flore réussit à nous faire lever les poils du premier au dernier titre. Avec ses morceaux tout sauf standard, son sens de la mélodie et sa voix sortie d’un livre de sortilèges, on se demandait si elle saurait nous impressionner autant sur disque qu’elle le fait sur scène. Oui, évidemment, oui. (A lire également la chronique de Benjamin F)

The Tiny - Gravity & GraceThe Tiny – Gravity & Grace

Saab : Trop souvent, on voudrait intellectualiser la musique, qu’elle rentre dans un format cartésien nous permettant de différencier la bonne de la mauvaise. Mais la musique est essentiellement une question d’émotions et le groupe suédois The Tiny en témoigne avec leur troisième album Gravity and Grace, petit chef d’oeuvre inclassable entre folk boisé et pop de chambre. Le chant déchirant d’Ellekari Larsson y est inoubliable. (A lire également la chronique de Daniel)

The XX- S/TThe XX- S/T

Christophe : Le buzz est un fleuve intarissable qui prend sa source, selon les cas, à Londres ou Brooklyn. Concernant The XX, c’est de la capitale anglaise qu’est parti l’incendie cold-wave et il a tout ravagé sur son passage, jusqu’au line-up du groupe amputé depuis d’un de ses membres. Il y a comme toujours avec ce genre de phénomène, les « pour » et les « anti » mais une chose est sûre, The XX aura marqué d’une belle empreinte l’année 2009. (A lire également la chronique de Paul)

Fever Ray - Fever RayFever Ray – Fever Ray

Kris : Il se déroule toute une vie parallèle dans les univers perpétuels de The Knife, et aujourd’hui chez Karin Dreijer Andersson en solo sous le pseudo de Fever Ray. Chaque rythme, chaque production, chaque profondeur atteint dans cet album sonne comme des anathèmes foudroyants du monde qui est le nôtre. Cette rugosité empathique, cette urgence apocalyptique, font de Fever Ray une expérience incontournable et impitoyable. (A lire également la chronique de Rod)

Benjamin Biolay - La SuperbeBenjamin Biolay – La Superbe

Romink : Conquis, comme tombé sous les charmes de La superbe. Un disque d’hiver, enivrant, enveloppant et compact à la fois malgré son format. Pudique et exhibitionniste, parfois dur, parfois tendre, il berce, stresse, repose et interroge. Comme une météorite qui pénètre l’atmosphère, le double album de Benjamin Biolay illumine l’automne et laissera, c’est certain, son empreinte dans la mémoire collective. (A lire également la chronique de JS)

Dominique A - La MusiqueDominique A – La Musique

Christophe : Depuis la mort de Bashung, ils ne sont plus très nombreux les artistes français capables de réconcilier les amoureux de chansons à texte, à la française, et les adeptes de mélodies pop-rock à l’anglo-saxonne. Dominique A est de ceux-là, sans doute même son plus beau représentant. Après presque 20 ans de carrière, il vient une nouvelle fois de prouver tout son talent sur un double album somptueux. (A lire également la chronique de Benoit)

Current 93 - Aleph at Hallucinatory MountainCurrent 93 – Aleph at Hallucinatory Mountain

Mr Meuble : Album à l’image du groupe, trouble, halluciné et vibrant. Les chants tibétains y côtoient les chants de Maldoror et milles expérimentations cathartiques. Un voyage fascinant qui sonne à la fois comme la bande son de l’apocalypse et celle de la rédemption. (A lire également la chronique de Twist)

Converge - Axe to fallConverge – Axe to fall

Systool : Inutile de le nier, Converge aura une fois de plus attaqué notre cortex de plein fouet via les constructions complexes et les guitares abrasives de Axe to Fall. Si on peut louer les collaborations de membres éminents de Neurosis, Cave In ou encore Genghis Tron, on sait pertinemment que tout le mérite revient à Jacob Bannon et à ses trois acolytes. Une écoute traumatisante, indispensable pour cette année 2009 résolument folky. (A lire également la chronique de Benjamin F)

Bill Callahan - Sometimes I Wish We Were An EagleBill Callahan – Sometimes I Wish We Were An Eagle

Dali : Il se cachait depuis longtemps derrière le pseudo Smog, Bill Callahan sortait cette année un deuxième album en son nom propre : Sometimes I Wish We Were An Eagle. Un disque folk mélancolique et doux, aux mélodies subtiles, en apparence un peu austère : à l’image de Callahan lui même, droit, un peu grave et d’une classe folle, qui se bonifie avec le temps, et les écoutes. (A lire également la chronique de Thibault)

DM Stith - Heavy GhostDM Stith – Heavy Ghost

Disso : Cet album est un chef d’œuvre empli de grâce et de douceur. Des fantômes sur la pointe des pieds dansent sur la mousse des sous-bois, les anges emplissent l’air de leurs chœurs et DM Stith, berger mystique d’une troupe céleste, nous envoute avec sa musique au charme gracile et glacial. (A lire également la chronique de Erwan)

The Limes - S/TThe Limes – S/T

Violette : Un « Groupe Super » où chacun apporte son énergie, sa douceur et sa poésie au petit édifice pour rendre ce premier disque, à première vue basique, unique une fois dans la platine. On ne peut s’empêcher d’être fier et rassuré de voir une jeune relève française sachant s’affranchir des frontières pour notre bien (essayez donc de lire cette phrase à haute voix !). (A lire également la chronique de Arbobo)

Vic Chesnutt - At the CutVic Chesnutt – At the Cut

Mmarsupilami : Vic Chesnutt, vingt ans de carrière, quinze albums et un couronnement de plus avec At The Cut. Les complices musiciens du label Constellation s’effacent pour créer une oppressante ambiance musicale faite de cordes, drones et menaces. La voix de Chesnutt zèbre et éclaire cet orage électrique de sa fulgurance. Prises au piège de l’humanité, les pierres en pleureraient… (A lire également la chronique de Thomas)

Cougar - PatriotCougar – Patriot

Anousonne : Cougar est une des surprises de l’année, mais amplement méritée tant Patriot a réussi à synthétiser le raffinement de Tortoise, l’intensité fleuve d’un Do Make Say Think tout en s’accordant des plongées mélodiques échappées du cerveau de Four Tet. Patriot est un album angulaire, instrumental, bruyant, puissant, jouissif, intense où Cougar redéfinit musicalement sa vision du post-rock. (A lire également la chronique de Martin)

Aufgang - S/TAufgang – S/T

Benjamin L : « 2 pianos, 1 batterie : ascenseur pour l’inouï », voila comment est vendu Aufgang par son label. En réalité, l’album est tout simplement un des projets les plus ambitieux de ce début de siècle. Un savant mélange entre musique électronique et musique classique, composé comme un mouvement symphonique, avec un début, une fin et surtout un contenu. Précis, incisif, puissant mais mélodieux, cet album pourrait, d’ici quelques années, servir de manifeste à une nouvelle génération de musique. (A lire également la chronique de Violette)

Danger Mouse & Sparklehorse - Dark Night of the SoulDanger Mouse & Sparklehorse – Dark Night of the Soul

Laurent : Un casting trop luxueux face à un producteur trop en vue, le tout magnifié par les images de David Lynch, Dark Night Of The Soul avait tout pour n’être qu’un feu de paille de plus. Mais c’était sans compter sur le songwriting de Mark Linkous qui insuffle ici une vraie cohérence via des instrumentations racées, écrin idéal pour les voix abîmées de Vic Chesnutt, Franck Black et Iggy Pop. Au final, une œuvre où les talents ne nuisent jamais à l’intimité. (A lire également la chronique de Ju)

Fuck Buttons - Tarot SportFuck Buttons – Tarot Sport

Ed Loxapac : Le duo Fuck Buttons transforme l’essai avec le magistral Tarot Sport. Bien aidés par la production d’Andrew Weatherall, ils réalisent un album épique, telle une déflagration sonique digne d’un moteur d’avion au décollage. Diffusant un air étrangement euphorisant, Tarot Sport franchit le mur du son en ne laissant derrière lui que cendres et poussières. (A lire également la chronique de Eddie)

Animal Collective - Merriweather Post PavilionAnimal Collective – Merriweather Post Pavilion

Sfar : 2008 déjà : un EP époustouflant, des versions live prometteuses d’un album à venir. Mi janvier 2009 : personne ne sort indemne de la sortie de Merriweather Post Pavilion. On évoque alors tout et son contraire : de l’œuvre géniale à l’imposture musicale. Une tournée, une année sont passées et l’album est toujours présent sur nos platines. CQFD. (A lire également la chronique de François)

Grizzly Bear - VeckatimestGrizzly Bear – Veckatimest

Mathieu G : Veckatimest possède une indéniable force mélodique, quelque chose qui redonne à la pop un peu de son sens originel, la bande son qui améliorerait les petits tracas de notre vie quotidienne. En étant à la fois acoustique et puissant dans ses constructions qui partent dans une multitude de directions ; Grizzly Bear vient de réaliser le grand moment pop de l’année. (A lire également la chronique de Julien)

Ramona FallsRamona Falls – Intuit

Lyle : Qui l’aurait cru en début d’année : un album du leader de Menomena classé ici ? Mais sous le nom de Ramona Falls, Brent Knopf, accompagné d’un tas d’amis, a mis de l’ordre dans la pop foutraque de son groupe pour en garder le meilleur : une musique aux influences variées, complexe dans ses arrangements mais extrêmement entrainante et accessible. Digne d’être plébiscitée par le plus grand nombre. (A lire également la chronique de Thibault)

Les participants au Top des Blogueurs 2009 :

Anousonne de Grandcrew ; Benjamin F de Playlist Society et du Ricard sa Live Music ; Benjamin L de Soul Kitchen, Benoit de Pop Revue Express, de Hop Blog et de Benzine ; une bonne partie de l’équipe de Dans le mur du son : avec Arbobo de Arbobo, Erwan de The man of Rennes steals our hearts, Lyle de J’écoute de la musique de merde, Thomas du Golb et de Culturofil, et Twist de I left without my hat ; Dali de This Is All About Audio Dynamite ; Daniel de Listen See Feel ; Disso de Derrière la fenêtre ; Ed Loxapac de Chroniques Electroniques ; trois Indie Pop Rockeurs avec Christophe de La Tête à Toto, Mathieu de Ramdom Songs et Paul de Pomme de Pin ; Eddie du Choix de Mlle Eddie ; François de Dans Mon Mange-Disque ; JS de Good Karma ; Ju de Des Oreilles Dans Babylones ; Julien de Des Chibres et Des Lettres et de Goûte mes Disques ; Kris d’Au bout du chemin et de Sound Of Violence ; Laure de Not For Tourists ; Laurent de Rocktrotteur ; Martin de Branche Ton Sonotone ; Mmarsupilami de Little Reviews ; Mr Meuble de Sous les pavés, la Plage ; Olivier de Feu à Volonté ; Panda Panda de Ears of Panda ; Pierre de Musik Please ; Rod du Hiboo ; Romink de My(Good)Zik ; Saab de With Music In My Mind ; Sfar de Toujours un coup d’avance ! ; Systool du Gueusif Online ; Thibault de La Quenelle Culturelle et Violette des Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Vous pouvez retrouver l’intégralité des disques cités dans le classement ici

Chef de projet : Benjamin F / Conception et Logo : Laurent / Communication : Waaa

Atlas Sound – Logos [2009]

atlassound - logosAtlas Sound
Logos

4AD
États-Unis
Note : 9/10


Bradford Cox, chanteur de la formation Deerhunter, a lancé un second album solo génial qui combine la pop indie à une atmosphère shoegaze complexe et brumeuse. Prouvant une fois de plus son génie musical, Cox emprunte les concepts de base de son groupe pour les personnaliser, les raffiner et les polir. Le résultat de cet effort donne un superbe mix entre douceur, profondeur et créativité.

Dès l’introduction The Light That Failed, une ambiance intime et conviviale, comme une petite pièce éclairée grâce à une lampe multicolore s’installe. Dominée par une mélodie répétée de guitare acoustique et dirigée par des entrées et sorties de sonorités électroniques modérées, c’est-à-dire bien dosées pour ne pas sombrer dans l’électro-pop sucré et fluo, Bradford répète encore et encore le titre de la chanson comme pour nous marteler et nous convaincre de l’ambiance. La recette se répète sur la pièce suivante, An Orchid, qui suit sans trop réellement s’afficher, comme si les deux chansons en constituaient qu’une seule.

En compagnie de Loah Lennox suit Walkabout, morceau grassement pop avec sa mélodie de presque piano joyeux, la voix de Bradford trafiquée et brumeuse et les fonds vocaux angéliques de Lennox. Tout cela évoque une renaissance pop cachée derrière des rideaux de shoegaze et des nuages d’effets postproductions cinématographiques. Il s’agit du gros point fort de l’album : la capacité du leader de Deerhunter à embrouiller ses créations douces et timides dans un enveloppe de sons électroniques opaques, de voix harmonieuses éjectées de nulle part ou de guitare rythmée.

Les morceaux du disque s’emboîtent l’un dans l’autre pour former une mosaïque de sons qui s’entremêlent. Chaque envolée pop est maîtrisée par une structure, des sonorités ou des mélodies hors du commun bien dosées de par leur diversité. L’album s’écoute d’un bout à l’autre sans que l’on réalise les changements de chanson tellement tout est bien calculé et mélangé subtilement.

Bradford Cox possède un génie créatif musical parmi les plus puissants de cette fin de décennie. En solo ou avec Deerhunter, le mec repousse les limites de l’alternatif avec son shoegaze pop faussement électro et probablement indie. Une barrière de plus de brisée avec ce disque.

Japandroids – Post-Nothing [2009]

japandroids_post-nothingJapandroids
Post-Nothing

Polyvinyl
Canada
Note : 8.5/10


Japandroids, c’est deux jeunes natifs de Vancouver fraîchement sortis de l’université qui ont un message à lancer à leurs collègues mous et sans idées : réveillez-vous. Un duo noise rock faisant plus de bruit et d’impact que bien d’autres groupes pseudo alternatifs.

À cette époque du web 2.0 et du tout-le-monde-a-raison, le cynisme occupe une place de choix dans l’environnement mental de nous, occidentaux occupés à tenter de régler une crise économique débile, des problèmes environnementaux toujours délaissés et des brisures sociales béantes et oubliées.

Dans cette société du je-m’en-fou-il-n’y-a-pas-de-solution-de-toute-façon, la jeunesse semble être incapable de s’envoler et de crier haut et fort sa frustration face aux vieilles peaux crasses qui se débattent jours et nuits pour maintenir en place leur système désillusionnant. Surconsommation, cynisme, aveuglement volontaire et pessimisme occupent désormais les idées d’une partie grandissante des enfants de la mondialisation. Et ça se répercute en musique, avec des groupes faussement anglo-saxons inspirés des plus grandes méthodes de mise en marché des commerçants et des industriels. Peut-être pas partout, non. Pas tout le monde non plus, heureusement.

Voilà où intervient le duo. Empruntant ses concepts de base à des groupes comme Sonic Youth, Pavement et autres génies alternatifs des années 90, les deux musiciens impriment leur énergie pendant les 8 chansons de l’album. Dès The Boys Are Leaving Town on découvre le pas très subtil mélange entre batterie mélodique, guitare noisy rythmique qui défoule, harmonies vocales lo-fi et plaisir inconditionnel du son, du bruit, de la musique et de la jeunesse. Avec autant de punch, on croirait entendre deux animaux pris en cage frappant, griffant et mordant les barreaux de leur prison.

Young Hearts Spark Fire débute comme du The Pains of Being Pure at Heart mais, contrairement à ceux-ci, il y a de l’énergie. Entre les «Yeaah», le duo s’acharne à clamer «We used to dream, now we worry about dying. I don’t want to worry about dying, I just want to worry about those sunshine girls» et «Young Hearts Spark Fire», tout en frappant sur tout ce qui bouge pour s’assurer d’être entendu.

Wet Hair et Sovereignty s’attaquent aux aussi à des thèmes naïfs et jeunes, tout en n’ayant pas peur de faire du bruit et s’assumer leur identité de destructeur d’ordre social calme, doux et bien établi. Mur de guitare opaque et coloré de graffitis qui se continuent tout au long de la chanson, percussions imprévisibles, mais organiques et vivantes de par leur imprévisibilité et toujours une envie aussi interminable de sauter partout, d’avoir du plaisir et de se sentir en vie.

Cette guitare lo-fi bruyante à un niveau parfait pour faire fuir les vieilles matantes grincheuses et les obsédés de l’esthétisme photoshopé et une batterie volcanique qui crache son tempo et dirige la musique avec des doses d’énergies bien calculées pour maintenir un rythme constant, Post-Nothing, premier album du groupe, vise en plein coeur de la mortalité musicale du moment : la mollesse, la sur-commercialisation, le manque de plaisir et la mise de côté de la créativité. Le son d’une jeunesse qui n’en peut plus de la douceur sociale ambiante.

Get Adobe Flash playerPlugin by wpburn.com wordpress themes